img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
SOCIETE

Reportage. À Tighitcht, les femmes sont les locomotives de la vie post-séisme

Les rescapés du tremblement de terre du vendredi 8 septembre reprennent le cours de leur vie à Tighitcht, douar relevant de la province de Taroudant. Les femmes sont la clé de voûte de cette résilience.

Reportage. À Tighitcht, les femmes sont les locomotives de la vie post-séisme
Chady Chaabi. Images: Redouane Chelh
Le 18 septembre 2023 à 14h58 | Modifié 18 septembre 2023 à 16h28

En ce mercredi 13 septembre, malgré notre gêne apparente, les femmes du douar Tighitcht, dans la commune de Ouneine, insistent pour nous offrir un verre de thé à l'ombre d'un bâti dont les fondations et les murs ont été fragilisés par le séisme de magnitude 7 qui a frappé la région cinq jours auparavant.

Dans cette vallée cernée par les arbres fruitiers, les dégâts sont avant tout matériels. Le paysage s'est métamorphosé. En témoigne l'assif (cours d'eau) en contrebas du douar. Avant le séisme, c'était un sentier pédestre où l’on pratiquait des randonnées. Désormais, il est alimenté par de l’eau de roche, s’écoulant de failles créées par le violent mouvement terrestre.

Les femmes, elles, n'ont pas changé. Véritables locomotives familiales, elles sont garantes d'une certaine continuité de la vie, qu'il vente ou qu'il neige, et même quand la terre tremble. 

"Elles sont résilientes et acceptent leur sort. C'est une société dépourvue de personnes qui se plaignent à longueur de journée", assure Mohamed Mahdi, anthropologue et spécialiste du monde rural. Il ne croit pas si bien dire. Dans ces zones montagneuses, le rôle de la femme est central. Elle se réveille la première et ferme l'œil après tout le monde.

La femme rurale, une figure de proue

Au détour d'un sentier, une femme fait la lessive à mains nues. Seule la maison en pisé fissurée sur sa gauche trahit le séisme. "En plus des activités qui incombent à toutes les femmes, dont l'éducation des enfants, elles participent à l'ensemble des activités agricoles, surtout depuis que les hommes quittent le village pour travailler en ville en vue de gagner des revenus complémentaires", explique Mohamed Mahdi. 

Il y a encore des zones où "elles récoltent également du bois et approvisionnent la maison en eau. Elles sont spécialistes de l'élevage en étant chargées d'entretenir le bétail, traire les vaches et préparer du beurre", poursuit-il. 

L’économie du village, perché à 10 kilomètre de l'épicentre du séisme, est en effet "dépendante de l’agriculture, de l’élevage et de l’émigration qui permet aux familles d’avoir des revenus complémentaires", complète Mohamed Tamime, enseignant d'urbanisme à Rabat et natif de ce douar où il vient de vivre la peur de sa vie. 

Reportage. À Tighitcht, les femmes sont les locomotives de la vie post-séisme

Autrement dit, les femmes sont la clé de voûte des familles rurales, qui plus est dans ces régions en haute altitude. Une force de caractère décisive après une telle catastrophe naturelle. Et si des dissensions peuvent parfois exister entre les hommes ou les femmes du village, elles sont mises de côté au nom d'une solidarité sans faille, facilitée par les différents liens de parenté dans cette communauté. 

"Les femmes se mettent ensemble. Partagent leurs soucis en commun. Elles souffrent, elles se consolent et arrivent à surmonter le choc", précise Mohamed Mahdi. "Le fait d’être réuni est une thérapie au même titre que de vaquer aux tâches quotidiennes", assure Mohamed Tamim. 

"Nous ressentons un sentiment de sécurité quand nous sommes réunis. On se dit que même si on meurt, au moins on mourra ensemble et on ne laissera personne derrière nous”, avoue l'une d'entre elles avec une émotion non dissimulée. 

Une peur surmontée par un quotidien chargé

Pour l'heure, les femmes du village s'activent afin de contenir la peur qui leur noue l'estomac. Elles se sont d'abord organisées pour installer une cuisine collective en plein air. De petites butanes de gaz sont protégées du vent par un cadre en bois. Et les ustensiles sont entreposés sur une table en plastique. 

Les repas se prennent en petits groupes, "car chaque famille à son rythme de vie, selon ses occupations. Certaines femmes ont du bétail ou des champs à entretenir. Sans oublier les enfants", nous explique une mère encore sous le choc. "Mais le soir", reprend-elle, "tout le monde se réunit sur un terrain en hauteur, où nous nous couvrons avec des couvertures ou parfois du plastique car il fait très froid". 

