Conjoncture. 2023, une année difficile pour l’ensemble des secteurs de l’économie selon le HCP

La croissance en 2023 serait tirée principalement par le secteur agricole, sous l’hypothèse d’une campagne céréalière moyenne. Pour le reste, l’ensemble des secteurs de l’économie continueront de pâtir du contexte économique mondial, de la baisse de la demande adressée au Maroc et des risques géopolitiques et financiers. Voici ce qu'en dit le HCP.

Conjoncture. 2023, une année difficile pour l’ensemble des secteurs de l’économie selon le HCP

Le 15 janvier 2023 à 19h24

Modifié 16 janvier 2023 à 8h05

La croissance en 2023 serait tirée principalement par le secteur agricole, sous l’hypothèse d’une campagne céréalière moyenne. Pour le reste, l’ensemble des secteurs de l’économie continueront de pâtir du contexte économique mondial, de la baisse de la demande adressée au Maroc et des risques géopolitiques et financiers. Voici ce qu'en dit le HCP.

Le décollage économique attendu en 2023 ne viendra pas des activités industrielles, minières, du BTP, encore moins du tourisme ou des services. C’est le constat que l’on tire de la lecture du budget prévisionnel pour l’année 2023 réalisé par le Haut-commissariat au Plan.

Si le HCP prévoit un rebond de deux points de la croissance du PIB à 3,3%, celle-ci serait tirée principalement par les activités agricoles, avec l’hypothèse d’une campagne moyenne. Les activités non agricoles signeront en revanche un ralentissement de leur rythme de croissance, suivant le même trend enregistré en 2022.

Ahmed Lahlimi le dit sans détours dans son mot d’introduction de ce rapport très attendu :

« En 2023, l’économie nationale évoluerait dans un contexte marqué par des perspectives d’entrée en récession des principaux partenaires commerciaux, d’un durcissement des conditions financières internationales et du maintien des prix à des niveaux élevés. Le commerce mondial devrait ralentir, affichant une hausse de 1,6% après 4% en 2022. La demande mondiale adressée au Maroc devrait, par conséquent, connaître une baisse de son rythme d’accroissement passant à 3,2% en 2023 contre 7,6% en 2022 », explique-t-il pour mettre les choses dans leur contexte.

Et d’ajouter : « Hors agriculture, l’activité poursuivrait son ralentissement, affichant une hausse limitée à +2,7% en 2023, du fait notamment de la dissipation des effets du rattrapage mécanique des services du tourisme et du transport sur l’offre, d’une demande étrangère peu dynamique pour les industries d’exportation et d’une politique monétaire peu accommodante ».

Le rattrapage des séquelles des crises serait difficile, selon Lahlimi

Conclusion : le retour à la situation d’avant Covid n’est pas pour aujourd’hui. Pour Ahmed Lahlimi, ce rattrapage serait même très difficile.

"Les chocs subis par notre économie au cours des trois dernières années, et malgré sa résilience relative, nous laissent des dégâts plus durables sur les ressources économiques et sur le capital productif et humain", précise Lahlimi.

"Pendant la décennie 2010, et suite au choc de la crise financière internationale, nous avons perdu 75.000 postes de notre potentiel de création d’emploi et la dynamique de croissance de notre stock de capital physique s’est abaissée de 0,7 point. En 2022, les pertes avoisinent 22.000 emplois dans le sillage de la crise sanitaire de Covid-19 et s’est établie à -1,3 point au niveau de la dynamique de croissance du stock de capital", analyse-t-il.

Pour le Haut Commissaire au Plan, "l’année 2023 se solderait sur un retour de la croissance vers un sentier d’évolution moins soutenu comparativement à la période d’avant crise, avec des faibles gains sur les déséquilibres macroéconomiques et des risques de renforcement de la cherté de l’argent".

Et d'ajouter : "l’accentuation des menaces sur le développement de la rentabilité des entreprises renforce le risque d’un affaiblissement plus prononcé de la productivité et de la croissance potentielle, dans un contexte de cherté du financement. Il faudrait souligner que le taux de croissance potentielle avait connu une réduction progressive, passant de près de +4,8% en moyenne annuelle en 2000-2009 à près de 3,4% en 2010-2019 », ajoute le Haut-commissaire au Plan.

Ahmed Lahlimi précise également que même si l’investissement monte en force, la reprise serait encore plus lente.

« L’effort d’investissement, orienté à la baisse et dont le rendement, mesuré par l’ICOR, a été en détérioration au cours de la dernière décennie 2010-2019 (9,2), ne permettrait pas de récupérer les pertes de points de croissance ni de postes d’emplois enregistrés au cours des trois dernières années. Regagner les niveaux réalisés d’avant la crise du Covid en termes de lutte contre la pauvreté et les inégalités sociales serait également plus lent, notamment avec le prolongement des politiques publiques peu accommandantes », prédit-il.

Le ralentissement des activités non agricoles se poursuivra en 2023

Dans le détail et sur la base des hypothèses retenues par le HCP pour l’élaboration de son budget prévisionnel, la croissance en 2023 serait tirée par la progression des activités primaires, dont la valeur ajoutée devrait évoluer de 9% par rapport à l’année précédente, au lieu d’une baisse de 15,9% en 2022.

