Adel Amor : “Le manque d’eau frappe de plein fouet la filière de la transformation des produits agricoles”

La sécheresse, l’informel et la guerre russo-ukrainienne impactent lourdement le secteur de la transformation des produits végétaux. Pour faire face à cette situation critique, une nouvelle tranche d’aide à l’investissement et à l’export est en cours d’approbation. Un nouveau contrat-programme de l’industrie agroalimentaire est également attendu pour 2023.

Adel Amor : “Le manque d’eau frappe de plein fouet la filière de la transformation des produits agricoles”

Le 18 décembre 2022 à 10h06

Modifié 18 décembre 2022 à 10h06

La sécheresse, l’informel et la guerre russo-ukrainienne impactent lourdement le secteur de la transformation des produits végétaux. Pour faire face à cette situation critique, une nouvelle tranche d’aide à l’investissement et à l’export est en cours d’approbation. Un nouveau contrat-programme de l’industrie agroalimentaire est également attendu pour 2023.

"La filière de transformation des produits agricoles traverse actuellement une période très difficile, notamment à cause du stress hydrique intense auquel fait face le pays, pas seulement", déclare à Médias24, Adel Amor, directeur de la Fédération des industries de la conserve des produits agricoles (FICOPAM).

"Nous sommes une industrie de première transformation, et nous sommes très liés au secteur agricole vu que les produits agricoles marocains sont notre matière première. C’est l’agriculture marocaine qui nous fournit en produits que nous transformons."

"Il y a deux principaux débouchés au secteur agricole : la vente des produits frais aux consommateurs, et comme les produits agricoles sont périssables, ils doivent être conservés pour être distribués et arriver dans de bonnes conditions sanitaires et de prix, notamment chez les consommateurs."

"Des baisses de production allant jusqu’à 70% pour certaines cultures"

Le secteur de la transformation des produits agricoles comprend entre autres les olives de table, les câpres, les conserves de fruits et légumes, les fruits et légumes congelés, les jus, les épices, les plantes aromatiques et médicinales, les confitures et marmelades…

"Si l’on prend par exemple le cas des abricots, c’est un fruit dont la période de récolte est très courte. Elle a lieu en juin. Au-delà de ce mois, si ce produit n’est pas conservé par l’industrie, il ne sera pas disponible sur le marché. L’industrie a donc un rôle qui sert de débouché à l’agriculture d’une part, et permet, d’autre part, au consommateur, d’avoir un produit de qualité, sain, abordable et disponible sur toute l’année sans nécessité de chaîne de froid."

Le manque d’eau qui affecte les cultures du pays a engendré des baisses de production allant à l’extrême jusqu’à 70% pour certaines cultures. "La sécheresse, si elle devait persister, pourrait entraîner la perte irrémédiable d’une partie des capacités de production végétale", a précisé la Fédération dans un communiqué publié à l’issue de son conseil d’administration tenu fin novembre.

Pour l’instant, "on ne peut pas chiffrer cet impact mais on le subit. Comme expliqué, nous sommes liés à la campagne agricole, et la récolte est toujours en cours, notamment pour l’olivier et les agrumes. L’effet de la sécheresse sur le secteur sera donc visible sur les chiffres du dernier semestre de 2022 et ceux de l’année 2023. Toutefois, nous savons que l’olivier est fortement atteint. La baisse de la production au niveau national varie entre 50 et 70% et diffère selon les régions".

Informel et inflation, les autres maux du secteur

"Outre la sécheresse, le secteur souffre également de l’informel", poursuit notre source. La prolifération du secteur de l’informel entraîne en effet une augmentation conséquente des prix d’achat sur les marchés.

"Les intermédiaires de l’informel nous concurrencent, et le circuit entre l’agriculteur et l’industriel n’est pas optimal", déplore-t-il, ajoutant qu’entre "deux chaînons de la chaîne de transformation, il y a des intermédiaires qui biaisent le libre jeu de la concurrence".

Par ailleurs, le conflit russo-ukrainien, qui s’est déclenché dès le premier trimestre 2022, a également impacté le secteur ; plus précisément les intrants de cette industrie, dont les prix ont atteint des niveaux de hausses incontrôlables.

"Déjà en 2021, le fret avait augmenté. L’augmentation phénoménale des prix du transport à l’international nous avait alors beaucoup handicapés, la Fédération étant principalement composée d’exportateurs. La guerre en Ukraine a empiré les choses, et les prix de tous les intrants ont subi une hausse : emballages, transport, fret, coûts de la logistique, etc."

Ne pouvant répercuter l’intégralité de ces hausses sur les clients finaux, cette industrie devra soit baisser ses marges "déjà réduites", soit accepter de perdre des parts de marché qui lui seront très difficiles et coûteuses de recouvrer ultérieurement. De ce fait, les capacités de production installées seront utilisées à minima, et quelques unités de production pourraient être amenées à ne pas travailler cette année et se mettront en danger socialement et financièrement.

Une nouvelle aide à l’investissement et à l’exportation dans le pipe

Selon la Fédération, des concertations sont ouvertes depuis plus de 18 mois avec les pouvoirs publics, notamment les ministères de l’Agriculture et de l’Industrie, qui ont abouti à la mise au point de plusieurs stratégies et programmes retenus de commun accord pour soutenir et préserver la longévité des filières de la FICOPAM, avec une forte présence sur les marchés internationaux.

M. Amor souligne qu’il "s’agit de rencontres périodiques avec l’Etat. Deux programmes d’aide ont été mis en place pour le secteur. Le premier, relatif aux aides à l’investissement, vise à rendre encore plus dynamique et plus performant le secteur de la transformation des produits agricoles, pour mieux valoriser la production nationale. Le but étant d’éviter la perte des produits agricoles. Les produits qui ne seront pas consommés par les consommateurs devront être transformés, conservés et mis à la disposition des consommateurs dans de bonnes conditions".

"L’autre programme est relatif aux aides à l’export, pour pallier notamment la concurrence internationale qui est très dure, et qui bénéficie de son côté d’aides" de la part de ses décideurs.

"Une première tranche de ces aides arrive déjà à sa fin, tandis qu’une deuxième tranche, qui a été convenue avec l’Etat, est en cours d’approbation. Elle concerne aussi bien l’aide à l’investissement qu’à l’export."

Pour ce qui est du nouveau contrat-programme de l’industrie agroalimentaire, M. Amor nous fait savoir que "l’ancien contrat-programme 2017-2021 est en cours d’évaluation. Celle-ci permettra d’identifier les points à améliorer. En principe, le premier trimestre de l’année 2023 devrait voir l’établissement d’un nouveau contrat-programme de l’industrie."

Les récentes précipitations soufflent par ailleurs un vent d’optimisme sur le secteur. "Les pluies sont toujours bonnes à prendre", dit Adil Amor. "Même si elles n’ont pas un effet immédiat sur la campagne agricole, elles ont un impact sur la pérennisation des cultures. Si elles continuent de manière régulière, elles impacteront positivement la production du secteur", conclut notre interlocuteur.

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