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Santé

Pratique illégale de la médecine : des centres de beauté et spas dans le viseur

La pratique illégale et non autorisée de la médecine dans les centres de beauté et de remise en forme s’attire les foudres de l’Ordre des médecins de Rabat et des chirurgiens plasticiens. Une action menée en coordination avec le ministère de la Santé devrait conduire à des poursuites judiciaires.

Pratique illégale de la médecine : des centres de beauté et spas dans le viseur
Ghassan Waïl El Karmouni
Le 8 mars 2023 à 20h00 | Modifié 9 mars 2023 à 12h50

Depuis deux semaines, une action conjointe du Conseil régional de l’Ordre des médecins (CROM) de Rabat, de l’Inspection générale du ministère de la Santé et du Syndicat national des chirurgiens plasticiens du Maroc est menée pour endiguer la pratique illégale et non autorisée des actes de chirurgie esthétique. En ligne de mire : les activités de spas ou de cabinets de kinésithérapie, voire même de médecins qui proposent des actes esthétiques ou des formations à des non-médecins.

Deux inspections à Rabat et Casablanca ont permis de mettre fin aux activités de deux spas. Des rapports de l’inspection du ministère de la Santé sont en cours pour d’éventuelles poursuites judiciaires.

Selon nos sources, d’autres actions ont été menées pour faire cesser des formations organisées par des formateurs étrangers en faveur d’employés et de propriétaires de spas avec des contenus médicaux. "Certaines formations sont organisées par des Turcs, des Américains, des Français et même des Ukrainiens au Maroc, pour des actes médicaux destinés à des non-médecins. Nous sommes pour la formation des médecins, mais nous ne pouvons tolérer des formations qui aboutissent à l’exercice illégal ou non autorisé de la médecine", affirme le Dr Badeiaa Falky Zaki, présidente du CROM de Rabat, jointe par Médias24.

Des pratiques hors la loi

Selon l’article 4 de la loi 131-13 relative à l’exercice de la médecine, "nul ne peut accomplir aucun acte de la profession médicale, à quelque titre que ce soit, s’il n’est pas inscrit au tableau de l’Ordre conformément aux dispositions de la présente loi et celles de la loi n°08-12 relative à l’Ordre national des médecins, au titre du secteur dans lequel il entend exercer".

De ce fait, nos sources estiment que tout acte intrusif, comme des injections, de la chirurgie ou l’application de rayons laser, tombe sous la définition de l’acte de la profession médicale.

Ainsi, le recours de spas, de centres de remise en forme, de coiffeurs, voire de médecins diplômés mais non inscrits à l’Ordre des médecins ou n’ayant pas d’autorisation d’exercice ou de cabinet conforme pour les opérations esthétiques, est en infraction avec la loi et pourrait tomber sous la sanction pénale pouvant conduire à des peines de prison prévues à cet effet, insistent nos sources.

"Avec ces opérations esthétiques, nous nous retrouvons dans les deux cas de figure prévus par la loi : des non-médecins qui pratiquent des interventions, c’est-à-dire l’exercice illégal de la médecine, et des médecins non autorisés à exercer ces interventions pour les diverses raisons prévues par la loi. De plus, les structures que nous visons utilisent parfois des techniques non éprouvées scientifiquement, ce qui met directement leurs clients en danger", dénonce le Dr Badeiaa Falky Zaki.

Des poursuites pénales en attente

Ces pratiques sont aujourd’hui documentées aussi bien par l’Ordre des médecins que par le Syndicat des chirurgiens plasticiens qui, en plus de faire appel à l’Inspection du ministère de tutelle, a recours à des huissiers de justice pour établir des constats légaux.

Le Syndicat des chirurgiens plasticiens qualifie d’ailleurs ces pratiques de charlatanisme. En plus des opérations d’épilation au laser, des injections de botox ou des opérations d’amincissement à travers la cavitation (liquéfaction de la cellulite) et les radio-fréquences, certains centres de remise en forme pratiquent de plus en plus des injections de plasma enrichi de plaquettes, ce qui nécessite des prélèvements sanguins et leur traitement, un acte strictement encadré par la loi. "Nous sommes débordés par ce phénomène. Ce sont désormais les tribunaux qui doivent statuer. Car tant qu’il n’y aura pas de sanctions dissuasives, ces pratiques continueront à se répandre comme un fléau."

L’autre activité visée par les autorités sanitaires est la distribution du matériel dédié. Elle est réglementée par le ministère de la Santé, rappelle le Dr Badeiaa Falky Zaki. Seuls les médecins peuvent en effet acheter certaines machines comme les lasers, qui reçoivent des autorisations requises pour être distribuées au niveau du commerce.

Or, de nombreux établissements non médicaux en sont dotés. "Le seul moyen de se les procurer, c’est qu’ils soient achetés au nom de médecins mais livrés ailleurs." Ces dérives, tout comme les formations organisées par les distributeurs de matériel médical et adressées à des non-médecins, doivent être arrêtées, notamment à travers des sanctions judiciaires dissuasives, insiste notre interlocutrice.

D’après nos sources, plusieurs actions au pénal vont être lancées. Le CROM de Rabat sera partie civile dès que les rapports d’inspection du ministère seront prêts.

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Ghassan Waïl El Karmouni
Le 8 mars 2023 à 20h00

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