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Interdiction de l’abattage des femelles reproductrices : seules deux races concernées

Depuis sa mise en place, les producteurs de viandes rouges et les éleveurs ont été nombreux à dénoncer la décision du ministère de l’Agriculture relative à l’interdiction de l’abattage des génisses reproductrices. Par manque de précision, toutes les races de vaches de moins de quatre ans ont été empêchées d’accéder aux abattoirs, ce qui a créé des remous au sein de la profession. Le ministère a fini par clarifier sa décision dans une nouvelle circulaire adressée aux directeurs régionaux de l’Agriculture. Détails.

Interdiction de l’abattage des femelles reproductrices : seules deux races concernées

Le 23 novembre 2022 à 14h35

Modifié 23 novembre 2022 à 16h41

Depuis sa mise en place, les producteurs de viandes rouges et les éleveurs ont été nombreux à dénoncer la décision du ministère de l’Agriculture relative à l’interdiction de l’abattage des génisses reproductrices. Par manque de précision, toutes les races de vaches de moins de quatre ans ont été empêchées d’accéder aux abattoirs, ce qui a créé des remous au sein de la profession. Le ministère a fini par clarifier sa décision dans une nouvelle circulaire adressée aux directeurs régionaux de l’Agriculture. Détails.

Cette mesure avait été mise en place le 24 octobre dernier par le ministère de l’Agriculture, à l’issue d’une réunion tenue avec la Fédération interprofessionnelle du secteur laitier "Maroc Lait", notamment pour stopper l’hémorragie dans la filière laitière.

Après maintes rencontres entre les professionnels du secteur et les services du ministère de l’Agriculture, ce dernier a fini par clarifier cette décision dans une nouvelle circulaire publiée le 17 novembre.

"Le cheptel de reproduction est en voie de dissémination"

Joint par Médias24, M’Hammed Karimine, président de la Fédération interprofessionnelle des viandes rouges (FIVIAR), nous rapporte le récit des faits.

"Cette année, nous avons remarqué que notre cheptel de reproduction était en voie de dissémination par rapport aux précédentes années, principalement à cause de l’aliment composé qui devient très cher", explique notre source, confirmant ainsi les informations publiées par Médias24 dans de précédents articles.

"La production laitière ne couvre plus l’alimentation", déplore-il. "Une vache laitière mange, produit du lait et donne naissance à un veau. Ce qu’elle mange doit ainsi être couvert par sa production laitière."

"A titre d’exemple, une vache moyenne produit environ 3.000 litres par an. A raison d’un prix du lait à la production de 4 DH/l, cela fait une moyenne de 12.000 DH par an, soit 1.000 DH par mois" de recettes à son éleveur.

En d’autres termes, une vache laitière, avec une production moyenne de 3.000 litres pas an, fait gagner à son éleveur environ 1.000 DH par mois, si le prix du lait à la production est de 4 DH/l.

Comme annoncé par Médias24 dans un précédent article, la coopérative Copag et Centrale Danone ont augmenté le prix du litre de lait à la production, qui est à présent aux alentours de 5 DH. Si l’on fait un simple calcul, avec le prix actuel, la même vache fera gagner à son éleveur environ 1.250 DH par mois.

Avant la crise que connaît le secteur, "l’éleveur arrivait à nourrir une vache entre 500 et 700 DH par mois. Non seulement l’aliment composé était à un bon prix et donc accessible, mais le couvert végétal aidait l’éleveur dans l’alimentation de son cheptel", ajoute le président de la FIVIAR.

A présent, "avec la cherté de l’aliment, l’éleveur se retrouve à dépenser entre 1.400 et 1.500 DH par mois pour nourrir sa vache, soit le double de ses anciennes dépenses. En plus, nous sommes dans une année de sécheresse, caractérisée par un faible couvert végétal".

Si l’on compare les recettes et les dépenses, on peut conclure que, malgré la hausse du prix du lait à la production, l’éleveur est loin de couvrir ses dépenses au prix actuel des aliments composés, qui dépasse les 5 DH/kg.

