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Avis d’experts internationaux sur le syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles

Les experts sont unanimes : le phénomène d'effondrement des colonies d'abeilles touche plusieurs pays dans le monde. En cause, les facteurs climatiques et environnementaux, dont la sécheresse.

Avis d’experts internationaux sur le syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles

Le 28 février 2022 à 11h01

Modifié 28 février 2022 à 14h23

Les experts sont unanimes : le phénomène d'effondrement des colonies d'abeilles touche plusieurs pays dans le monde. En cause, les facteurs climatiques et environnementaux, dont la sécheresse.

Le syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles, qui inquiète le monde, touche désormais le Maroc. « Un phénomène dû à l’interaction de plusieurs facteurs climatiques et environnementaux, mais pas à une maladie spécifique », a rappelé Mohammed Sadiki, ministre de l’Agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts à l’ouverture du colloque scientifique organisé sur ce sujet les 25 et 26 février 2022 par l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) de Rabat.

Le constat préliminaire établi par le Maroc fait suite à une enquête menée sur près de 23.000 ruches dans « 21 provinces. Pas moins de 36,4% des apiculteurs sont concernés par ce phénomène, et 30% des ruches sont touchées », a précisé Abderrahman El Abrak, directeur de la protection du patrimoine animal et végétal à l’ONSSA.

 

Dans le cadre du plan d’urgence mis en place par le gouvernement en vue de s’attaquer au phénomène de l’effondrement des abeilles, apparu en août 2021, des investigations écopathologiques approfondies sont en cours dans les zones touchées, parallèlement à la création d’un comité d’experts pluridisciplinaires.

En attendant les conclusions des enquêteurs de l’ONSSA, les experts étrangers invités par visioconférence lors du colloque scientifique, affirment à l’unisson que le syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles est mondial. « En France, cela fait plus de vingt ans que nous essayons de combattre ce phénomène », affirme Jean-François Odoux, assistant ingénieur au sein de l’Institut national de la recherche agricole et agronomique (INRA France).

Sécheresse et durée de vie des abeilles

Les experts s’accordent également sur la difficulté d’expliquer un phénomène aux causes multiples. « La question des interactions des facteurs est centrale. C’est par là qu’il faut chercher en priorité. Il n’y a pas un seul facteur qui puisse expliquer la situation », assure le Dr Norman Carreck, agronome britannique.

En effet, la rareté des pâturages liée au manque de pluie, les températures élevées et l’usage abusif de nutriments artificiels sont des facteurs aggravants, tous liés les uns aux autres. Mais la sécheresse et le déficit en précipitations, dont souffre le Maroc depuis quelques mois, représente la piste privilégiée par les experts.

D’autant que l’utilisation de pesticides, la présence de la varroase des abeilles dans le pays, ou encore le recours à des ingrédients artificiels pour l’alimentation ne datent pas de cette année, contrairement à l’effondrement des colonies d’abeilles.

« Il y a un problème au niveau de la durée de vie des abeilles d’hiver », assure Étienne Bruneau, ingénieur agronome belge et administrateur délégué du Centre apicole de recherche et d’information (CARI).

Et d’ajouter : « La sécheresse a pu occasionner une rupture de ponte des œufs, justifiant une réduction de la durée de vie des abeilles. Déjà que leur nombre n’est pas très important, en plus leur durée de vie a été réduite. Et si l’on ajoute des virus, la situation peut devenir catastrophique. »

L’évolution de la végétation

Si la sécheresse est l’hypothèse la plus à même d’expliquer l’effondrement des colonies d’abeilles dans au Maroc, celle de l’évolution de la végétation depuis des décennies n’est pas à exclure. « Aujourd’hui, nous avons des outils tels que les systèmes d’informations géographiques dont vous avez de très bon spécialistes au Maroc », avance Jean-François Odoux. « Ces outils permettent d’avoir une vision rétrospective de l’évolution de la végétation. Partant de là, il est probable que la répartition des ressources florales a évolué, tout comme la capacité des plantes à sécréter du nectar et du pollen », ajoute-t-il.

« Le facteur de la sécheresse impacte les ressources alimentaires qui participent à la bonne santé et à l’équilibre de l’abeille », corrobore Abderrahman El Abrak. « Nous avons essayé, au travers de fiches d’enquêtes harmonisées, de dégager un certain nombre d’éléments directement auprès de l’apiculteur. Et il s’avère que l’aspect nutritionnel est impactant. »

A la question de savoir s’il fallait craindre une aggravation de la situation, la réponse des experts est teintée d’optimisme. « En Belgique, les zones touchées par ce phénomène ne sont pas les mêmes d’une année à l’autre », assure Étienne Bruneau.

« Vous pouvez très bien avoir une mortalité de 80% à un endroit donné. Et l’année suivante, le même taux de mortalité des abeilles est observé ailleurs », indique-t-il. Le Dr Jay Evans, expert américain en apiculture, verse dans le même sens. « Effectivement, nous avons remarqué qu’une colonie dévastée par un syndrome d’effondrement se porte beaucoup mieux l’année suivante, en dépit d’un peu de stress. Mais elles n’ont plus jamais connu le même phénomène ».

 

Omar Rabhi, directeur régional des Eaux et Forêts et de lutte contre la désertification, a d’ailleurs fait savoir que, dans la forêt de la Maâmora, après une période de déclin des colonies d’abeilles, la tendance est en train de s’inverser. « Nous avons constaté une certaine reprise des populations ».

Un motif d’espoir pour les colonies d’abeilles marocaines. Un espoir qui dépend toutefois de plusieurs mesures. Outre la caractérisation des environnements et des pratiques agricoles, « il est impératif de récolter un maximum de data sur les colonies d’abeilles, afin de comparer d’une année à l’autre », recommande le Dr Katja Hogendoorn, chercheuse principale à l’École d’agriculture, d’alimentation et de vin de l’Université d’Adélaïde.

Elle a également souligné l’importance d’étudier les abeilles mortes loin de leurs colonies, « car ce sont elles qui sont le plus touchées et qui permettent d’en savoir plus sur la cause de la mortalité ».

Enfin, pour Jean-François Odoux, il est essentiel d’arrêter de nourrir les abeilles avec du sirop, « car il est composé de céréales traitées par des produits nocifs pour l’abeille ».

 

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