Pourquoi la voiture électrique tarde à percer sur le marché marocain (professionnels)

Considéré comme la voiture de demain, le véhicule électrique reste très peu diffusé sur le marché marocain. Médias24 passe en revue les principales difficultés de sa démocratisation.

Pourquoi la voiture électrique tarde à percer sur le marché marocain (professionnels)

Le 9 juin 2023 à 12h25

Modifié 9 juin 2023 à 15h06

Considéré comme la voiture de demain, le véhicule électrique reste très peu diffusé sur le marché marocain. Médias24 passe en revue les principales difficultés de sa démocratisation.

Entre 200 et 500 voitures complètement électriques sont en circulation au Maroc. Lancée en 2017, la voiture électrique reste très peu utilisée.

Adil Bennani, président de l’Association des importateurs de véhicules au Maroc (AIVAM), estime à moins de 200 le nombre de véhicules en circulation.

Ali Lakrakbi, importateur indépendant de voitures électriques et installateur de bornes de recharges, estime quant à lui que ce chiffre tourne plutôt autour de 500. "La dynamique de l’importation indépendante est plus importante que celle des concessionnaires", affirme-t-il.

Trop chère

Et pour cause, selon Adil Bennani, il y a actuellement moins de dix modèles full electric proposés à la vente dans le réseau de distribution, qu’il s’agisse de modèles disponibles en showroom ou de modèles pouvant être commandés. Parmi ces modèles, on peut citer la Seres 3, la BMW i4, l’Audi E-Tron Sportback, la Citroën Ami ou encore la Dacia Spring. Selon lui, cette offre devrait doubler d’ici la fin d’année. Il s’agit dans la plupart des cas de modèles premium.

Ce manque d’offre est lié à plusieurs problématiques. Premièrement, c’est une question de prix. "Les modèles électriques sont vendus 30% plus cher que les modèles thermiques", affirme Adil Bennani, un des précurseurs de la voiture à énergie alternative au Maroc. Cette cherté relative crée un premier obstacle pour les acquérir, sans compter la peur des méventes des concessionnaires et des coûts de stockage et de dépréciation des actifs potentiellement importants.

Par ailleurs, des véhicules entre 400.000 et 600.000 dirhams en électrique peuvent difficilement concurrencer l’offre dans les mêmes fourchettes de prix en thermique. Cette contrainte est réelle mais peut être facilement démontée, selon Ali Lakrakbi. "Lorsque l’on fait des simulations des coûts réels de la voiture électrique par rapport aux véhicules thermiques, son prix de revient est beaucoup moins cher." Ainsi, explique-t-il, en additionnant les coûts du carburant et de la maintenance, en cinq ans, la voiture électrique coûte 20 à 30% moins cher que la voiture thermique.

"En moyenne, une voiture électrique va coûter 20 DH de recharge par 100 km contrairement à la voiture thermique qui va coûter au moins 100 dirhams. Par ailleurs, le véhicule électrique ne nécessite pas beaucoup de maintenance, vu qu’en général, l’usure se fait essentiellement sur les pneus, et très peu sur les freins ou les systèmes de ventilation en intérieur. Il n’y a pas de vidange à faire, ni de système de motorisation compliqué à entretenir."

Une assertion confirmée par les analyses des distributeurs automobiles, qui estiment qu’en termes de revenus des services après-ventes, une de leurs principales sources de revenus, ceux-ci pourraient baisser de 70% avec les voitures full electric. Une question compliquée qui va engendrer de grands changements dans les business modèle des concessionnaires, leurs politiques de RH, leurs réseaux de garages, etc.

Un marché peu profond

Une autre problématique évoquée est la faiblesse d’un marché de l’occasion, ce qui rend l’acte de vente et d’achat risqué pour les particuliers. La faiblesse de profondeur du marché, que ce soit en termes d’offre de neuf ou de seconde main, est ainsi un des principaux freins au développement d’un marché de l’électrique au Maroc. Il est en grande partie en lien avec le régime fiscal adopté.

"Alors qu’en Europe, il y a un gros encouragement public pour ce mode de transport, au Maroc, il est très cher d’importer des voitures électriques. Celles de plus de cinq ans sont tout simplement bannies, ce qui nous prive de tout le marché européen fortement subventionné. Ces véhicules étant considérés comme des voitures premium, les frais d’enregistrement sont par ailleurs très élevés. De plus, les barèmes de la douane sont parfois déconnectés de la réalité du marché en Europe, ce qui in fine rend l’importation chère et l’offre disponible reste faible", estime Ali Lakrakbi.

L’autre difficulté évoquée pour le développement du marché de l’électrique au Maroc a trait à la recharge. Pour Adil Bennani, le réseau de bornes n’est pas suffisamment étoffé et les bornes installées pas assez puissantes.

Selon lui, sur la centaine de bornes publiques mises en place pour la recharge des véhicules électriques, beaucoup sont dotées d’une puissance de 22 kw, ce qui nécessite un temps de recharge d’une heure pour une autonomie de 100 km. La plupart des modèles de véhicules récents offrent des capacités de recharge de 300 à 500 km. Pour recharger, il faut donc attendre plusieurs heures. La faiblesse de l’installation des bornes de nouvelle génération qui atteignent 180 kw et rechargent en 15 min l’équivalent de 250 km, est en grande partie liée à leur coût.

Une recharge compliquée

Le gros des investissements est fait par l’ONEE qui a équipé la plupart des aires de repos sur les autoroutes. L’investissement privé est très faible dans ce sens, dans la mesure où il est compliqué de trouver un modèle économique pour les bornes publiques.

En effet, la vente d’électricité est un monopole de l’ONEE. Les offres de bornes de recharges privées disponibles aujourd’hui, notamment dans un réseau de distribution d’hydrocarbures, se basent sur la location d’espace de parking plutôt que de la vente de KWh. Le prix de la prestation de recharge est inclus dans la prestation de parking. Par ailleurs, pour installer une borne de recharge chez soi, il faut compter un investissement minimum de 8.500 DH.

Une problématique balayée d’un revers de main par Ali Lakrakbi. "C’est un réflexe de conducteur de voiture thermique qui doit faire le plein à la station d’essence. On peut charger complètement sa voiture pendant la nuit. Par ailleurs, la plupart des gens utilisent leur voiture une cinquantaine de kilomètre par jour en ville. En cas de voyage, on est de toute manière obligés de faire des pauses toutes les deux heures, ce qui permet éventuellement de recharger en cas de besoin et pas forcément de faire le plein. Avec 300 ou 500 km d’autonomie, on peut voyager sereinement au Maroc, puisque de toute manière, il y a davantage de prises électriques que de stations de carburants."

L’autre élément évoqué, ce sont les habitudes de conduite. "Les pics de vitesse que permettent les véhicules électriques sont utilisés à mauvais escient, ce qui donne l’impression qu’elles ne sont pas fiables puisque la batterie se décharge rapidement. Il faut savoir que la consommation électrique est exponentielle par rapport à la vitesse. Et à 110 km/h, la consommation du véhicule reste très correcte et assure une autonomie optimale. Ça ne change pas grand-chose au temps du trajet."

Malgré toutes ces difficultés, Adil Bennani reste optimiste. "Ce marché va continuer à croitre, avec peut-être une phase de transition avec l’hybride. De toute manière, les motorisations thermiques sont destinées à disparaître. Nous n’avons pas le choix."

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