"Un nombre jamais atteint d’abattage de femelles reproductrices"

Dans pareille situation, "l’éleveur se retrouve confronté à deux choix : garder sa bête ou la vendre, sauf qu’au souk, aucun autre éleveur ne s’aventurera à acheter une vache laitière, sachant qu’elle lui fera perdre de l’argent. Ce sont donc les chevillards qui acquièrent ces vaches laitières pour les abattre", poursuit M’Hammed Karimine.

"C’est ce qui explique le fait que nous avons enregistré cette année un nombre jamais atteint d’abattage de femelles reproductrices, alors que la chose la plus difficile dans le secteur est la constitution d’un cheptel de reproduction ; ce dernier portant une génétique qui nécessite de nombreuses conditions pour être gardée en place. Ainsi, tous les efforts fournis par les professionnels du secteur depuis une trentaine d’années se sont évaporés."

"Pour faire face à cette situation, nous nous sommes réunis au sein de la fédération et avons émis deux principales solutions pour protéger notre cheptel national de reproduction, que nous avons par la suite proposées au ministère de l’Agriculture. La première, qui reste impopulaire dans nos rangs, est relative à l’importation d’animaux destinés directement à l’abattage, ce qui est très violent comme mesure, d’autant que nous militons pour la protection de notre production locale en mettant une barrière douanière de 200%."

En effet, le gouvernement a annoncé le 19 octobre dernier la suppression des barrières douanières sur l’importation des bovins domestiques destinés à l’abattage, en fixant le poids de ces bêtes à 550 kg au moins, et en limitant cette mesure à 200.000 têtes.

"La seconde mesure est relative à l’interdiction de l’abattage des femelles de reproduction." Sauf que pour la mettre en place, le ministère de l’Agriculture n’a pas été suffisamment explicite dans la circulaire adressée aux professionnels concernés, notamment les abattoirs. "Au Maroc, il y a des vaches que l’on appelle des femelles de croisement industriel. Il s’agit de vaches laitières ou semi-laitières marocaines, inséminées notamment par des veaux charolais de la race blanc bleu belge. Le produit de ce croisement, qu’il soit mâle ou femelle, doit aller à l’abattage ; il ne doit pas être reproducteur. Et cette explication n’a pas été fournie par le ministère."

Résultats : "Nous nous sommes retrouvés avec des velles empêchées d’entrer aux abattoirs ; c’est aberrant."

"Le ministère a ensuite rectifié le tir, en publiant une nouvelle circulaire qui détaille les races concernées par la mesure d’interdiction de l’abattage", poursuit notre source.

Adressée le 17 novembre dernier aux directeurs régionaux de l’Agriculture, il y est indiqué que "dans le cadre de la mise en application de la circulaire conjointe (des ministères de l’Agriculture et de l’Intérieur, ndlr), et suite aux différentes demandes de clarification de certaines dispositions de celle-ci, l’interdiction de l’abattage de certaines femelles reproductrices bovines, ayant moins de quatre dents de remplacement, concerne uniquement les femelles reproductrices bovines de race laitière (Holstein et Montbéliarde). Les autres femelles de race à viande issues du croisement industriel ne sont pas concernées par cette mesure".

Légère hausse du prix du kilogramme de viande

En ce qui concerne la situation actuelle du marché, notre interlocuteur nous confie qu’une légère hausse a été enregistrée au niveau des prix. "Le prix moyen de la viande rouge varie actuellement entre 80 et 90 DH/kg. Nous enregistrons ainsi une légère hausse" par rapport au mois passé.

"Cette tendance haussière risque de se poursuivre pour atteindre les 100 DH/kg même si nous avons une année pluvieuse", conclut le président de la FIVIAR.

En effet, même si nous enregistrons un retour de la pluie, il y aura une rétention dans le secteur, dans le sens où les éleveurs renonceront à la vente de leurs bêtes, puisqu’ils n’auront pas à dépenser beaucoup d’argent pour les engraisser.

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