La chasse au Maroc, une activité en plein essor mais menacée par des pratiques illégales

L'activité de la chasse doit composer avec des impératifs écologiques. Un équilibre précaire et difficile à maintenir, au vu de l’impact de l’action anthropique et climatique sur le gibier du Royaume. Le point avec Abderrahim Houmy, directeur général de l’Agence nationale des eaux et forêts.

La chasse au Maroc, une activité en plein essor mais menacée par des pratiques illégales

Le 22 juillet 2023 à 15h10

Modifié 22 juillet 2023 à 15h12

L'activité de la chasse doit composer avec des impératifs écologiques. Un équilibre précaire et difficile à maintenir, au vu de l’impact de l’action anthropique et climatique sur le gibier du Royaume. Le point avec Abderrahim Houmy, directeur général de l’Agence nationale des eaux et forêts.

Les chasseurs sont passionnément amoureux de la nature. Une passion parfois destructrice. Au-delà d'une pression accrue de l'action anthropique, affectant leur habitat et entraînant une diminution de leur population, la survie de certaines espèces est également menacée par des pratiques illégales durant la saison de la chasse. 

Autorisées en 2021, les premières chasses au mouflon dans deux sites pilotes avaient d’ailleurs suscité la colère et l'indignation des militants écologistes. Idem deux années plutôt, lorsque des touristes avaient massacré plus de 1.000 tourterelles. Le défi est donc de contenter les amoureux d’une pratique vieille comme le monde, mais aussi de protéger une faune sauvage fragile composée de 35 espèces.  

Pour Médias24, Abderrahim Houmy, directeur général de l’Agence nationale des eaux et forêts (ANEF), revient sur les actions entreprises pour concilier chasse et préservation du gibier.  

Une activité en constant développement

Dire que le secteur de la chasse au Maroc se porte bien confine à l’euphémisme. Au cours des dernières années, les indicateurs montrent une tendance encourageante. "Le nombre d'amodiations du droit de chasse a plus que doublé en dix ans, passant de 740 à plus de 1.400, sur une superficie d'environ 4 millions d'hectares", indique Abderrahim Houmy.  

La révision des statuts de la Fédération royale marocaine de chasse a également eu un effet positif sur l’organisation des chasseurs. "La Fédération compte désormais plus de 1.500 associations de chasse regroupant environ 70.000 chasseurs. Un signe positif pour l'avenir de la chasse et la protection de la faune sauvage en général", se réjouit notre interlocuteur.  

 

De surcroît, la pratique de la chasse touristique a été marquée par une augmentation significative du nombre de sociétés agréées et de chasseurs reçus au cours de la dernière décennie. Actuellement, 92 sociétés de chasse touristique investissent ce domaine. 

La chasse dans le Royaume se décline sous différentes formes, en particulier la chasse par fusil à canon lisse. "La chasse à tir devant soi est le mode le plus couramment utilisé pour la chasse des principales espèces de petit gibier, comme la perdrix gambra", nous explique Abderrahim Houmy.  

La chasse en battue est quant à elle employée pour le tir du sanglier. "Elle est également utilisée pour la chasse de la perdrix d'élevage", précise notre interlocuteur. D'autres modes sont également pratiqués dans le Royaume, dont la chasse à l'approche ou à l'affût.

Ces deux modes sont parfois utilisés pour des opérations de régulation du sanglier ou dans le cadre de la chasse sélective du mouflon à manchettes, une espèce récemment commercialisée au Maroc. Des modes différents, mais qui possèdent tous un point commun : une réglementation garantissant une pratique responsable et respectueuse de la faune. 

Un gibier composé de plus d'une trentaine d'espèces

Cette faune sauvage, que l’on appelle plus communément gibier, est symbolisée par plus d’une trentaine d'espèces, "comprenant des espèces sédentaires telles que la perdrix gambra, le lièvre, le lapin, ainsi que des espèces migratrices, comme la caille des blés et la tourterelle", souligne le directeur général de l’ANEF.  

Mais pour chasser, une licence est indispensable. Elle est obtenue moyennant une modeste contribution financière, "couvrant divers éléments tels que les frais de documents de chasse, les cartouches, les adhésions aux associations de chasse, les frais de gardiennage des lots et les aménagements cynégétiques", souligne Abderrahim Houmy.

Les tarifs se déclinent comme suit : 

- Licence de gibier sédentaire : 150 DH pour les nationaux et les étrangers qui résident au Maroc ;

- Licence de gibier d'eau et migrateur terrestre : 150 DH pour les nationaux et les étrangers qui résident au Maroc ; 

- Licence de chasse touristique : 800 DH qui doivent être versés par tout chasseur étranger non-résident pour pouvoir chasser au Maroc.

Exclusivement utilisées pour financer des programmes liés à la gestion de la faune sauvage, ces ressources contribuent à la préservation des écosystèmes et des espèces. Cette dernière prérogative, qui dépend de l’ANEF, est déterminante dans l’avenir d’une activité dont le poids économique est estimé à un milliard de DH par saison de chasse. 

Et pour cause, des régressions ont été constatées auprès de certaines espèces chassées ces dernières années. "Par exemple, la tourterelle des bois a été affectée par des transformations agricoles ayant caractérisé plusieurs pays développés, notamment en Europe, telles que l'adoption de monocultures et l'usage de pesticides, entraînant une régression de ses populations dans son axe de migration", explique Abderrahim Houmy.  

"Des mesures préventives ont été prises pour réduire le nombre de tourterelles à chasser par journée de chasse, en plus du report de deux semaines du jour de l’ouverture de la chasse de cette espèce pour éviter au maximum les pics de reproduction."

En attendant l’actualisation des données scientifiques liées à la taille des populations de cette espèce et à sa reproduction, le quota de prélèvement de la tourterelle a, en conséquence, été fixé à 40 unités au lieu de 50, alors que la saison de la chasse de la tourterelle ne sera ouverte qu’à partir du 1er août 2023. 

Plusieurs mécanismes de régulation

Au-delà des quotas (voir infographie), l’équilibre entre la pratique de la chasse et la préservation de la faune sauvage est aussi assuré par d’autres mécanismes de régulation, à l’instar des périodes de chasse et le renforcement de la surveillance. 

"Des programmes de conservation ont également permis d'augmenter significativement le nombre d’autres espèces qui ont bénéficié de ces programmes. C'est le cas de la gazelle de Cuvier et du mouflon à manchettes", complète Abderrahim Houmy. 

Toutefois, la surveillance peut parfois être prise à défaut et les quotas dépassés. Dans ce cas, "le cadre législatif et réglementaire de la gestion de la faune sauvage est approprié et avancé (voir ci-dessous). Nous veillons à son application stricte, grâce à la mobilisation de ses différentes structures sur le terrain", assure notre interlocuteur. 

Selon le dahir du 21 juillet 1923 (6 hija 1341) sur la police de la chasse, les infractions sont passibles d'amendes dissuasives allant de 1.600 DH à 14.000 DH, ainsi que des peines d’emprisonnement d'un à trois mois. Cela dit, ces sanctions n’ont pas répondu aux interrogations et autres critiques des militants écologistes il y a quelques années. 

En effet, en 2021, des mouflons avaient été chassés par des pratiquants étrangers dans le cadre d’une chasse touristique. Or, cette espèce est protégée. "L'autorisation des premières chasses au mouflon dans des sites pilotes en 2021 a suscité un débat constructif entre partisans et opposants de cette décision. Nous respectons les opinions des militants et prenons en compte leurs préoccupations", explique le directeur général de l’ANEF.  

"Néanmoins", reprend-il, "il est important de souligner que ces autorisations ont été accordées après une réflexion approfondie et en s'appuyant sur des considérations scientifiques pour assurer la durabilité des populations de mouflons". 

"Jusqu'à présent, et après deux années de mise en œuvre du projet, aucun signe d'impact négatif sur l'espèce n'a été enregistré, et nous continuons à surveiller attentivement cette pratique pour éviter tout effet néfaste sur les populations de gibier", a-t-il poursuivi. 

La chasse touristique dans le collimateur des régulateurs

La chasse touristique a pareillement été au cœur d’un scandale écologique de grande ampleur, lorsque plus de 1.000 tourterelles ont été tuées lors d'une partie de chasse dans la région de Marrakech en 2019. Si à l’époque, l’ANEF n’existait pas encore, de nos jours, l’Agence "a mis en place des mesures procédurales et techniques pour contrôler l'activité des sociétés de chasse, des hébergeurs et des guides", assure Abderrahim Houmy. 

Aujourd’hui et plus que jamais, les sociétés de chasse touristique sont surveillées et soumises à la réglementation générale, ainsi qu'à des règles spécifiques à leur activité. "Les contrats d'amodiation avec l'ANEF définissent les responsabilités des organisateurs vis-à-vis de leurs clients et les exigences liées à leur réception, y compris l'accompagnement par des guides appropriés", signale notre interlocuteur.  

"Nous collaborons étroitement avec l'association des organisateurs de chasse touristique pour garantir le respect des normes éthiques et légales, et des contrôles réguliers sont effectués. Des sanctions sont appliquées en cas de non-conformité, pouvant aller jusqu'au retrait de l'agrément", conclut-il. 

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