16 victimes affectées par une injection intraoculaire à l'hôpital du 20-Août de Casa : voici ce que l'on sait

L’affaire des 16 personnes qui souffrent de complications résultant d’une injection intraoculaire fait polémique depuis plusieurs jours. Une enquête judiciaire est en cours quant à l’origine de ces complications. Des informations non confirmées font état de cécité. Round up des principales informations obtenues par Médias24 autour de cette affaire.

16 victimes affectées par une injection intraoculaire à l'hôpital du 20-Août de Casa : voici ce que l'on sait

Le 12 octobre 2023 à 18h00

Modifié 13 octobre 2023 à 10h41

L’affaire des 16 personnes qui souffrent de complications résultant d’une injection intraoculaire fait polémique depuis plusieurs jours. Une enquête judiciaire est en cours quant à l’origine de ces complications. Des informations non confirmées font état de cécité. Round up des principales informations obtenues par Médias24 autour de cette affaire.

Seize personnes souffrant de maladies rétiniennes, suivies au service d’ophtalmologie de l’hôpital du 20-Août de Casablanca, relevant du Centre hospitalier universitaire Ibn Rochd, ont reçu le 19 septembre dernier une injection intraoculaire, et plus précisément, une injection intravitréenne (IVT). Une procédure courante dans le monde entier. Le lendemain, le mercredi 20 septembre, deux d’entre elles ont présenté des symptômes tels que des rougeurs aux yeux, accompagnées de douleurs et d’une diminution de l'acuité visuelle. Elles sont donc revenues à l’hôpital pour contrôle. L'hôpital a alors rappelé les autres patients ayant reçu la même injection le 19 septembre, pour les placer sous surveillance.

L’incident fait grand bruit depuis quelques jours, et une enquête judiciaire a été ouverte pour en déterminer les circonstances et les responsabilités éventuelles. Cinq patients ont depuis cette date quitté l’hôpital, tandis que les onze autres sont toujours alités.

Selon nos recherches auprès d'éminents ophtalmologues ayant requis l'anonymat, le médicament injecté est un produit utilisé dans le monde entier et il sauve d'innombrables personnes de la cécité dans certaines affections. Mais il présente, dans une proportion extrêmement faible, deux risques : des complications cardiovasculaires ou un risque d'infection dû à l'injection. Selon notre source, dans le cas d'espèce et sachant que 16 malades sont concernés, le même jour, au même endroit, tout indique qu'il s'agit d'infections dont il faut rechercher la cause. Car les infections sont rarissimes lorsque l'asepsie est respectée.

"Les victimes ne sont pas toutes complètement aveugles"

Contacté par Médias 24, Me Mohamed Chemssy, avocat au barreau de Casablanca, qui assure la défense des victimes, nous confie qu’à ce jour, "le doute persiste autour de l’origine de ces complications. Les trois scénarios possibles sont les suivants :

-  L’injection, qui doit être réalisée par un médecin au bloc opératoire, l'a peut-être été par un(e) infirmier(ière).

-  Le matériel utilisé dans l’injection n’était peut-être pas stérile. Il s’agirait donc d’un élément interne, touchant au protocole sanitaire.

- Ce traitement est présenté sous forme de flacon pouvant être utilisé par plusieurs personnes (une dizaine selon notre source médicale, ndlr). Le reste du liquide (de plusieurs flacons), qui doit normalement être jeté après ouverture du flacon s'il n'est pas utilisé dans la journée, ne l’aurait pas été, et aurait été injecté aux victimes. La solution injectée aux patients ne serait donc pas la même que celle achetée par ces derniers".

Attention, il s’agit là de suppositions dans la bouche de l'avocat des victimes. Aucun de ces scénarios n’a été confirmé à l'heure de la publication de cet article. Une enquête est actuellement en cours, à la suite d’une plainte déposée par les victimes auprès du procureur du Roi. L’affaire est à présent entre les mains de la police judiciaire.

D’après notre interlocuteur, "les victimes ont déjà été entendues par la BNPJ, qui enquête à présent auprès des médecins du service d’ophtalmologie de l’hôpital du 20-Août, ainsi que de la pharmacie ayant vendu ledit produit aux patients".

Me Chemssy assure que "ces patients ne sont pas tous diabétiques". "Ces derniers ne sont pas tous devenus aveugles, comme l'annoncent certains médias ou rumeurs sur les réseaux sociaux. Ils ont perdu la vue au niveau de l’œil traité", nous précise-t-il, sans toutefois fournir plus d’informations sur les personnes ayant subi une injection au niveau des deux yeux.

"Cinq personnes ont quitté l’hôpital du 20-Août parce qu’elles habitent loin et que leurs familles ne peuvent plus se rendre à leur chevet chaque jour, tandis que les 11 autres y sont toujours."

Et de conclure : "Le ministère de la Santé a également lancé une enquête, mais nous ne disposons toujours pas de ses résultats."

"L’enquête est en cours pour connaître l'origine des complications"

Pour sa part, jointe par nos soins, le Pr Asmaa El Kettani, chef du service d’ophtalmologie pédiatrique à l’hôpital 20-Août, nous a fourni les informations suivantes :

"Concernant ce sujet, et comme mentionné sur le communiqué de l’hôpital (fac-similé ci-dessous), les patients ont été hospitalisés et ont bien répondu au traitement. Ils se sont tous améliorés. Quant à l’origine de cette complication, l’enquête est en cours."

