Mondial 2022. Autopsie des forces et faiblesses du Canada
Adepte d’un style de jeu énergivore, le prochain adversaire de l’équipe nationale a du mal à maintenir son rythme effréné sur la longueur d’un match. Son incapacité à gérer le contrecoup physique de sa débauche d’énergie explique sa vulnérabilité.
Face au Canada, ce jeudi 1er décembre (16 h), le Maroc jouera sa place en huitièmes de finale de la Coupe du monde 2022. Un petit point suffira aux hommes de Walid Regragui pour écrire une nouvelle page dans le livre de l’histoire de l’équipe nationale, en regard de l’épopée de leurs aînés, lors du Mondial de 1986 au Mexique.
Si le sélectionneur craint que l’éventualité d’un match nul n’entrave la motivation de ses joueurs, il peut garder l’esprit tranquille. La probabilité que les acteurs de cette rencontre se quittent sur un match nul est très faible, au vu de la nature de l’adversaire.
Les Canucks ignorent la demi-mesure. Ils ont malmené Belges et Croates par leur intensité, audace et pressing. Mais au bout du compte, ils se sont inclinés naïvement à deux reprises, et se retrouvent derniers du groupe F avec zéro point au compteur, synonyme d'élimination précoce.
La faute à un manque d’adresse devant le but, mais aussi à leur incapacité à gérer leurs temps faibles. A l’image d’un sprinteur engagé dans un marathon, le Canada n'arrive pas à maintenir le rythme effréné qu’il impose en début de match, pendant plus d’une demi-heure. Explications.
Un pressing haut et intense
A 47 ans, John Herdman n’a rien d’un vieux sage, mais son parcours est atypique. Le technicien anglais du Canada est le premier sélectionneur à officier lors d’une Coupe du monde masculine après l’avoir fait chez les féminines, notamment à la tête de la Nouvelle-Zélande (2007, 2011), puis du Canada (2015). Sa faculté à convaincre ses joueurs de ses méthodes révolutionnaires est son plus grand atout.
Après avoir persuadé les Canadiens des bienfaits de “la gym cérébrale”, censée aider à la relaxation profonde, il a désinhibé un groupe qui a gagné près de 80 places au classement FIFA en cinq ans (41e actuellement). Les Canucks ne semblent désormais redouter personne. Quel que soit l'adversaire, leur schéma d’attaque préférentiel consiste en une récupération haute pour se retrouver le plus rapidement possible en position de tir.
Ils ont coup sur coup affronté le 2e et le 3e de la dernière Coupe du monde, mais cela ne les a pas empêchés d’accéder au top 5 des équipes qui tentent le plus leurs chances dans ce Mondial (13 tirs par match), même si avec un taux de tirs cadrés de 17%, leur adresse laisse à désirer. En comptant un score xG cumulé de 3,75, le Canada aurait dû marquer trois buts, au lieu d’un seul à l’issue de ses deux premières rencontres.
Alfonso Davies, un dragster à contrôler
Toutes ces occasions ne sont évidemment pas consécutives à une récupération haute. L’autre option d’attaque des Canucks consiste à élargir le jeu, grâce à la vision du milieu du FC Porto Stephan Eustaquio, pour étirer la défense adverse et trouver les ailiers adeptes des 'un contre un'. Les Canadiens étant l’une des équipes qui dribble le plus dans cette compétition (13 dribbles par match).
En outre, le Canada centre 14 fois par match dans cette Coupe du monde. La majorité de ces centres proviennent du côté gauche (60%). La présence de Alfonso Davies sur ce flanc n’y est pas étrangère. Le dragster du Bayern Munich aspire les ballons dans cette position de milieu gauche.
Une fois touché, A. Davies est plus attiré par la percussion que par le centre. Il est l’auteur du plus grand nombre de sprints (127) au sein de son équipe. C’est aussi le deuxième joueur de la Coupe du monde en matière de courses progressives balle au pied (14).
Autrement dit, sa capacité à prendre des espaces par la vitesse sera à surveiller comme le lait sur le feu par le milieu de terrain marocain. Pour faire court, les nationaux ne doivent pas le laisser se retourner et encore moins prendre de la vitesse balle au pied.
Un marquage individuel sera certainement nécessaire, car Davies peut aussi dézoner et redescendre au niveau du rond central pour toucher le ballon et prendre de l'élan. A. Ounahi et A. Hakimi auront un rôle central pour contenir la fougue du gaucher du Bayern.
Le Canada à bout de souffle
Le football total pratiqué par les Canadiens n’est pas sans risque. La baisse de régime des protégés de John Herdman permet à ses adversaires de desserrer l’étreinte, tout en profitant des espaces laissés par des joueurs canadiens qui ne peuvent pas maintenir leur rythme effréné des vingt premières minutes. C'est au moment où ils cherchent leur second souffle qu'ils perdent leurs matchs.
Contre la Belgique, le Canada a concédé 9 tirs (3 cadrés), dont 6 (70%) dans les vingt dernières minutes des deux mi-temps. Face à la Croatie, le portier Milan Borjan a concédé 12 tirs (10 cadrés) contre des attaquants croates particulièrement adroits (83% de tirs cadrés), dont 9 (80%), là aussi lors des vingt dernières minutes des deux mi-temps.
La majorité de ces tirs proviennent du côté de A. Johnsson. Le latéral droit est le point faible de la défense canadienne. Il perd 70% des duels défensifs qu’il a disputés depuis le début de la Coupe du monde. Il est d’ailleurs directement impliqué dans deux buts face à la Croatie.
Pour résumer la situation, les temps forts du Canada sont très dangereux pour l’adversaire, alors que ses temps faibles se retournent contre lui. L’équipe a des chutes de tension vertigineuses. Au point que les Canucks sont incapables de se replier correctement.
Le Canada n’est pas seulement vulnérable en phase de transition, mais aussi lorsqu’il doit défendre sur de longues phases de possession. Principalement à cause de lacunes flagrantes en termes de discipline collective et d’agressivité. C’est l’une des équipes qui a fait le moins de fautes par match jusqu’à présent.
Le Canada a déjà marqué l’histoire en ouvrant son compteur but en Coupe du monde. Il s’agira de contrarier les Canucks dans la quête d'un second exploit, leur première victoire pour leur seconde participation à un Mondial, après celle de 1986. Une année inoubliable pour le Maroc.
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