Au procès des tickets du Mondial 2022, deux condamnations et des interrogations
RECIT D'AUDIENCE. Vendredi 11 août, le président de l’Olympique club de Safi a écopé de 18 mois de prison fermes dans l’affaire des tickets du Mondial 2022.De son côté, l’animateur radio Adil El Omari poursuivi pour participation, a été condamné à 10 mois fermes, mais ne dormira pas en prison.
“Je dois sortir, je n’aime pas ce que j’entends“, a lancé un des avocats de Adil El Omari en entendant les jugements prononcés par le président du tribunal, qui avait devant lui le dossier de son client et de Mohamed El Hidaoui, une pile de documents d’une quinzaine de centimètres de hauteur, ce vendredi 11 août vers 22h30. Et pour cause : après près de trois heures de délibérations, le juge a condamné le président de l’Olympique club de Safi à 18 mois de prison fermes pour, entre autres, tentative d’escroquerie. L’animateur radio Adil El Omari, a écopé quant à lui de 10 mois pour participation. En attendant l’appel (scénario probable et souhaité par les avocats, dans l'attente de la décision de leurs clients), il restera en liberté.
Jusqu’au bout, les deux prévenus auront clamé leur innocence. Jusqu’au bout, la défense des deux hommes aura rendu hommage à la “bonté de cœur“ d’El Hidaoui, par ailleurs homme d’affaires connu de la ville de Safi et député de la même ville. "Il est inconcevable que mon client soit jugé en raison de sa générosité", aura répété son avocat, Mohamed Ben Malek.
Jusqu’au dernier moment, ils auront essayé de sauver leurs clients. Quelques secondes avant le retrait du jury pour les délibérations, les avocats d’El Hidaoui ont remis à la cour des déclarations de deux personnes qui assurent n’avoir jamais été victimes d’une tentative d’escroquerie par Mohamed El Hidaoui. Ces deux personnes sont la soeur et le beau-frère d’une certaine Faïza, dont la déclaration auprès des officiers de la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ) auront constitué un élément à charge pour l’accusation. Lorsque le juge a accepté d’inclure ces témoignages dans le dossier, un vent d’optimisme avait rafraîchi le hammam auquel s’apparentait la salle numéro 3 du tribunal de première instance de Ain Sebaâ. Mais rien n’y a fait.
"Vices de procédure"
Avant d’entamer le débat sur le fond, Maîtres Ben Malek et Khalidi ont tenté de faire tomber les poursuites à coup de vices de procédure. Pourquoi la Fédération royale marocaine de football (FRMF) n’est-elle pas représentée ? Pourquoi le document de la plainte ne figure-t-il pas dans le dossier ? Comment peut-on se baser sur un simple enregistrement audio, fuité illégalement sur les réseaux sociaux, pour justifier l’action pénale ? Le premier président du tribunal a-t-il ordonné officiellement de transcrire l’enregistrement audio en question ? Autant de questions que le procureur aura balayé d’un revers de la main, rétorquant : "pas besoin de plainte pour enclencher l’action publique".
Au-delà de cela, les avocats respectifs des deux - désormais - coupables ont également invoqué la territorialité des faits qui leur sont reprochés. Puisque les infractions ont été commises au Qatar, ce sont les autorités qataries qui devraient enquêter et éventuellement lancer des poursuites. Ce n’est qu’après une note du ministère des Affaires étrangères de cet émirat, adressé à son homologue du Maroc, que la justice du royaume s’est emparée de l’affaire. « Un Marocain peut être poursuivi pour toute infraction, tant qu’il est marocain », répondra tout simplement le substitut du procureur.
La défense s'interrogera également sur le bien-fondé de l’inculpation pour tentative d’escroquerie. "Celle-ci suppose l’existence d’une victime, donc de plainte. Or, force est de constater qu’il n’y en a pas", a tancé Me Khalidi.
Dans cette affaire, Adil El Omari, animateur vedette de la station hertzienne Radio Mars, aura servi d’intermédiaire, entre Mohamed El Hidaoui et l’une de ses connaissances, qui procédait lui à la vente effective de tickets au Qatar, selon les déclarations de l’accusé principal. "Il m’a dit qu’il connaissait quelqu’un qui pouvait nous vendre 8 tickets, pour la somme de 62.000 dirhams, que j’ai réglée par virement bancaire", a expliqué El Hidaoui devant le juge. D’après l’accusation, El Hidaoui aura par la suite vendu illégalement des tickets obtenus à titre gracieux auprès de la FRMF mais aussi auprès de Abderrazzak Hamdallah, ancienne gloire de l’OCS et international de la sélection nationale présent au Qatar lors du périple historique.
Condamné "parce que généreux" ?
"Mon client n’a vendu aucun ticket. Ceux qu’il a obtenus gratuitement, et ceux qu’il a payés ont été par la suite distribués sans contrepartie à ses proches et à des personnes originaires de Safi, où il est connu pour ses actes de générosité", affirmera Me Ben Malek, ajoutant qu’El Hidaoui prend en charge des dizaines de patients malade du cancer à travers une association locale. Et l’avocat de lancer : "Comment diable pourrait-il penser à vendre des tickets pour un bénéfice misérable, alors que sa société totalise plus de 220 millions de dirhams de chiffre d’affaires ?".
"Je comprends la frustration que peut ressentir une personne qui a dépensé énormément d’argent pour se rendre au Qatar et qui n’arrive pas à se procurer de tickets pour un match aussi important qu’une demi-finale de Coupe du monde", a confié El Hidaoui, justifiant l’opération de distribution gratuite de billets.
Lors de leurs plaidoiries, les avocats des deux prévenus ont invoqué d’autres zones grises qui subsistent dans la procédure. "Pourquoi les déclarants auprès de la BNPJ n’ont-ils pas été convoqués par la Cour, malgré nos demandes instantes ? Pourquoi poursuit-on El Hidaoui et El Omari pour vente illégale de tickets de l’équipe nationale, alors que cette infraction n’existe pas textuellement dans le Code pénal ?". Des questionnements sérieux qui devront attendre la phase d’appel.
Au final, le procès de première instance s’est achevé en laissant des interrogations. Le fond du problème est en effet la fuite massive de tickets à partir d’opérations de distribution gratuite aux supporters marocains. On attend donc la suite de l’enquête de la BNPJ, ainsi que le procès en appel, car El Hidaoui et El Omari feront probablement appel selon leur défense.
Tickets du Mondial: El Hidaoui et El Omari condamnés en première instance
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