En effet, dans un communiqué publié le 4 octobre dernier, l’hôpital du 20-Août explique ce qui suit :

- "L’affaire concerne 16 personnes souffrant de maladies rétiniennes, qui sont suivies au sein de l’hôpital. Ces dernières ont reçu une injection intravitréenne (IVT) le 19 septembre 2023, selon les normes suivies dans de tels cas. Il s’agit donc d’habitués. Ce ne sont pas de nouveaux patients qui arrivent pour la première fois pour ce type d’injection.

- "Le jour suivant, à savoir le 20 septembre 2023, sont apparues chez deux d’entre elles des rougeurs aux yeux, accompagnées de douleurs, et d'une baisse de la vision. L’équipe médicale a donc contacté tous les autres patients ayant été injectés le 19 septembre 2023, qui ont été admis à l’hôpital, mis sous surveillance médicale, et reçu le traitement nécessaire.

- "Les résultats de surveillance médicale ont démontré que l’état de tous ces patients s’est significativement amélioré après le traitement reçu. Cinq d’entre eux ont quitté l’hôpital après avoir achevé leur traitement, tandis que les autres y sont toujours pour en recevoir davantage, sous la surveillance de médecins spécialisés. Ces derniers quitteront l’hôpital quand ils auront achevé leur traitement dans les jours suivants."

Dans son communiqué, l’hôpital du 20-Août présente également des éclaircissements quant à "la méthode utilisée dans le traitement de certaines maladies oculaires, notamment chez les personnes souffrant de complications de maladies chroniques, telles que les diabétiques. Il convient de noter que, conformément aux recommandations émises par toutes les sociétés médicales nationales et internationales en matière d’ophtalmologie, les ophtalmologues de l’hôpital recourent depuis des années à des injections intraoculaires pour le traitement des maladies de la rétine entraînant une déficience visuelle. Ces injections représentent une avancée majeure dans le traitement des maladies de la rétine et sont utilisées dans tous les centres d'ophtalmologie du monde afin de ralentir la détérioration de la vision chez les patients".

Pour conclure, l'administration de l’hôpital a aussi annoncé "l’ouverture d’une enquête médico-administrative, pour déterminer les circonstances de cet incident isolé".

Communiqué de l'hôpital du 20-Août

Une complication infectieuse, dont l’origine reste à déterminer (SMO)

Dans un communiqué récent (fac-similé ci-dessous), la Société marocaine d’ophtalmologie (SMO), dont le Pr Asmaa El Kettani est la vice-présidente, parle pour sa part d’une complication infectieuse (endophtalmie), qui est une complication très rare touchant 0,02% des patients, redoutée par les ophtalmologistes du monde entier, et dont l’origine reste à déterminer.

Communiqué de la Société marocaine d'ophtalmologie

Quid du médicament utilisé ?

Toujours selon la SMO, cet incident est survenu après injection intraoculaire du bévacizumab, connu par les patients sous son nom commercial Avastin. Elle précise que :

- "L’Avastin n’est pas un médicament illégal. C’est un produit utilisé depuis de nombreuses années dans le traitement de certains cancers, avec autorisation de mise sur le marché marocain délivrée par le ministère de la Santé pour cet usage.

- "Ce produit a révolutionné la prise en charge de nombreuses pathologies rétiniennes qui n’avaient jusque-là aucun traitement efficace.

- "Ce produit est très largement utilisé partout dans le monde avec une force bibliographique indéniable, plus de 4.500 publications scientifiques dans des revues médicales avec comité de lecture. Les études ont montré que Avastin et Lucentis avaient la même efficacité.

- "Le groupement des laboratoires pharmaceutiques, qui possédaient l’Avastin, ont mis sur le marché un produit similaire, le ranibizumab (Lucentis) qui a les mêmes propriétés, mais un coût 30 fois supérieur.

- "Le traitement des maladies rétiniennes, dont les principales sont l’œdème maculaire diabétique, la dégénérescence maculaire liée à l’âge, compliquée de néovaisseaux choroïdiens, et les occlusions veineuses rétiniennes, nécessite non pas une injection unique mais de nombreuses injections étalées dans le temps. La moyenne des injections est de 6 par an et par œil."

Selon nos informations, Avastin (bévacizumab) est un antinéoplasique, anticorps monoclonal (anti-VEGF), distribué par le laboratoire Roche. Le flacon-ampoule de 4 ml se vend à environ 2.900 DH (PPV) et à environ 2.600 DH au niveau des hôpitaux (prix hospitalier). Il peut être utilisé par une dizaine de personnes à son ouverture. Vu son prix assez élevé, les patients s’organisent pour acheter un seul flacon, qu’ils se départagent, ce qui leur fait entre 260 à 290 DH par personne, selon le lieu d’achat. Le Lucentis (ranibizumab) coûte pour sa part environ 8.000 DH le flacon.

Avastin est indiqué chez les patients adultes atteints de cancer colorectal métastatique, de cancer du sein métastatique, ou encore d'autres types de cancer, selon l’association qui a été faite avec d’autres composants. Au Maroc, il est également utilisé dans la prise en charge de certaines rétinopathies.

Aucun de nos interlocuteurs, ni les différents communiqués, ne répondent aux questions essentielles : quel est l'état de la vision chez les 16 patients ? Y a-t-il des cas de cécité, et combien ? Y a-t-il des cas de baisse d'acuité visuelle, et combien ? Y a-t-il des dommages irréversibles causés aux malades ? Y a-t-il eu d'autres cas similaires par le passé dans ce même service ? Les injections ont-elles été effectuées sous des conditions d'asepsie, et par un médecin ?
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