img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
DROIT

Au procès des tickets du Mondial 2022, deux condamnations et des interrogations

RECIT D'AUDIENCE. Vendredi 11 août, le président de l’Olympique club de Safi a écopé de 18 mois de prison fermes dans l’affaire des tickets du Mondial 2022.De son côté, l’animateur radio Adil El Omari poursuivi pour participation, a été condamné à 10 mois fermes, mais ne dormira pas en prison.

Au procès des tickets du Mondial 2022, deux condamnations et des interrogations
Omar Kabbadj
Le 12 août 2023 à 7h54 | Modifié 12 août 2023 à 14h55

“Je dois sortir, je n’aime pas ce que j’entends“, a lancé un des avocats de Adil El Omari en entendant les jugements prononcés par le président du tribunal, qui avait devant lui le dossier de son client et de Mohamed El Hidaoui, une pile de documents d’une quinzaine de centimètres de hauteur, ce vendredi 11 août vers 22h30. Et pour cause : après près de trois heures de délibérations, le juge a condamné le président de l’Olympique club de Safi à 18 mois de prison fermes pour, entre autres, tentative d’escroquerie. L’animateur radio Adil El Omari, a écopé quant à lui de 10 mois pour participation. En attendant l’appel (scénario probable et souhaité par les avocats, dans l'attente de la décision de leurs clients), il restera en liberté.

Jusqu’au bout, les deux prévenus auront clamé leur innocence. Jusqu’au bout, la défense des deux hommes aura rendu hommage à la “bonté de cœur“ d’El Hidaoui, par ailleurs homme d’affaires connu de la ville de Safi et député de la même ville. "Il est inconcevable que mon client soit jugé en raison de sa générosité", aura répété son avocat, Mohamed Ben Malek.

Jusqu’au dernier moment, ils auront essayé de sauver leurs clients. Quelques secondes avant le retrait du jury pour les délibérations, les avocats d’El Hidaoui ont remis à la cour des déclarations de deux personnes qui assurent n’avoir jamais été victimes d’une tentative d’escroquerie par Mohamed El Hidaoui. Ces deux personnes sont la soeur et le beau-frère d’une certaine Faïza, dont la déclaration auprès des officiers de la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ) auront constitué un élément à charge pour l’accusation. Lorsque le juge a accepté d’inclure ces témoignages dans le dossier, un vent d’optimisme avait rafraîchi le hammam auquel s’apparentait la salle numéro 3 du tribunal de première instance de Ain Sebaâ. Mais rien n’y a fait.

"Vices de procédure"

Avant d’entamer le débat sur le fond, Maîtres Ben Malek et Khalidi ont tenté de faire tomber les poursuites à coup de vices de procédure. Pourquoi la Fédération royale marocaine de football (FRMF) n’est-elle pas représentée ? Pourquoi le document de la plainte ne figure-t-il pas dans le dossier ? Comment peut-on se baser sur un simple enregistrement audio, fuité illégalement sur les réseaux sociaux, pour justifier l’action pénale ? Le premier président du tribunal a-t-il ordonné officiellement de transcrire l’enregistrement audio en question ? Autant de questions que le procureur aura balayé d’un revers de la main, rétorquant : "pas besoin de plainte pour enclencher l’action publique".

Au-delà de cela, les avocats respectifs des deux - désormais - coupables ont également invoqué la territorialité des faits qui leur sont reprochés. Puisque les infractions ont été commises au Qatar, ce sont les autorités qataries qui devraient enquêter et éventuellement lancer des poursuites. Ce n’est qu’après une note du ministère des Affaires étrangères de cet émirat, adressé à son homologue du Maroc, que la justice du royaume s’est emparée de l’affaire. « Un Marocain peut être poursuivi pour toute infraction, tant qu’il est marocain », répondra tout simplement le substitut du procureur.

La défense s'interrogera également sur le bien-fondé de l’inculpation pour tentative d’escroquerie. "Celle-ci suppose l’existence d’une victime, donc de plainte. Or, force est de constater qu’il n’y en a pas", a tancé Me Khalidi.

Dans cette affaire, Adil El Omari, animateur vedette de la station hertzienne Radio Mars, aura servi d’intermédiaire, entre Mohamed El Hidaoui et l’une de ses connaissances, qui procédait lui à la vente effective de tickets au Qatar, selon les déclarations de l’accusé principal. "Il m’a dit qu’il connaissait quelqu’un qui pouvait nous vendre 8 tickets, pour la somme de 62.000 dirhams, que j’ai réglée par virement bancaire", a expliqué El Hidaoui devant le juge. D’après l’accusation, El Hidaoui aura par la suite vendu illégalement des tickets obtenus à titre gracieux auprès de la FRMF mais aussi auprès de Abderrazzak Hamdallah, ancienne gloire de l’OCS et international de la sélection nationale présent au Qatar lors du périple historique.

Condamné "parce que généreux" ?

