Taxe carbone : l'urgence de la décarbonation pour les exportateurs marocains commence par l'énergie
L’Association marocaine des exportateurs a organisé une conférence sur le thème "Décarbonation des industries exportatrices : parcours et échéances" le mercredi 31 janvier à El Jadida pour mettre en lumière les enjeux et les opportunités du nouveau Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF).
D’abord, un rappel : celui de l’entrée en vigueur de la taxe carbone européenne le 1er octobre 2023.
"Pour l’instant, les principaux secteurs concernés sont le fer et l’acier, l’aluminium, le ciment, l’engrais, l’électricité et l’hydrogène", a rappelé Loïc Jaegert-Huber, directeur régional d’Engie Afrique du Nord et président de la commission Energies propres de l’Association marocaine des exportateurs (Asmex).
Ce dispositif, adopté fin 2022 par la Commission européenne dans le cadre du Green Dealest, est progressif ; autrement dit, de plus en plus de secteurs seront éventuellement concernés.
Concrètement, l’Union européenne étend ses normes environnementales aux entreprises exportant sur son territoire, pour qu’elles paient indirectement le prix de leurs émissions de gaz à effet de serre.
La taxe s’articule autour de trois phases, a expliqué Loïc Jaegert-Huber. Une première phase de transition a démarré début janvier : les importateurs doivent seulement déclarer les émissions de carbone des produits importés. C’est seulement à partir de la deuxième phase, qui commencera en 2026, que les importateurs européens paieront ces émissions de carbone. Enfin, ce dispositif pourra être étendu lors d’une troisième phase à d’autres catégories de biens dès 2034.
65% des exportations marocaines sont à destination de l’UE
"Néanmoins, 65% des exportations marocaines sont à destination de l’UE ; le marché européen est donc plus qu’essentiel pour le Maroc", a encore souligné Loïc Jaegert-Huber. Ce qui accroît l’urgence pour les exportateurs marocains de s’appliquer pour la décarbonation de leur processus.
"Les entreprises et des secteurs entiers pourraient être en difficultés à terme, ce qui entraînera des conséquences très négatives sur l’économie marocaine dans son ensemble, notamment sur les emplois", a-t-il alerté.
Comment renforcer l’efficacité énergétique ?
Le renforcement de l’efficacité énergétique est l’une des premières étapes de la décarbonation pour les exportateurs. Il se traduit par une baisse ou une optimisation de la consommation d’énergie.
Loïc Jaegert-Huber a cité plusieurs exemples pour tendre vers cette voie, dont la récupération de la chaleur résiduelle d’énergie fatale, l’optimisation de la gestion de l’eau et des déchets ou encore l’utilisation de systèmes chaud/froid, notamment avec les cogénérations circulaires.
"Un autre moyen de réduire l’empreinte carbone est la gestion durable et raisonnée des ressources, ce qui va permettre de promouvoir une économie circulaire à travers la conception de produits durables, la réutilisation et le recyclage des matériaux", a-t-il ajouté.
La mobilité durable est un autre chantier important de la décarbonation des exportateurs. "A titre d’exemple, l’introduction de flottes de véhicules électriques dans certaines entreprises peut réellement réduire les émissions de gaz à effet de serre des déplacements professionnels", a-t-il poursuivi. Mais ce volet dépendra de la décarbonation de la production électrique nationale.
"L’adoption de solutions digitales avancées pour la gestion, la surveillance et la maintenance des processus industriels va permettre d’améliorer l’efficacité opérationnelle tout en réduisant notre consommation d’énergie. Par ailleurs, les énergies renouvelables jouent un rôle crucial dans la décarbonation et la transition vers une économie circulaire, d’autant plus que le Maroc a un fort potentiel et vise un objectif de 52% d’énergie renouvelable dans son mix énergétique d’ici 2030", a encore rappelé Loïc Jaegert-Huber.
Le potentiel et les défis du Maroc
"Le Maroc a toutes les clés en main pour réussir sa décarbonation ! Il bénéficie notamment d’une volonté politique claire et très ambitieuse, d’une situation géographique idéale et d’un environnement des affaires très prometteur, notamment en étant déjà une importante destination d’investissements très dynamique", a-t-il encore souligné. Mais le Royaume a encore des progrès à réaliser. Voici quelques mesures proposées par Loïc Jaegert-Huber :
- développer un nouveau cadre juridique global et plus intégré pour s’adapter aux nouvelles exigences réglementaires et environnementales ;
- déployer et généraliser des programmes de normalisation et de certifications vertes ;
- obtenir des financements adéquats. A noter qu’il en existe déjà une grande diversité, comme les aides publiques à l’investissement et l’accompagnement à l’export, ainsi que des facilités de crédit, des primes, de l’assistance technique…
Les avantages économiques de la décarbonation
"La décarbonation industrielle ne se limite pas à une simple aspiration environnementale : elle est également synonyme de performance et d’efficacité économique", a mis en exergue Loïc Jaegert-Huber.
Dans ce sens, Omar Chraibi, Senior Business Developer chez Engie Maroc, a de son côté souligné que "consommer vert, c’est consommer moins cher". Ainsi, l’objectif de la décarbonation est également d’améliorer la rentabilité des entreprises. Selon lui, les coûts énergétiques de l’éolien et du solaire ont connu une baisse pondérée ces dix dernières années, tandis que le rendement des panneaux solaires a été plus important.
"La décarbonation améliore la compétitivité des entreprises en leur permettant de répondre à la demande croissante de pratiques durables, tout en réduisant les coûts de production et la dépendance énergétique. Elle est aussi un véritable levier d’attractivité des investissements", a pour sa part conclu Hassan Sentissi El Idrissi, président de l’ASMEX.
Ce que l’on sait sur la taxe carbone prévue par l'Union Européenne pour 2023
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