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TOURISME

Saïdia : les hôtels 5 étoiles rouvrent leurs portes, mais la formule All Inclusive crée des ghettos

Quelques semaines avant le début de la saison estivale qui promet d’afficher un taux de remplissage de 80%, Youssef Zaki, président du CRT de la région de l’Oriental, met en cause les problèmes structurels, comme la formule All Inclusive imposée par les cinq hôtels 5 étoiles, et une qualité de service qui empêchent la station balnéaire de Saïdia d'attirer des marchés plus dépensiers. Explications.

Saïdia : les hôtels 5 étoiles rouvrent leurs portes, mais la formule All Inclusive crée des ghettos
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Le 23 mai 2023 à 19h18 | Modifié 24 mai 2023 à 15h24

À partir du 24 mai, les cinq hôtels 5 étoiles de Saïdia, à savoir le Be Live, le Radisson Garden, le Radisson Beach, l’Iberostar et l’Oasis, rouvriront leurs portes pour accueillir durant l'été une clientèle majoritairement marocaine, constituée de touristes locaux et de MRE venant d'Europe.

"Un taux prévisionnel de remplissage hôtelier compris entre 80% et 90%"

Impatient de faire redémarrer cette station qui sommeille entre octobre et mai pour des raisons de saisonnalité, le président du CRT de la région de l’Oriental met en cause certains dysfonctionnements structurels, à l’origine d’une désaffection des marchés étrangers qui restent minoritaires en termes d’arrivées annuelles.

"Bien qu’elles soient encore timides, les réservations du mois de juin ont bien démarré, mais la haute saison aura lieu véritablement entre le 5 juillet et le 25 août. Comme les années précédentes, il faut s’attendre à un taux d’occupation compris entre 80% et 90%", avance Youssef Zaki. Il considère cependant qu'il n'y a pas lieu de se réjouir de ces chiffres au regard du potentiel de recettes.

Bien que certaines demandes soient issues de France, d’Espagne ou du Portugal, la majorité des réservations proviennent en effet des nationaux ou de MRE le plus souvent natifs de la région du Nord, qui se contentent de régler leur forfait de séjour sans aucune dépense supplémentaire pour la région.

"La formule All Inclusive, un obstacle pour la clientèle plus dépensière"

Pour expliquer la désaffection des marchés étrangers, le président du CRT met en cause l’offre All Inclusive imposée par les cinq établissements de la station alors qu’ils sont classés 5 étoiles.

Tous les hôtels de Saïdia ont, en effet, adopté le même modèle de services et proposent "une formule tout compris", incluant l’hébergement ainsi qu’un buffet pour l’ensemble des repas de la journée, avec des boissons non alcoolisées, sans compter parfois quelques activités annexes gratuites.

Destiné à une clientèle à petit budget, ce forfait économique, en vogue dans les établissements du type Club Méditerranée, a l’avantage d’attirer de nombreux Marocains de la classe moyenne, mais ne convient pas toujours aux étrangers désireux de découvrir la région de l’Oriental.

"Bien que cette formule soit séduisante pour certains, on s’est rendu compte avec le recul que la majorité des clients qui optent pour cette formule viennent avec des poches cousues", déplore Youssef Zaki qui a constaté que cette clientèle ne dépense rien de plus lors durant son séjour.

"Un ghetto réservé aux clients peu regardants sur la qualité des services"

Face à la concurrence imbattable d’une formule incluant tous les repas de la journée, les restaurateurs de la station et des alentours ne peuvent, selon lui, que partager l’amertume de la profession (artisans, activités nautiques…) qui est confrontée à une absence de clientèle le plus souvent cloîtrée dans son hôtel.

Un modèle imposé qui ne fait pas l’unanimité, notamment pour les visiteurs, aussi bien étrangers que nationaux, qui préfèrent opter pour une formule Bed and Breakfast afin de rester libres de leurs mouvements et de pouvoir déjeuner ou dîner à l'endroit de leur choix.

Interrogé sur une éventuelle suppression du All Inclusive pour attirer une clientèle plus dépensière, notre interlocuteur pense plutôt qu’il ne faut pas imposer cette formule et que l’idéal serait de laisser le choix au client, d’autant que "la cuisine industrielle proposée" n’est pas au niveau d’une offre classique d’un hôtel 5 étoiles.

La saisonnalité de l’activité limitée à un trimestre par an, à l’origine d’un déficit d’expérience du personnel, et des prestations du niveau d’un club de vacances font de Saïdia "un ghetto réservé aux clients peu regardants sur la qualité des services", selon Youssef Zaki. Ainsi, l'offre de la station ne peut en aucun cas rivaliser avec celle luxueuse de l’hôtel Marchica de Nador, ouvert toute l’année.

"Seuls 20 hôteliers sur 126 ont pu bénéficier de subventions pour rénover leur établissement"

Pointant du doigt une saisonnalité aggravée par des formules All Inclusive empêchant la station et la région de se développer, le président du CRT de la région de l’Oriental ajoute que sur 126 hôteliers éligibles aux subventions publiques pour rénover leur établissement, seule une vingtaine a pu en bénéficier, soit à peine 15%.

"Malgré nos nombreuses sollicitations, le cahier des charges ministériel a imposé des conditions qui ne pouvaient être satisfaites que par les grands hôtels. D’ailleurs, les établissements de la région de l’Oriental, qui ont finalement bénéficié de l’aide publique, appartenaient à 80% à l’Etat", révèle Youssef Zaki. Il explique que les hôtels de moins de 4 étoiles ont été exclus à cause d’une condition stipulant qu’ils devaient présenter dans leur dossier un chiffre d’affaires minimal réalisé en 2019.

Mécontent de cette condition qui a empêché la rénovation des nombreux petits hôtels 3 étoiles souvent vétustes, le président conclut en rappelant que la majorité ne dispose pas de licence d’alcool et ne peut donc pas réaliser un chiffre d’affaires équivalent à leurs confrères de Marrakech ou d’Agadir.

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Le 23 mai 2023 à 19h18

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