"Mon client n’a vendu aucun ticket. Ceux qu’il a obtenus gratuitement, et ceux qu’il a payés ont été par la suite distribués sans contrepartie à ses proches et à des personnes originaires de Safi, où il est connu pour ses actes de générosité", affirmera Me Ben Malek, ajoutant qu’El Hidaoui prend en charge des dizaines de patients malade du cancer à travers une association locale. Et l’avocat de lancer : "Comment diable pourrait-il penser à vendre des tickets pour un bénéfice misérable, alors que sa société totalise plus de 220 millions de dirhams de chiffre d’affaires ?".

"Je comprends la frustration que peut ressentir une personne qui a dépensé énormément d’argent pour se rendre au Qatar et qui n’arrive pas à se procurer de tickets pour un match aussi important qu’une demi-finale de Coupe du monde", a confié El Hidaoui, justifiant l’opération de distribution gratuite de billets.

Lors de leurs plaidoiries, les avocats des deux prévenus ont invoqué d’autres zones grises qui subsistent dans la procédure. "Pourquoi les déclarants auprès de la BNPJ n’ont-ils pas été convoqués par la Cour, malgré nos demandes instantes ? Pourquoi poursuit-on El Hidaoui et El Omari pour vente illégale de tickets de l’équipe nationale, alors que cette infraction n’existe pas textuellement dans le Code pénal ?". Des questionnements sérieux qui devront attendre la phase d’appel.

Au final, le procès de première instance s’est achevé en laissant des interrogations. Le fond du problème est en effet la fuite massive de tickets à partir d’opérations de distribution gratuite aux supporters marocains. On attend donc la suite de l’enquête de la BNPJ, ainsi que le procès en appel, car El Hidaoui et El Omari feront probablement appel selon leur défense.

Tickets du Mondial: El Hidaoui et El Omari condamnés en première instance

À découvrir

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Omar Kabbadj
Le 12 août 2023 à 7h54

à lire aussi

UM6P Hospitals : un pôle médical de haute technologie prend forme à Benguérir
EDUCATION

Article : UM6P Hospitals : un pôle médical de haute technologie prend forme à Benguérir

Formation médicale immersive, hôpital de haute technologie, recherche biomédicale et incubateur de startups santé… À Benguérir, l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) déploie un écosystème hospitalo-universitaire intégré, articulé autour des soins, de l’innovation et de l’entrepreneuriat.

Rabat : la DGSN prolonge les Journées portes ouvertes jusqu’au 24 mai
Quoi de neuf

Article : Rabat : la DGSN prolonge les Journées portes ouvertes jusqu’au 24 mai

La DGSN a prolongé ses Journées portes ouvertes à Rabat jusqu’aux 23 et 24 mai 2026, en raison de l’engouement du public, afin de permettre aux visiteurs de découvrir ses missions, équipements et actions dans le cadre de sa stratégie de proximité avec les citoyens.

Maroc-France : “Paris va rattraper le temps perdu au Sahara” (source autorisée)
NATION

Article : Maroc-France : “Paris va rattraper le temps perdu au Sahara” (source autorisée)

Réunis à Rabat lors de la 2e conférence ministérielle sur le maintien de la paix dans l’espace francophone, le Maroc et la France ont affiché une convergence stratégique sans précédent. À l’issue de cette rencontre, le ministre français des Affaires étrangères a annoncé le renforcement de la présence française au Sahara, tandis qu’une source autorisée du Quai d’Orsay est allé plus loin en évoquant "un véritable rattrapage" français dans les provinces du Sud.

Disty Technologies. “Même sans augmentation de capital, nous sommes en mesure de doubler notre chiffre d'affaires” (Younes El Himdy)
Actus

Article : Disty Technologies. “Même sans augmentation de capital, nous sommes en mesure de doubler notre chiffre d'affaires” (Younes El Himdy)

Disty Technologies a réuni analystes et investisseurs ce mercredi 20 mai à la Bourse de Casablanca pour revenir sur les quatre années écoulées depuis son IPO. L’occasion pour son fondateur Younes El Himdy de mettre en avant l’évolution du groupe, son positionnement dans la distribution IT au Maroc et sa confiance pour la suite.

À Rabat, le Maroc et la France plaident pour une réforme des opérations de paix
DIPLOMATIE

Article : À Rabat, le Maroc et la France plaident pour une réforme des opérations de paix

Réunie le mercredi 20 mai 2026, la deuxième Conférence ministérielle sur le maintien de la paix en environnement francophone a mis en avant la nécessité de mandats plus réalistes, de moyens mieux adaptés aux nouvelles menaces et d’une plus forte coordination entre pays francophones. Nasser Bourita y a rappelé l’expérience marocaine, forte de plus de 100.000 Casques bleus mobilisés depuis 1960, tandis que Jean-Noël Barrot et Antonio Guterres ont insisté sur l’urgence d’un modèle plus agile, face aux conflits armés, aux drones et à la désinformation.

Bourse de Casablanca. Le MASI termine en baisse ce 20 mai
La séance du jour

Article : Bourse de Casablanca. Le MASI termine en baisse ce 20 mai

La Bourse de Casablanca a terminé la séance du 20 mai 2026 en baisse, dans un marché marqué par le recul de plusieurs grandes capitalisations, notamment bancaires et industrielles. Le MASI est resté sous pression, malgré quelques rebonds isolés sur certaines valeurs.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité