Actes physiques, verbaux, harcèlement, vandalisme : une enquête alarmante sur la violence en milieu scolaire

Actes physiques, verbaux, harcèlement, vandalisme, banalisation de la punition... Les violences en milieu scolaire au Maroc persistent. Voici les chiffres et observations d’une enquête réalisée par le Conseil supérieur de l’éducation et l’Instance nationale d’évaluation de l’éducation, en collaboration avec l’UNICEF.

Actes physiques, verbaux, harcèlement, vandalisme : une enquête alarmante sur la violence en milieu scolaire

Le 20 juillet 2023 à 19h14

Modifié 21 juillet 2023 à 15h33

Actes physiques, verbaux, harcèlement, vandalisme, banalisation de la punition... Les violences en milieu scolaire au Maroc persistent. Voici les chiffres et observations d’une enquête réalisée par le Conseil supérieur de l’éducation et l’Instance nationale d’évaluation de l’éducation, en collaboration avec l’UNICEF.

Les constats relatifs à la violence en milieu scolaire ne sont pas nouveaux ; ils sont dénoncés depuis plusieurs années par des organisations et la société civile. Les efforts fournis demeurent insuffisants pour lutter contre ce fléau, qui fait l’objet d’un rapport, publié ce mardi 18 juillet, par le Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique (CSEFRS) et l’Instance nationale d’évaluation du système d’éducation, de formation et de recherche scientifique, en collaboration avec l’UNICEF.

Il fait état de chiffres effarants ; résultats d’une enquête réalisée au 1er trimestre de l'année scolaire 2021-2022, dans toutes les régions du Maroc, dont l’objectif est d’apporter "un diagnostic détaillé sur la situation de la violence en milieu scolaire au Maroc".

Cette enquête révèle que "la violence en milieu scolaire persiste sous différentes formes", ajoutant que "sa prévalence en milieu scolaire place les élèves dans une situation de victimisation, le personnel éducatif dans un état d’inconfort professionnel et fait de l’école un lieu de tensions".

Elle considère que "la violence en milieu scolaire, quelles que soient sa teneur et ses formes, est à l’origine d’un climat d’insécurité et de peur qui entrave l’éducation civique et va à l’encontre du droit des élèves et des enfants de vivre à l’abri de la peur et de l’intimidation".

Le rapport qualifie les violences en milieu scolaire de "fléau", dont la lutte constitue "une préoccupation majeure pour agir en faveur d’une éducation de qualité qui favorise l’épanouissement des élèves dans un climat scolaire propice à l’éducation".

Cette enquête permet également de constater que la plateforme Marsad, mise en place par les pouvoirs publics, entre autres dispositifs, pour signaler les cas de violence à l’école, ne suffit pas à relever les défis de terrain. Le manque de personnel administratif dans les établissements et le manque de procédures rigoureuses entravent ainsi le signalement des cas de violence. Or, "toute politique publique se base sur des données probantes". Ainsi, "le signalement des violences dans le milieu scolaire permet de collecter des données pour entreprendre des mesures appropriées de lutte et de remédiation".

Cette lutte doit, selon le rapport, être intégrée "dans le processus de réforme", car elle "affiche une volonté d’encadrer et de traiter le phénomène à un plus haut niveau, afin d’affirmer un engagement politique fort".

Quelles pistes d’action ?

"Surchargés par les différentes tâches qu’exigent la gestion de leurs établissements, ils éprouvent des difficultés à consacrer du temps et de l’effort à la question de la lutte contre la violence en milieu scolaire. La même remarque est valable pour les cellules d’écoute et de médiation. Ces dernières sont censées être animées par des enseignants 'volontaires'. Dans la pratique, peu d’enseignants se portent volontaires pour endosser cette responsabilité, ce qui fait que, dans certains cas, ces cellules n’existent que sur le papier", lit-on dans le rapport.

Ainsi, malgré tous les efforts fournis en matière de mesures réglementaires et institutionnelles, "le phénomène de la violence en milieu scolaire demeure présent dans les établissements scolaires". Il s’est même "développé et complexifié, comme cela ressort de l’étude de l’UNESCO publiée en 2017", poursuit-on de même source.

Les solutions proposées dans le cadre de cette évaluation visent à :

- adopter une politique affichée et affirmée de lutte contre la violence ;

- garantir une éducation sécurisante de qualité ;

- assurer une effectivité du dispositif institutionnel ;

- opérationnaliser et renforcer les plateformes de données probantes et d’indicateurs mesurables ;

- mettre en place des dispositions contre le châtiment corporel, contre le harcèlement sexuel et contre la cyberviolence en milieu scolaire ;

- sécuriser le milieu scolaire ;

- adopter une pédagogie d’apprentissage sans violence ;

- se mobiliser collectivement pour la prévention de la violence en milieu scolaire.

Violences verbales, physiques, harcèlement...

Selon les données statistiques provenant du ministère de l’Éducation nationale, via l’Observatoire de la violence, et publiées par l’UNESCO, comme le souligne le rapport, près de 24.000 cas de violences ont été recensés en 2013-2014. "La grande majorité des cas a été enregistrée dans les écoles (69%) et le reste dans le périmètre des établissements scolaires (31% et 7.748 cas)."

Cette évaluation, dont ce rapport thématique est le fruit, se concentre uniquement sur la violence qui se produit à l’école. "Elle ne traite pas de la violence scolaire en général, qui peut inclure des actes de violence survenant à l’extérieur de l’école et impliquant des élèves ou des membres du personnel scolaire."

Les parties prenantes impliquées dans ces violences, selon les résultats de l’enquête, concernent, dans la majorité des cas, les élèves entre eux (64%). Suivi par les cas d’élèves qui détériorent les biens de l’école (8%), et en troisième position, la violence entre les élèves et les enseignants (7%).

> Violences verbales 

"Dans les écoles primaires, bon nombre d’élèves déclarent être victimes d’insultes, de sobriquets, d’ostracisme ou de moqueries, de manière sporadique ou plus ou moins régulière pour certains d’entre eux. Environ un élève sur dix au primaire affirme avoir été 'souvent' affublé d’un sobriquet : un surnom méchant ou méprisant et insultant rapportés par les élèves dans le cadre de l’enquête qualitative tels : 'âne, ânesse, chauve, cafard, gros, grosse, abruti, paresseux, nègre, moche, paralytique, etc.'. Dans les mêmes proportions, les élèves ont déclaré avoir été 'souvent' mis à l’écart (11,7%) ou insultés (11,1%). Pour ce qui est des moqueries, celles-ci concernent 36,3% des élèves."

 

> Violences physiques 

Les résultats de l’enquête renseignent également sur les cas de violences physiques signalées par les élèves dans les écoles primaires. Selon les déclarations des élèves, 25,2% ont été frappés et 28,5% bousculés, dont respectivement 11,1% l’ont été à quatre reprises ou plus depuis la rentrée scolaire et 10,6% ont affirmé avoir souvent été bousculés.

Au secondaire, 25,3% des élèves déclarent avoir été frappés dont 6,5% l’ont subi au moins trois fois et 37,4% affirment avoir été bousculés dans l’intention de leur faire mal dont 10% l’ont vécu trois fois et plus.

Une analyse par cycle révèle que 42,2% des collégiens ont déclaré avoir été bousculés dans l’'intention de leur faire mal et 29,9% ont été frappés, contre respectivement 28,9% et 17% des lycéens.

 

> Violences d’appropriation

Les élèves du primaire sont également victimes de vols simples, avec extorsion, et de détérioration de leurs objets personnels. Les résultats de l’enquête montrent, selon les déclarations des élèves, que 27,1% de ceux du primaire se sont fait voler des affaires personnelles, fréquemment pour 17,8% d’entre eux. 14,1% déclarent avoir été victimes de vols sous la menace, dont 3,7% "souvent" et 5.6% "plutôt souvent". Un tiers des élèves s’est dit être victime de détérioration de ses biens, dont 22,3% fréquemment.

Autre fait marquant : 61,7% des collégiens et 70,3% des lycéens affirment avoir constaté, plus ou moins fréquemment, des actes de vandalisme perpétrés par les élèves eux-mêmes sur le matériel de l’école. De plus, la variation des vols et des extorsions selon le milieu et le secteur est assez importante. Les élèves des établissements privés situés dans les villes sont par exemple moins exposés au racket, avec 7%, contre 10,7% des établissements publics urbains.

> Harcèlement

En matière de harcèlement, les résultats de l’enquête ont révélé que 15,2% des élèves du primaire ont affirmé avoir été harcelés dans leurs établissements scolaires, dont 2,8% ont souvent vécu cet acte de violence. Parmi les élèves du primaire ayant affirmé avoir été harcelés, 34% d’entre eux ont indiqué que ce harcèlement avait un caractère sexuel. La proportion de garçons est plus importante que celle des filles : 37,9% contre 30,3% respectivement. C’est le cas également chez 43,3% des élèves du privé et 36,9% des élèves du milieu urbain en comparaison, respectivement, avec 32,1% du public et 30,2% du milieu rural.

Quels que soient le milieu et le type d’enseignement, plus d’un élève du secondaire sur quatre ayant déclaré avoir été victime de harcèlement affirme que ce dernier était à caractère sexuel (25,4%). Ils sont également
24,4%, soit quasiment un quart, à affirmer être au courant d’un cas d’élève, fille ou garçon, victime d’un harcèlement à caractère sexuel, et 8,9% qui indiquent être au courant de plus de trois cas.

 

La punition, interdite mais banalisée

Le rapport consacre une importante partie à la punition, considérée comme "une figure importante de la violence en milieu scolaire". Elle constitue "un facteur de risque pour la qualité du climat scolaire, dont la prégnance, plus ou moins grande, n’est pas spécifique à des pays ou à des systèmes éducatifs particuliers".

"Au Maroc, la question de la punition a occupé une place importante dans les études consacrées à la violence en milieu scolaire. Une des premières enquêtes, menée en 2001 par la société civile, avait explicitement mis en lien punition et violence en milieu scolaire en avançant que 85% des enfants déclarent recevoir des punitions corporelles de la part de leurs enseignants."

Les résultats de cette récente enquête ont démontré que la majorité des élèves punis du primaire considèrent leurs punitions "très justes" (50,2%) ou "plutôt justes" (26,8%). Cependant, 15% d’entre eux les qualifient d’"injustes" et 8% de "plutôt injustes". Ces appréciations varient sensiblement selon le genre, puisque 24,6% des garçons contre 20,2% des filles ont exprimé un sentiment défavorable envers les sanctions vécues.

Concernant les auteurs de ces actes de violences, les données de l’enquête démontrent que 47,8% des élèves, au primaire, ayant déclaré avoir été frappés au sein des établissements, affirment que l’auteur était une maîtresse et/ou un maître.

"Les enseignants des élèves enquêtés, ainsi que le personnel de l’administration, ont exprimé une vision positive du climat scolaire général régnant dans les établissements, dans tous les cycles. Or, en passant du cycle primaire au secondaire collégial, la proportion du personnel qui n’est 'pas du tout satisfaite' ou 'plutôt pas satisfaite' du climat scolaire général dans les établissements a augmenté, elle est passée de 8,6% pour le personnel enseignant du primaire enquêtés à 18,7% pour le personnel des collégiens enquêtés. Ce pourcentage reprend sa baisse pour atteindre 15,2% pour le personnel des lycéens enquêtés."

83,8% du personnel enseignant interrogé a déclaré l’inexistence de la violence dans leurs établissements. 44,2% d’entre eux ont répondu que la violence n’est 'pas très souvent' existante et 39,6% ont précisé qu’elle n’a 'jamais' eu lieu dans les établissements.

"Certains enseignants estiment que le recours à la violence envers les élèves est 'nécessaire'. Pour eux, cette violence (des élèves) doit être combattue par la violence. Une attitude qui fait fi des injonctions et instructions du ministère de tutelle qui interdit formellement l’usage de la violence contre les élèves", précise le rapport.

Celui-ci s’arrête également sur certaines limites dans la gestion des établissements scolaires, puisque "les directeurs d’établissements sont entravés par le manque de moyens humains et matériels".

Il convient de noter que ce rapport "restitue les résultats d’une évaluation de la violence en milieu scolaire, en rapport avec le climat qui règne dans les établissements, et en ciblant principalement les trois cycles de l’enseignement de base, du primaire au secondaire qualifiant".

L’enquête "utilise les déclarations des élèves comme point de départ. Les élèves étant les premiers témoins de la violence dans leur environnement scolaire, ils fournissent des informations précieuses sur la nature et l’étendue de ce phénomène. Ces déclarations sont analysées à l’aide d’outils méthodologiques adaptés afin d’en extraire des conclusions fiables et représentatives".

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