Au SIEL 2023, une rencontre avec l'éditrice Layla Chaouni
L'éditrice et féministe marocaine, Layla Chaouni, livre à Médias24 sa perception de la 28e édition du Salon international de l’édition et du livre. Évolution du Salon à travers les années, spécificités de l'édition 2023, place des Marocaines dans le monde du livre... la directrice des éditions Le Fennec répond généreusement à nos questions.
Nous sommes partis ce mercredi 7 juin au 28e Salon international de l’édition et du livre (SIEL) à la rencontre de cette grande figure de l'édition au Maroc, Layla Chaouni. Au pavillon B05 où se dresse le stand de la maison d'édition Le Fennec, dont Chaouni assure la direction, nous avons parlé "lamarckisme" du SIEL, spécificités 2023 et poids de la Marocaine dans le monde du livre.
"De l'eau a coulé sous les ponts depuis le premier SIEL"
"Il faut rappeler que la première pierre du Salon a été posée en 1987... de l'eau a coulé sous les ponts depuis. Cela fait déjà deux éditions que nous sommes à Rabat. C'est bien évidemment une ville fabuleuse qui nous change complètement de Casablanca. Toujours est-il que la métropole économique doit avoir son propre Salon international du livre... C'est un manque!", constate Layla Chaouni.
Notre interlocutrice estime que le Royaume, "notre pays" avec ses mots, "mérite d'abriter plus qu'un seul Salon international du livre".
SIEL 2023 : une belle édition, mais peu d'affluence
"L'édition 2023 est superbe. Le local est agréable", loue l'éditrice marocaine. Mais au grand dam des éditeurs casablancais, dont notre interlocutrice fait partie, la délocalisation du Salon à Rabat n'a pas été sans dommages pour cette catégorie, nuance-t-elle.
"Matériellement parlant, pour nous éditeurs de Casablanca, il y a eu les frais supplémentaires que nous a occasionnés le déplacement du Salon à Rabat. Les frais logistiques ne sont pas négligeables... le ministère devrait en effet nous aider pour ça", note notre interlocutrice.
"Autant l'année dernière, c'était bien puisque nous n'avons pas payé de droits pour le Salon, autant cette année nous avons payé le mètre carré à 500 DH, je trouve que c'est un peu beaucoup", ajoute-t-elle.
En termes d'affluence, Layla Chaouni juge que l'édition 2023 a drainé moins de visiteurs que l'année dernière. "Il y a un peu moins d'affluence cette année en comparaison à l'édition précédente ; une édition spéciale puisque le Salon allait se dérouler pour la première fois dans une ville autre que Casablanca. Cela étant, nous en sommes au cinquième jour. Le Salon n'a pas encore pris fin", précise-t-elle.
Des femmes auteurs qui s'assument de plus en plus !
L'éditrice est également une féministe qui s'est engagée dans l'amélioration de la condition féminine au Maroc. "Je suis toujours partie, en tant qu'éditrice, du principe du 'manque'. J'ai constaté qu'il y avait un manque au niveau des contributions littéraires sur les libertés fondamentales, la femme et les lois, l'islam laïque...alors j'ai voulu y remédier. C'est ce qui explique les différentes collections que nous avons mises en place aux éditions Le Fennec et qui continuent d'être le fil directeur de notre maison d'édition", explique Layla Chaouni.
Selon elle, la contribution des Marocaines au monde du livre a évolué au fil du temps.
"Les femmes écrivent de plus en plus. Lorsque j'ai commencé l'édition, les femmes rédigeaient plutôt des mémoires, des études ou des essais parce qu'elles voulaient prouver qu'elles étaient les égales des hommes. Aujourd'hui, on se rend compte que beaucoup plus de jeunes femmes se lancent dans l'autofiction. C'est nouveau et c'est très bien. C'est très courageux aussi. C'est un pas en avant puisqu'il faut du courage pour pouvoir se regarder en face, pour passer à l'écriture et s'assumer avec son propre nom, sans pseudonyme. Je pense que beaucoup de femmes et de jeunes femmes sont passées à ce stade", explique Chaouni.
À la question "est-ce que le Maroc compte plus d'écrivains que d'écrivaines ?", la directrice des éditions Le Fennec répond : "Nous ne pouvons pas dire qu'il y ait plus de femmes auteurs que d'hommes auteurs au Maroc. En effet, ni le genre de l'auteur ni la langue de l'écriture ne comptent. Pour nous éditeurs, c'est la qualité qui prime. Si c'est bon, on édite. Le genre et le support importent donc peu."
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