Un virus dévastateur menace les cultures maraîchères, notamment la tomate
Dans le Souss, les agriculteurs attendent la commercialisation de semences tolérantes au virus des fruits bruns et rugueux de la tomate (ToBRFV), afin de lancer leur campagne. En conséquence, le cycle cultural risque d'être décalé de quarante-cinq jours. Ce décalage va inévitablement impacter les pics de production.
Les producteurs de tomates font face à une crise multifactorielle. Au-delà des prix des intrants agricoles qui ne cessent d’augmenter, et de la pénurie d’eau, les maladies et ravageurs préoccupent de plus en plus les exploitants, en particulier le virus des fruits bruns et rugueux de la tomate (ToBRFV).
Inoffensif pour l'homme, ce virus est toutefois dévastateur pour certaines cultures maraîchères, dont la tomate. "Il peut anéantir des mois de dur labeur en une semaine seulement", s’inquiète Abdelfattah Baalla, président de l'Association marocaine des conditionneurs maraîchers (AMCOM), précisant que cette angoisse est partagée par les agriculteurs de plusieurs pays, notamment européens.
Le ToBRFV, une préoccupation mondiale
Après avoir été découvert en 2014 au Moyen-Orient, le ToBRFV est isolé à partir de plants de tomates sous serre en Jordanie, avant d’être détecté au Mexique en 2018. En 2019, il fait une première incursion dans le pourtour méditerranéen, notamment en Turquie, avant que sa présence ne soit également confirmée en Chine, au Royaume-Uni, en Grèce, en Espagne et aux Pays-Bas.
En 2021, le ToBRFV est déclaré pour la première fois en France et en Egypte, avant de concerner le Maroc la même année. Comme annoncé dans un précédent article, la maladie a été confirmée dans le Royaume en octobre 2021, dans la région de Souss-Massa, par l'Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA).
Depuis, l’ONSSA veille au renforcement de la surveillance au niveau de cette région pour éviter la dissémination de la maladie. Toutefois, ces derniers mois, des sources professionnelles ont "constaté une recrudescence des poussées phytosanitaires. Divers symptômes de maladies engendrant de plus en plus de dégâts sur les cultures, et particulièrement sur la tomate, ont été constatés dont le ToBRFV".
"Le virus commence déjà à impacter les plants et cultures en place actuellement dans le Souss", révèle Abdelfattah Baalla. Outre la tomate, les cultures de poivrons sous serre sont également touchées par ce virus dont "la propagation est très difficile à maîtriser", ajoute notre interlocuteur.
Un Tobamovirus très contagieux
Selon l'ONSSA, le ToBRFV est un Tobamovirus très contagieux. Un atelier scientifique, organisé en septembre 2022 par Paolo Battistel, consultant international et expert en cultures protégées, définit les principaux symptômes du ToBRFV comme suit :
- mosaïque sur les feuilles ;
- déformation des feuilles ;
- nécroses sur les pédoncules ;
- calices ou pétioles et/ou tâches jaunes sur les fruits.
Pour ce qui est du mode de transmission, les semences sont le vecteur le plus rapide du virus. "Mais il y a plusieurs autres scénarios de transmission", nuance le président de l’AMCOM. Ainsi, le ToBRFV se transmet par la voie mécanique et par les semences infectées.
Concernant la voie mécanique, la transmission se fait par simple contact entre les plantes, les mains, les outils de travail, les vêtements, les insectes pollinisateurs, les oiseaux et l’eau d’irrigation. Dans le cas de la transmission par semences infectées, le virus peut être présent dans les tissus externes des semences. Il peut pénétrer par les micro-blessures de la plantule lorsqu’elle traverse les tissus externes durant la germination.
Des variétés tolérantes mais pas encore résistantes
Si le ToBRFV est la hantise des producteurs de tomates, c’est parce qu'il n’existe pas de vaccin connu jusqu’à présent. Autrement dit, aucune variété de tomate résistante à ce virus n’a encore été développée. Selon Paolo Battistel, un vaccin ne sera pas découvert avant cinq ou sept ans.
Certes, de nouvelles variétés tolérantes à cette maladie des plantes sont disponibles selon les professionnels sondés. Néanmoins, "à ce stade, il est impossible d’assurer que ces variétés sont efficaces à 100% contre le ToBRFV", nuance un spécialiste de la création variétale.
Même son de cloche du côté de Abdelfattah Baalla. "Notre souhait est que la recherche scientifique s’intensifie pour trouver des variétés résistantes. Car actuellement, les semences sont principalement tolérantes. Et même s’il y a résistance, elle est cassée par d’autres facteurs comme les vagues de chaleur", explique notre interlocuteur. Pour le moment, les mesures prophylactiques doivent être privilégiées.
Une chose est sûre, le décalage du cycle de production va mécaniquement retarder les pics de production. "Par exemple, pour le pic de production de début novembre, il n'interviendra qu'à partir de la fin du même mois. Mais tout dépendra des conditions météorologiques", précise Abdelfattah Baalla.
Outre le ToBRFV, la disponibilité des tomates sur le marché, en début d'année prochaine, est aussi tributaire des températures. "Il faut que l'hiver soit doux. Autrement, la tomate ne va pas rougir", conclut notre interlocuteur.
Le plan d'action déployé par l'ONSSA contre la maladie des fruits bruns et rugueux de la tomate
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