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Témoignage d'un ex-détenu : “Je souffre dans ma chair pour ces gens qui ont droit à plus de dignité”

SURPOPULATION CARCÉRALE. Médias24 a reçu un message touchant et poignant de la part d'un ancien détenu, après la lecture des différents articles consacrés au surpeuplement des prisons marocaines. Voici ce témoignage.

Témoignage d'un ex-détenu : “Je souffre dans ma chair pour ces gens qui ont droit à plus de dignité”
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Le 17 août 2023 à 16h33 | Modifié 17 août 2023 à 17h58

L'alerte lancée par l'administration pénitentiaire au sujet du surpeuplement des prisons, après avoir franchi la barre symbolique des 100.000 détenus le 7 août 2023, a fait réagir l'un de nos lecteurs qui livre sa propre expérience d'ancien détenu.

Dans ce témoignage à Médias24, il décrit les conditions d’incarcération dans une prison pleine à craquer. "C’est un débat très important. Mais les conséquences humaines sur les détenus sont à peine effleurées", regrette notre interlocuteur qui requiert l’anonymat.

"Nous étions 30 pour 17 places dans 35 m²"

"Moi qui ai passé quelques années en détention, je porte un regard différent nourri par ma propre expérience, mais aussi par les témoignages de dizaines de détenus que j'ai côtoyés et qui ont partagé leur vécu dans d'autres établissements pénitentiaires. Le détenu reste un citoyen à part entière - en dehors de la privation de sa liberté. Sa dignité et des conditions acceptables de détention doivent lui être garanties", poursuit cet ancien détenu qui souligne l’importance de "poursuivre le débat en posant les bonnes questions".

Il rappelle que la loi 23-98 qui organise les prisons au Maroc prévoit, dans son article 6, que les détenus soumis à la détention préventive soient séparés des condamnés. L’article suivant dispose que l’incarcération individuelle des détenus soumis à la détention préventive doit être assurée dans les prisons locales.

"Puisque nous avons 100.000 détenus au Maroc, avec 40% en détention préventive, nous devrions, pour respecter la loi, avoir au minimum 40.000 cellules individuelles. Or, aujourd'hui, la capacité totale annoncée par la DGAPR est de 64.000 places.

"L’encombrement temporaire des prisons au Maroc ne date pas du mois d'août 2023. Lorsque l'on nous parle de pourcentage de détenus en détention préventive qui a légèrement baissé de 40% à 39%, il faut aussi observer en valeur absolue ce qu'ils représentent. 39% de 100.000, ça fait 39.000 ; 40% de 80.000, ça fait 32.000". En d'autres termes, l apart relative baisse, mais en valeur absolue, le nombre augmente.

"Lorsque j’étais incarcéré, il y avait déjà plus de 74.000 détenus au Maroc. Dès le premier jour, je me suis retrouvé affecté dans une cellule de 35 m² (taille standard de la majorité des cellules), y compris l'espace sanitaire et un lavabo. Nous étions 30 pour 17 places assurées dans des lits métalliques superposés. 22 sur 30 étaient fumeurs... Dans ces cellules, il y a trois petites ouvertures qui ont été sur-grillagées par l'administration pour limiter les trafics en tout genre, mais cela réduit fortement l'aération des espaces.

"L'été, dès que la température extérieure s’élève à 26-27 degrés, la température à l'intérieur des cellules surpeuplées est insupportable. Un de mes compagnons d'aventure a passé deux ans dans un autre étage, et l'effectif de sa cellule de 35 m² a même atteint 42 détenus... 26 dormaient sur le sol.

"À un moment de mon périple judiciaire, ma peine a été prolongée à cause d'une contrainte par corps. Contrairement à ce que prévoit la loi, je n'ai pas été isolé des autres prisonniers. À l'époque, lorsque nous interrogions les gardiens sur le nombre de détenus dans cette prison, ils parlaient de 7.500. Aujourd'hui, la DGAPR annonce 10.877. J'imagine donc, que dans certaines cellules , ils doivent être à 50 dans les fameux 35 m². Et avec la canicule de cet été, je souffre dans ma chair pour tous ces gens, quelles que soient les raisons qui les ont conduits là où ils sont.

"Mais nous parlons d'hommes et de femmes, de citoyens marocains. La loi 23-98 s'applique à tous. Il faut aussi lire le décret d'application qui parle, par exemple, de lumière suffisante dans les cellules pour pouvoir lire sans se fatiguer les yeux, de cellules suffisamment aérées, etc. J'espère que des décisions positives seront prises dans les prochaines semaines", conclut-il.

À noter que la loi actuelle a fait l’objet d’une révision qui est entre les mains des députés. À travers cette refonte globale et profonde de la loi 23.98, le but est d’assurer la sécurité des détenus, des individus, des bâtiments et des infrastructures dédiés à ces établissements. Mais cela suffira-t-il sans l’application réelle des recommandations visant à orienter la détention préventive, et sans la mise en place de peines alternatives ?

Dans un message séparé, notre correspondant réagit à la proposition de mesures d'urgence faite par l'Observatoire marocain des prisons, parmi lesquelles des libérations anticipées pour les personnes sur le point de purger leur peine, ou les personnes âgées. "Un dispositif sur la liberté conditionnelle existe pour les détenus qui ont purgé 75% de leur peine… mais il ne fonctionne pas."

Médias24 publiera tout témoignage fiable, authentifié et d'intérêt général contribuant au débat en cours sur la surpopulation carcérale. Anonymat garanti. Écrire à [email protected].

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Le 17 août 2023 à 16h33

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