Les activités secondaires qui devraient en principe être le relais de croissance du pays et un accélérateur des performances agricoles ne seront pas au rendez-vous.

Celles-ci devraient continuer de subir l’impact négatif de la décélération de la demande extérieure et du maintien des prix des matières premières à des niveaux élevés quoiqu‘en légère baisse, explique le HCP.

C’est le cas du secteur du BTP, qui en dépit de la hausse des investissements publics en matière d’infrastructure et des mesures incitatives pour l’acquisition des logements par les ménages à revenus limités, devrait continuer de pâtir du renchérissement des inputs et du resserrement des conditions de financement. Il devrait réaliser, selon le HCP, une croissance faible de 1,2% au lieu d’un fléchissement de 0,4% en 2022.

Pour sa part, le secteur minier devrait connaître une reprise estimée à 2,8% après une baisse de 8,4% en 2022 suite à l’accroissement prévu de la demande des engrais au niveau international, en ligne avec les besoins en céréales et en produits alimentaires de base en 2023.

De même, l’activité industrielle devrait afficher un accroissement de 1,9% en 2023 au lieu de 1,3% en 2022, tirée principalement par une légère reprise des industries chimiques et par le maintien d’une croissance soutenue de l’industrie automobile et de l’agroalimentaire en 2023.

Ainsi, le rythme de croissance du secteur secondaire devrait rester modéré, conclut le HCP, passant de 0,4% en 2022 à 1,9% en 2023.

Quant au secteur tertiaire, il devrait enregistrer une décélération de sa valeur ajoutée en 2023 suite notamment au ralentissement des activités marchandes après une année de rattrapage pour les services touristiques et de transport. Sa croissance devrait se situer à 3,1%, contre 5,3% en 2022.

L'activité économique en 2022, selon le HCP

Le HCP dresse également la situation économique en 2022. Il en ressort que les activités hors agriculture auraient enregistré selon les estimations du HCP une baisse de leur rythme de croissance, passant de 6,6% en 2021 à 3,4% en 2022, suite notamment aux contre performances des activités secondaires.

Les industries de transformation auraient ralenti à 1,3% en 2022 au lieu de 6,1% en 2021, impactées par la flambée des prix des matières premières et des demi-produits, ainsi que par la baisse du rythme de croissance de la demande extérieure. La valeur ajoutée des industries chimiques aurait poursuivi sa tendance baissière pour la deuxième année consécutive, passant de -1,7% en 2021 à - 4,2% en 2022.

A l’exception des industries pharmaceutiques qui auraient enregistré une amélioration de près de 10%, toutes les autres industries auraient connu un ralentissement de leurs activités. Les activités du secteur automobile auraient maintenu, en revanche, un rythme de croissance soutenu, tirées principalement par la bonne dynamique de la demande extérieure.

L’activité du secteur minier aurait affiché une valeur ajoutée en baisse de près de 8,4% en 2022 contre une légère hausse de 0,9% en 2021, reflétant le repli de la production du phosphate roche, suite à l’affaiblissement de la demande extérieure et celles des industries de transformation locales.

Le secteur du BTP aurait connu également un fléchissement de 0,4% en 2022 après une croissance soutenue de 10,3% enregistrée durant l’année 2021.

« Les répercussions de la flambée des cours des matériaux et des équipements de construction, auraient nettement impacté l’offre immobilière. De même, la demande en logements résidentiels aurait pâti de la dégradation du pouvoir d’achat des ménages en 2022 en l’absence des mesures incitatives », explique le HCP.

Dans ces conditions, le secteur secondaire aurait dégagé une valeur ajoutée en nette décélération à près de 0,4% en 2022 au lieu d’une hausse de 6,8% enregistrée en 2021, contribuant de 0,1 point seulement à la croissance du PIB au lieu de 1,8 point une année auparavant.

2022, une année de reprise des activités tertiaires

A contre-courant des activités industrielles et de transformation, les activités tertiaires auraient bénéficié de la reprise des secteurs du tourisme et du transport suite à la levée des restrictions de déplacement, au renforcement des dessertes aériennes et à la reprise de l’opération Marhaba 2022, note le HCP.

« Les principaux baromètres de l’activité touristique, notamment les recettes et les arrivées, auraient affiché un rattrapage de leur performance enregistrée en 2019. Les services du transport auraient continué de progresser en 2022 profitant du fort accroissement du trafic aérien des passagers », ajoute la note du HCP.

Néanmoins, les activités du commerce et autres services auraient été pénalisées par la contre performance des activités primaires et par la hausse générale des prix.

De leur côté, les services non marchands auraient continué d’afficher une croissance soutenue de près de 4,8% en 2022 après 4,1% enregistrée en 2021, suite à l’accroissement des dépenses du personnel de l’administration publique.

Résultat des courses, le secteur tertiaire aurait affiché un accroissement de 5,3% en 2022 contre 6,4% enregistrée en 2021, contribuant ainsi à la croissance du PIB de 2,7 points au lieu de 3,4 points en 2021.

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