Les tarifs du fret maritime poursuivent leur baisse
Cette tendance baissière a contribué à la libération des espaces dans les navires et devrait également participer à la baisse de l’inflation, qui se maintient encore à un niveau élevé. Deux experts nous en parlent.
"Les taux de fret sont revenus à la normale", nous indique Abdelaziz Mantrach, vice-président de l’Association marocaine des exportateurs (ASMEX) et président du Pôle logistique.
"Durant la période du Covid-19, tous les bateaux de transport maritime de marchandise étaient pleins, ce qui a entraîné une augmentation vertigineuse et historique du taux de fret."
"A présent, les choses se sont calmées. Par exemple, le transport d’un conteneur depuis Shanghaï à Casablanca, qui coûtait autrefois entre 18.000 et 20.000 dollars, coûte actuellement 2.500 à 3.000 dollars", précise M. Mantrach.
Ce dernier d’ajouter : "Les armateurs qui effectuent ces lignes maritimes régulières, d’Est en Ouest, depuis l’Asie vers la Méditerranée ou l’Europe, avaient enregistré beaucoup de pertes dès 2006-2007 car le marché était alors trop bas. Avec le Covid, ils se sont tous rattrapés. Ils ont gagné beaucoup d’argent et ont même diversifié leur activité. Certains ont fait des OPA sur différentes activités connexes. Ils ont racheté des opérateurs et intégré la logistique. D’autres, qui ont commencé à s’activer dans l’aérien, ne se limitent plus au maritime."
Les principales raisons derrière cette chute des prix
Selon Najib Cherfaoui, expert maritime et portuaire joint par nos soins, la principale raison de cette baisse des taux de fret est l’annonce, fin janvier dernier, par les deux grands transporteurs maritimes mondiaux Maersk et MSC, de la fin de leur alliance en 2025.
"La baisse des prix du transport des conteneurs intervient surtout suite à l’annonce de la fin de l’alliance entre Maersk et MSC d’ici 2025. Au-delà de cette année, chacun de ces deux transporteurs continuera à servir ses propres navires sur son propre espace maritime, lequel est actuellement partagé. Chacun d’eux essaie donc de fidéliser sa clientèle en présentant le meilleur service", nous explique Najib Cherfaoui.
"Nous pouvons également expliquer cette situation par la fin de la politique zéro Covid en Chine en janvier 2023. Grâce à cette mesure, le commerce est redevenu plus fluide, les embouteillages sont réduits ainsi que la file d’attente, ce qui fait que les espaces maritimes sont à présent largement disponibles ainsi que les espaces au niveau des bateaux".
Abdelaziz Mantrach observe pour sa part une surcapacité des navires par rapport à l’offre actuelle de marchandises. "Les armateurs, sous la pression de l’euphorie pendant les années Covid, ont commandé des bateaux à tour de bras. Les capacités des navires ont donc augmenté, tandis que les volumes au départ de l’Extrême-Orient vers l’Europe et la Méditerranée ont beaucoup baissé".
"La chute des prix est bénéfique au Maroc"
D’après Najib Cherfaoui, cette baisse des tarifs du fret maritime est très favorable au Maroc. "D’une part pour les professionnels du secteur, dans la mesure où elle a contribué à réduire la tension entre les armateurs, les commissionnaires de transport et leurs clients".
"D’une autre part, c’est une bonne nouvelle pour la balance des paiements", note l’expert, le surcoût du fret ayant selon lui atteint 2 milliards de dollars à l'époque du pic.
"Tous les voyants sont actuellement au vert au Royaume. C’est donc l’occasion de réajuster la flotte nationale et de mettre en place un système qui évitera au pays de revivre une telle crise", précise encore Najib Cherfaoui.
"La baisse des prix du fret devrait contribuer au recul de l’inflation"
L’autre bénéfice est relatif à l'inflation. "Normalement, la baisse des prix du fret maritime devrait contribuer à baisser l’inflation", prévoit Najib Cherfaoui.
"De nombreux produits de première nécessité sont importés via des conteneurs, notamment le blé, le sucre et le thé. Les importateurs sont à l’aise à présent ; ils peuvent ainsi baisser les prix par rapport à ceux qui étaient pratiqués en 2020 et 2021", conclut Najib Cherfaoui.
Abdelaziz Mantrach espère également que la situation favorable actuelle contribuera à faire reculer le taux d’inflation. "Il n’y a pas que le fret maritime qui a connu des augmentations durant la pandémie. Les matières premières ont elles aussi connu une explosion des prix. Elles étaient d’ailleurs, aux côtés des intrants, à l’origine de cette inflation."
"Beaucoup de ces matières premières sont désormais revenues à des prix normaux, mais l’inflation persiste. Il faut donc savoir juguler et encadrer cette inflation. C’est là le rôle des autorités publiques, qui doivent veiller à un retour à la normale", conclut Abdelaziz Mantrach.
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