Viande de mouton : une pénurie organisée qui défie l’État et prend l’Aïd en otage
À quelques semaines de Aïd al-Adha, le marché du mouton semble défier toutes les tentatives de stabilisation. Les prix ne reculent pas. Ils s’installent au contraire à des niveaux jamais observés, brouillant les repères habituels des consommateurs comme des professionnels.
L’essentiel :
- À l’approche de Aïd al-Adha, les prix de la viande ovine atteignent des niveaux sans précédent.
- Le kilo démarre autour de 160 DH et peut atteindre 190 à 200 DH pour les morceaux les plus demandés ou les meilleures qualités de viande.
- Cette hausse ne vient pas d’un problème de rareté, mais du prix déjà élevé des moutons vifs.
- Une nouvelle catégorie d’éleveurs et d’opérateurs, mieux organisés et moins pressés de vendre, impose ses prix.
- Le poids des intermédiaires accentue la hausse et éloigne davantage l’éleveur du consommateur final.
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Les détails :
À l’approche de Aïd al-Adha, les prix de la viande ovine continuent de flamber. Ce vendredi 8 mai 2026, les niveaux observés dans plusieurs points de vente confirment des niveaux exceptionnels.
Le kilo démarre autour de 160 DH pour certaines parties et monte à 190 DH pour les morceaux les plus demandés. Dans certains circuits ou pour certaines qualités, les prix grimpent à 200 DH le kilo, voire davantage.
Il s’agit d’une dynamique qui se répète chaque année à l’approche de Aïd al-Adha, avec une accélération des prix durant les semaines précédant la fête. Comme le montre l’évolution des prix de gros à Casablanca, les pics coïncident systématiquement avec la période de l’Aïd. Cette année, les niveaux atteints par les prix sont inédits.
Des prix en forte hausse
Pour en savoir plus sur cette flambée, Médias24 a sollicité un professionnel du secteur. Selon lui, le marché est entré dans une phase de prix exceptionnelle, au point de défier toute capacité de régulation.
"Cette hausse traduit un marché en situation de dysfonctionnement, désorganisé par la spéculation, le poids des intermédiaires et un nouveau rapport de forces entre vendeurs et ménages", explique-t-il.
"Les prix que nous voyons aujourd’hui sont exceptionnels. Je n’ai jamais vu cela. Je n’aurais même jamais imaginé que la viande ovine puisse atteindre de tels niveaux. À l’abattoir, on est déjà autour de 130 à 140 DH le kilo. Cela veut dire que chez beaucoup de bouchers, le prix final dépasse facilement 170-180 DH", poursuit notre interlocuteur.
Cette situation crée aussi une grande confusion pour le consommateur. Tous les prix ne renvoient pas à la même qualité, ni au même type d’animal.
"Il faut faire attention aux comparaisons. Certains prix peuvent donner une fausse impression, car tout dépend de la qualité de la viande et de l’âge de l’animal. La viande d’un mouton âgé est moins chère. Mais pour une jeune brebis, aujourd’hui, on est au minimum à 200 DH le kilo", souligne-t-il.
La tension est encore plus visible dans les circuits les plus exposés à la demande urbaine.
"À Casablanca, on voit déjà des prix qui montent jusqu’à 200 DH le kilo, surtout dans les grandes surfaces. Et plus on se rapproche de Aïd al-Adha, plus la pression augmente. À ce rythme, on risque d’arriver à des niveaux supérieurs à 210 DH le kilo pour la viande ovine", précise notre interlocuteur.
La hausse des prix chez les bouchers, comme Médias24 l’a déjà expliqué, se répercute directement sur les prix des moutons vifs. Elle sert à justifier le prix élevé du mouton vif et à le rendre plus acceptable pour l’acheteur.
"Ce qui se passe actuellement n’est plus logique. Aujourd’hui, vendredi, j’ai vu des moutons se vendre entre 5.400 et 5.500 DH au souk de Guisser (province de Settat, NDLR). Pourtant, il s’agit de petits gabarits. À ce niveau, on ne peut plus parler d’une hausse normale des prix", indique notre source.
Un marché pris en otage
Derrière la hausse des prix, notre source décrit une transformation du marché. Il s’agit d’une nouvelle catégorie d’éleveurs et d’opérateurs, mieux organisés, disposant de moyens financiers importants et moins dépendants de la vente à l’occasion de Aïd al-Adha. Cette réalité modifie le rapport de force avec les ménages.
"Une nouvelle catégorie d’éleveurs est en train de s’imposer sur le marché. Ce sont des opérateurs qui disposent de capitaux importants et qui ne sont pas pressés de vendre à l’approche de l’Aïd. Ils savent que les ménages sont sous contrainte, parce que l’achat du mouton obéit à une logique religieuse et sociale", explique-t-il.
"Ils imposent leurs prix. Et s’ils ne vendent pas pendant l’Aïd, ils peuvent toujours réorienter les bêtes vers les bouchers après la fête. Cela change complètement le rapport de forces sur le marché. Il devient donc difficile de prévoir une baisse des prix à l’approche de la fête. Les choses ont radicalement changé", poursuit notre source.
À cela s’ajoutent les intermédiaires qui contribuent à gonfler les prix. Plusieurs éleveurs préfèrent y recourir, notamment après les attaques survenues contre certains d’entre eux en 2020.
"Beaucoup d’éleveurs évitent désormais de venir vendre directement dans les grands marchés urbains. Ils préfèrent passer par des intermédiaires ou des revendeurs locaux. Ce retrait renforce le rôle des intermédiaires, qui deviennent un passage obligé entre l’éleveur et le consommateur final, ce qui contribue à faire augmenter les prix", précise notre interlocuteur.
Par ailleurs, s’agissant de la disponibilité de la viande dans les abattoirs, notre source affirme que l’offre reste disponible. Selon elle, la hausse actuelle ne vient pas d’un problème de rareté, mais du prix déjà très élevé des moutons vifs.
"Il n’y a pas de rareté. L’offre quantitativement reste à ses niveaux habituels, au moins à Casablanca. Je ne vois pas de baisse de l’offre ni de problème de disponibilité. Le problème, c’est que les prix sont déjà très élevés à l’abattoir. La hausse vient donc de ceux qui détiennent les animaux vivants et qui imposent leurs prix", conclut-il.
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