Arts plastiques : l'État lance une offensive contre les faussaires
Le ministère de la Culture et la Fondation nationale des musées ouvrent le dossier de la contrefaçon et du faux sur le marché des arts plastiques. Le pouvoir judiciaire est sensibilisé au phénomène pour proposer des leviers législatifs et opérationnels à même de contrer les réseaux qui opèrent entre le Maroc et l'étranger.
Le Maroc va s'attaquer aux faussaires d'arts plastiques. Le ministère de la Culture planche sur les moyens légaux et opérationnels pour juguler ce phénomène qui prend de l'ampleur. "C'est une épidémie qui impacte l'image du Maroc", alerte Mehdi Bensaid, ministre de la Culture. Il s'exprimait ce lundi 5 décembre lors d'une réunion tenue au siège de la présidence du ministère public.
Cette rencontre a connu la participation d'éminents responsables judiciaires, dont Hassan Daki, chef du parquet. D'autres réunions sont en vue, annonce Mehdi Bensaid. Son département a programmé des consultations avec les représentants du secteur, puis avec les organes agissant sur les plans sécuritaire (Police judiciaire, gendarmerie, etc.) et de contrôle (Douane).
Amorcée en coordination avec la Fondation nationale des musées de Mehdi Qotbi, l'initiative s'inscrit dans un contexte particulier. Au Maroc, le marché des œuvres d'art connaît un développement notable depuis la fin du XXe siècle. En 2021, il est fait état de 25 millions de DH à l'exportation (source Office des changes).
"Les tableaux des grands artistes marocains ont connu une forte demande, et leurs prix de vente ont doublé", explique Mohamed Benyakoub, directeur des arts au département de la Culture. Mais cette dynamique a un contrecoup : la prolifération d'œuvres contrefaites et/ou portant de fausses signatures.
Le problème "s'accroît" ces dernières années et menace aujourd'hui le marché marocain des beaux-arts. "Il nuit non seulement aux artistes plasticiens marocains et à leur réputation, mais aussi aux collectionneurs, créant chez eux le doute sur l'authenticité des œuvres et la réticence à les acquérir", explique Mohamed Benyakoub.
Derrière le phénomène, des réseaux organisés, ayant souvent leur extension à l'étranger. Le circuit est le suivant : Les tableaux sont réalisés au Maroc par des "artistes professionnels de la contrefaçon". Ils sont exportés illégalement, sachant que les services douaniers requièrent des exportateurs la production d'une autorisation du département de la Culture. Cette autorisation n'est pas requise à l'import. Résultat, les mêmes tableaux sont réintroduits ultérieurement sur le territoire national pour être vendus comme des œuvres originales importées de l'étranger.
Ce mode opératoire a été décrit au cours de la réunion tenue ce lundi. Le président du ministère public a promis la diffusion d'une circulaire pour alerter les différents organes judiciaires. Des formations seront prodiguées aux procureurs, juges d'instruction, juges du siège et membres des forces de l'ordre. Ils auront à leur disposition un guide de lutte contre cette forme de criminalité. Des mesure préliminaires, en attendant une intervention plus profonde.
Pour le ministère de le Culture, le premier levier d'intervention est législatif. Le cadre juridique actuel est riche, mais disparate et perfectible. Les autorités peuvent sévir en activant des qualifications génériques telles que le "faux", "l'escroquerie" ou encore le "recel". Mais aucun texte ne traite spécifiquement des infractions en lien avec arts plastiques. Le département de Bensaid propose d'ajouter un délit spécifique pour "le faux et l'escroquerie en matière artistique".
Récente, la loi 2.00 relative aux droits d'auteur et droits voisins étend sa protection aux "œuvres des beaux-arts, y compris les dessins, les peintures", etc. Mais les sanctions prévues sont peu dissuasives. Elle ne sanctionne que les cas de reproduction exacte, éludant les cas d'imitation du style de l'artiste. Surtout, le texte ne prévoit pas des mécanismes permettant de contrôler et de tracer les œuvres en question.
Le ministère compte agir pour pallier ces lacunes. On évoque ainsi la création d'une cellule de détection des contrefaçons artistiques. L'organe rattaché à la Fondation nationale des musées sera doté d'agents assermentés spécialisés. Cette mesure va de pair avec le développement d'une expertise artistique au Maroc, et ce, via la formation d'étudiants au sein des instituts des beaux-arts.
En outre, on suggère la mise en place d'un système particulier pour la certification de l'authenticité des œuvres. Ce dispositif préciserait le mode de fonctionnement des experts, les éléments à vérifier et les comparaisons à faire.
Enfin, le ministère entend créer une plateforme numérique pour documenter les œuvres d'art originales et permettre aux artistes d'enregistrer, de leur vivant, leurs œuvres en intégrant les données y afférentes. La plateforme servira également à alerter au sujet d'œuvres d’art douteuses ou contrefaites.
Mehdi Qotbi : voici l’impact des faussaires sur le marché de l’art
à lire aussi

Article : Congé exceptionnel vendredi 29 mai dans l’administration
À l’occasion de Aïd Al Adha, le gouvernement a déclaré le vendredi 29 mai jour de congé exceptionnel dans l'administration et les collectivités territoriales.

Article : Les prévisions météo pour le samedi 23 mai
Voici les prévisions pour le samedi 23 mai 2026, établies par la Direction générale de la météorologie : - Températures maximales en hausse sur le […]

Article : Port de Casablanca : vers la fin de la file de navires visible depuis la corniche
Depuis le 5 mai, date à laquelle Médias24 avait fait le point sur la congestion au niveau du port de Casablanca, la situation n’a toujours pas changé. La pression demeure forte et les délais d’attente sont toujours longs. Les opérateurs s’attendent toutefois à une amélioration de la situation à partir du 1er juin, grâce aux mesures douanières sur les céréales. Détails.

Article : Marine marchande : reconstituer la flotte marocaine ne sera pas si simple
En marge des Assises maritimes organisées les 21 et 22 mai 2026, les grandes lignes de l’étude du ministère du Transport et de la logistique ont été dévoilées. À l’horizon 2030, l’étude recommande le développement de vingt nouveaux navires marocains, constituant ainsi le premier noyau de la marine marchande marocaine. Cette ambition est-elle suffisante ? Et surtout, battre pavillon marocain est-il rentable pour un navire ?

Article : Bourita reçoit le ministre des Affaires étrangères mauritanien, porteur d'un message au Roi Mohammed VI
Reçu à Rabat par Nasser Bourita, l’émissaire du président mauritanien a transmis un message au Roi Mohammed VI. Les deux ministres des Affaires étrangères ont échangé sur le renforcement de la coopération bilatérale.

Article : La BAD accorde une garantie de 450 millions d’euros à OCP pour soutenir son programme d’investissement vert
L’opération doit permettre au groupe phosphatier de mobiliser 530 millions d’euros de financement vert auprès de Société Générale et BNP Paribas, afin d’accélérer ses projets bas carbone, ses capacités renouvelables et l’efficacité hydrique de ses sites industriels.