"Les femmes ont peur d'entrer dans leur maison, mais certaines prennent le risque de s'y aventurer pour récupérer les ustensiles dont elles ont besoin pour faire la cuisine. D'autres envoient leurs maris", nous explique Mohamed Tamime qui ne quitte pas son casque de vélo, par peur des effondrements. 

Reportage. À Tighitcht, les femmes sont les locomotives de la vie post-séisme

Et pour cause, "la terre tremble encore de temps en temps. Et nous remarquons qu’à chaque nouvelle secousse, les fissures s’agrandissent. Les maisons sont vraiment inhabitables", déplore une femme du village.

"Nous sursautons à chaque fois qu’on entend une voiture ou une moto passer. D'ailleurs, plusieurs femmes refusent de descendre et de s'aventurer ne serait-ce que sur le palier des habitations", poursuit-elle. Une situation qui n'est pas tenable sur la durée et qui fait craindre un exode massif.  

"L’exode rural ne risque pas de s’accentuer à cause de cette catastrophe naturelle", estime Mohamed Tamime. "Je n’appellerai pas ça de la migration mais plutôt une circulation." Et d'ajouter : "Il est nécessaire de quitter un jour le village puis d’y revenir. C’est un schéma qui se perpétue. Si les villageois migrent en ville, c’est pour améliorer leur niveau de vie. Et ils reviennent tôt ou tard car ils ont des attaches familiales et un ancrage solide." 

Et ce n'est pas un séisme, aussi puissant soit-il, qui modifiera la nature profonde d'une société où les femmes donnent le la et impulsent la marche à suivre.  

À découvrir

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Chady Chaabi. Images: Redouane Chelh
Le 18 septembre 2023 à 14h58

à lire aussi

Malgré sa liquidation, le groupe agricole Soprofel obtient six mois de répit
Les plus de Médias 24

Article : Malgré sa liquidation, le groupe agricole Soprofel obtient six mois de répit

Le tribunal de commerce d’Agadir prolonge de six mois l’activité de Soprofel, malgré sa mise en liquidation judiciaire. Une décision qui intervient alors que la famille Puech, propriétaire du groupe, conteste toujours cette issue devant la Cour de cassation, sur fond de litige de près de 600 millions de dirhams avec l’Office des changes.

inwi lance le “Challenge Startup Gamification” 
Communication d'entreprise

Article : inwi lance le “Challenge Startup Gamification” 

Le "Challenge Startup Gamification" est une initiative d’inwi, portée conjointement avec le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication (MJCC) et Morocco Gaming Industry (MGI).

Somia : les dirigeants du groupe Crespo de nouveau visés par une procédure judiciaire
Les plus de Médias 24

Article : Somia : les dirigeants du groupe Crespo de nouveau visés par une procédure judiciaire

Après une première tentative déclarée irrecevable fin décembre 2025, le syndic chargé de la liquidation de Somia revient à la charge avec une nouvelle demande d'extension visant le patrimoine des dirigeants.

Capital-risque : CDG autorisée à investir dans le fonds “Middle East Venture Fund IV”
ECONOMIE

Article : Capital-risque : CDG autorisée à investir dans le fonds “Middle East Venture Fund IV”

La CDG, via sa filiale CDG Invest, obtient l'autorisation pour investir 1,5 million de dollars dans "Middle East Venture Fund IV", un fonds de capital-risque régional dédié aux startups technologiques dans la région MENA, marquant un pas supplémentaire dans l’intégration du Maroc aux circuits du venture capital international.

Immobilier. La flambée des coûts de construction risque de se répercuter sur les prix
ECONOMIE

Article : Immobilier. La flambée des coûts de construction risque de se répercuter sur les prix

La guerre au Moyen-Orient se répercute sur le BTP au Maroc. Déjà fragilisé, le secteur fait face à la hausse des intrants, à l’envolée du gasoil, aux tensions sur certains matériaux et à une pénurie de main-d’œuvre qui complique davantage l’activité.

Vanadium : à Tissaf, des teneurs jusqu’à cinq fois la moyenne mondiale de ce métal stratégique
Quoi de neuf

Article : Vanadium : à Tissaf, des teneurs jusqu’à cinq fois la moyenne mondiale de ce métal stratégique

La société canadienne Elcora Advanced Materials Corp. a annoncé des résultats prometteurs issus de son programme d’échantillonnage de surface sur la propriété de Tissaf (province de Tinghir), révélant une minéralisation à haute teneur en plomb mais aussi en vanadium, un métal stratégique utilisé principalement pour renforcer l’acier dans la construction et dans les batteries de stockage d’électricité liées aux énergies renouvelables.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité