Maryam Bigdeli (OMS) : “Le système de santé doit s’adapter à la transition démographique que vit le pays”
Le ministère de la Santé et l’Organisation mondiale de la santé ont signé, le vendredi 7 avril, la stratégie de coopération pour la période 2023-2027. Quel est l’intérêt de ce nouveau cadre ? Quelles sont ses priorités ? Quel est le budget mobilisé pour cette période ? Réponses avec Maryam Bigdeli, représentante de l’OMS au Maroc.
- Maryam Bigdeli, représentante de l’OMS au Maroc, commente et expose le nouveau cadre stratégique de coopération avec le Royaume pour la période 2022-2027.
- Quatre priorités stratégiques de coopération entre le Maroc et l’OMS pour la période 2023-2027.
- Parmi les défis à surmonter : les iniquités en matière de soins de santé.
Une cérémonie de présentation et de signature de la stratégie de coopération entre le Maroc et l’OMS pour la période 2023-2027 a eu lieu vendredi dernier à Rabat, dans le cadre de la célébration de la Journée mondiale de la santé. Dans une interview accordée à Médias 24, Maryam Bigdeli, représentante de l’OMS au Maroc, revient sur les priorités de cette stratégie et sur la situation sanitaire du Royaume de manière générale.
Médias 24 : Le Maroc et l’OMS ont signé, vendredi 7 avril, le nouveau cadre stratégique de coopération pour la période 2022-2027. Quel bilan faites-vous de la stratégie de coopération précédente (2017-2021) ?
Maryam Bigdeli : Une évaluation externe en bonne et due forme a permis d’établir un bilan très positif de notre coopération passée pour la période 2017-2021, en termes de renforcement de la gouvernance, particulièrement concernant l’appui à l’organisation de grandes stations de dialogues politiques (Forum national sur les soins de santé primaires, conférence sur le financement de la santé, etc.) ; en termes de développement de politiques et de stratégies sectorielles (la politique pharmaceutique notamment, ainsi que la stratégie de financement de la santé et la stratégie nationale multisectorielle de prévention et de contrôle des maladies non transmissibles 2019-2029) ; en termes enfin de renforcement des capacités et d’appui à la gestion de la crise sanitaire de la Covid-19.
D’autres chantiers importants ont également été couronnés de succès, comme la participation du Maroc au Programme de lutte contre la pandémie grippale, ou la collaboration multisectorielle pour la lutte contre la résistance aux antimicrobiens. Ce sont quelques exemples d’un bilan positif et d’une collaboration très efficace entre l’OMS et le ministère de la Santé et de la protection sociale.
- Quelles sont les priorités du nouveau cadre stratégique (2023-2027) ?
- Les quatre priorités stratégiques de coopération entre le Maroc et l’OMS pour la période 2023-2027 visent :
- l’appui au renforcement du système national de santé dans l’action de la généralisation de la couverture sanitaire universelle ;
- le renforcement de la résilience du système national de santé, notamment dans la préparation et la réponse aux urgences sanitaires et face aux défis émergents ;
- l’accompagnement pour le renforcement de la gouvernance dans la dynamique de refonte du système national de santé ;
- la promotion de la santé et du bien-être de la population ainsi que de l’équité en santé, en agissant sur les déterminants sociaux et environnementaux et en renforçant l’approche multisectorielle.
- Quel est le budget mobilisé par l’OMS pour cette période ?
- Le budget estimé pour accompagner l’appui technique de l’OMS pour la mise en œuvre de la stratégie de coopération pour la période 2023-2027 est d’environ 6,2 millions de dollars.
Le financement prévu est estimé à moins de la moitié de ce montant. Un effort de mobilisation des ressources sera nécessaire pour atteindre nos objectifs.
Les dépenses directes des ménages pour la santé restent élevées (45% des dépenses globales en soins)
- Quels sont les principaux défis du Royaume en matière de santé ?
- Des défis importants doivent encore être relevés dans un pays en transition comme le Maroc, notamment sur le plan des iniquités de santé, qui font que les améliorations sont tangibles pour certains groupes de population mais moins pour d’autres groupes plus défavorisés. Ces défis sont au cœur de la réforme en cours.
Les dépenses directes des ménages pour la santé restent élevées, à hauteur de 45% des dépenses globales en soins. La gouvernance de la santé demande la création d’institutions modernes comme l’agence du médicament par exemple.
De plus, le Maroc connaît une transition démographique importante avec un transfert de la charge de morbidité des maladies transmissibles vers les maladies chroniques, les troubles mentaux ou les accidents de la circulation. Ce changement demande une adaptation du système de santé.
- Comment peut-on résumer la situation sanitaire au Maroc ? Les indicateurs nationaux se sont-ils améliorés entre 2017 et 2021 ?
- Le Maroc compte d’importants acquis en matière de santé, dont la réduction de la mortalité maternelle et infantile, la maîtrise voire l’élimination de certaines maladies transmissibles, ou encore un taux de couverture vaccinale important pour la vaccination de routine.
L’importante transition démographique provoque un transfert de la charge de morbidité des maladies transmissibles vers les maladies chroniques, les troubles mentaux ou les accidents de la circulation.
- Le Maroc a entamé la réforme de son système de santé. Comment peut-elle réussir ? Quels sont les points à prioriser et les principaux changements à opérer dans le système actuel ?
- Comme indiqué plus haut, la réussite de la réforme du système de santé passe par une réforme des institutions, par ailleurs prévue dans l’agenda de travail.
Celle-ci inclut des institutions territoriales de santé qui pourront être le relais d’institutions nationales tout en étant proches des citoyens et en prenant en considération des éléments contextuels plus précis et ciblés.
Enfin, cette transition institutionnelle nécessite un renforcement des capacités des acteurs pour qu’ils soient prêts à contribuer efficacement au fonctionnement de ces nouvelles institutions.
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