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Coût de production de l'eau, réduction des débits, dessalement... le DG de l'ONEE fait le point

Abderrahim El Hafidi, directeur général de l'Office national de l'électricité et de l'eau potable, était le mercredi 9 novembre, l’invité de l’émission "Confidences de presse" sur 2M. Verbatim.

Photo d'archives

Coût de production de l'eau, réduction des débits, dessalement... le DG de l'ONEE fait le point

Le 13 novembre 2022 à 9h21

Modifié 14 novembre 2022 à 7h50

Abderrahim El Hafidi, directeur général de l'Office national de l'électricité et de l'eau potable, était le mercredi 9 novembre, l’invité de l’émission "Confidences de presse" sur 2M. Verbatim.

Abderrahim El Hafidi a évoqué de nombreux sujets d’actualité dans les secteurs de l’électricité et de l’eau, notamment les réalisations dans les provinces du Sud, le déficit hydrique, le coût de production de l’eau et de l’électricité, la station de dessalement de Casablanca et les énergies renouvelables.

Électricité : la puissance installée dans les provinces du Sud depuis 1975 dépasse 1.770 mégawatts

Réagissant au discours royal à l'occasion de l'anniversaire de la Marche verte, Abderrahim El Hafidi a dévoilé les réalisations de l'Office national de l'électricité et de l'eau potable (ONEE) dans les provinces du Sud.

"Depuis 1975, de grandes réalisations ont été accomplies dans les secteurs de l’électricité, de l’eau et de l’assainissement, pour un investissement global dépassant 29 milliards de dirhams (MMDH)", a-t-il confié.

"Rien que dans le secteur de l’électricité, la puissance installée ne dépassait pas 5 mégawatts dans ces régions. Ce qui a été réalisé pour couvrir l’ensemble des provinces du Sud dépasse 1.770 mégawatts, sur un total d’environ 11.0000 mégawatts au niveau national. C'est juste énorme!"

"L’Office a fait un grand effort dans le renforcement de l’alimentation électrique dans ces régions, ce qui a permis d’améliorer l’attractivité du Maroc en termes d’investissement", a-t-il souligné, notant que "la réalisation des modèles de développement de ces provinces dépasse aujourd'hui 80%".

De nombreux efforts ont également été faits dans le secteur de l’eau, selon le directeur général de l’ONEE. "Prenons l’exemple de la ville de Laâyoune, qui souffrait auparavant des problématiques de la rareté et de la salinité de l’eau. La ville dispose aujourd’hui de deux stations de dessalement de l’eau de mer, avec une capacité de production de 26.000 litres par seconde chacune", a-t-il indiqué.

La consommation quotidienne en eau s’élève à 3,8 Mm3, sur 7 Mm3 produits par l’ONEE

Abderrahim El Hafidi a également évoqué le stress hydrique dû au changement climatique. "Comme tous les pays du monde, le Maroc souffre cette année de sécheresse, et donc d'un déficit hydrique. En revanche, le pays a réalisé une avancée significative en matière d’infrastructures, avec un total de 149 barrages, en plus de 20 autres en cours de réalisation."

"La capacité de stockage de ces barrages s’élève à environ 20 milliards de m3 (MMm3), en plus de 4 à 5 MMm3 d'eaux souterraines. La capacité de stockage totale du pays est donc d’environ 25 MMm3."

"La capacité de production de l’ONEE s’élève, quant à elle, à 7 millions de m3 (Mm3) par jour, contre une consommation nationale de 3,8 Mm3/j. Aucun problème ne se pose ainsi en termes d’infrastructures. Les capacités de stockage et de production dépassent les besoins des Marocains", a-t-il précisé.

"En revanche, 97% de l’eau produite provient des eaux de surface et des eaux souterraines, contre à peine 3% du dessalement de l’eau de mer. C’est ce qui pose un grand problème."

Le recours à des barrages 100% agricoles pour l'approvisionnement en eau potable

"Dans ses discours, Sa Majesté le Roi insiste sur la nécessité de mettre en place des technologies intelligentes pour réduire l’usage de ces eaux, d'autant plus qu'on ne peut pas contrôler les changements climatiques. Personne ne dispose d’une vision claire sur la manière dont ces changements vont évoluer sur le court, le moyen et le long terme. Au Maroc, le déficit hydrique a atteint 85% cette année."

Abderrahim El Hafidi a évoqué "parmi les mesures d’urgence prises cette année par le gouvernement pour pallier la problématique de stress hydrique, le recours à des barrages 100% agricoles pour approvisionner le Royaume en eau potable, sur accord du ministre de l’Agriculture".

"A titre d’exemple, dans la région de Tanger, en attendant la fin des travaux du barrage Kharroub, qui devrait alimenter la station de traitement d’El Hachef, le ministère de l’Agriculture nous a donné la possibilité de raccorder le barrage Dar Khrofa à cette station, pour approvisionner la population en eau potable."

"Egalement, avant la mise en service de la station de dessalement de l'eau de mer dans la région du Souss, le ministère nous avait permis de raccorder le barrage d’El Guerdane à l’une des stations de traitement de l’Office pour approvisionner le Grand Agadir en eau potable."

Réduction du débit d’eau en été

En été, la principale mesure mise en place par l’ONEE était la réduction des débits d'eau, d’après Abderrahim El Hafidi. "Cette année, l'été a coïncidé avec la fête du sacrifice. Cette période a également connu le retour d’un grand nombre de Marocains résidant à l’étranger (MRE), ce qui a créé une certaine pression sur la ressource. Pour gérer cette période, nous avons dû réduire les débits dans certaines régions."

Le directeur général de l’ONEE a félicité par ailleurs les citoyens marocains qui ont fait preuve de compréhension, notant que "d’après des calculs réalisés par l’office, la consommation en eau à la fin de l’été a baissé d’environ 10% à 15% par rapport au début de la saison".

Le coût de production de l’eau est de 15 DH/m3

Abderrahim El Hafidi a par ailleurs dévoilé le coût de production de l’eau par l'Office. Ce calcul selon lui, doit "être revu, parce qu’il ne prend pas en considération les coûts de stockage au niveau des barrages. La réalisation de ces barrages a nécessité de grands budgets, ainsi que leur maintenance".

"Le coût moyen de production du m3 d’eau par l’Office s’élève à 15 DH, contre un prix payé par le consommateur variant entre 2,5 et 3 DH/m3 dans les première et seconde tranches. Le coût supporté par l’Etat pour préserver le pouvoir d’achat des citoyens est donc énorme", estime-t-il.

Cette subvention ne devrait-elle pas être levée après la mise en place du nouveau Registre social unifié (RSU) ? "Il y a une réflexion profonde autour des problématiques de l’eau et de l’électricité au Maroc, mais il faut noter que 85% des citoyens marocains se situent dans les tranches 1 et 2 de consommation. C’est un grand chantier à l’étude, mais la priorité du gouvernement reste la préservation du pouvoir d’achat des consommateurs."

Ce coût peut-il être réduit grâce à la technologie ?

"Les ressources du Maroc sont les suivantes : les eaux de surface, les eaux souterraines qui comprennent les eaux usées et les eaux saumâtres (qu’on retrouve dans le centre du Royaume), ainsi que 3.500 km de littoral et donc d’eau de mer."

"Le Maroc a été pionnier dans le dessalement de l’eau de mer. La première station a été construite à Boujdour en 1977. Le coût de production du m3 y est fixé à 50 DH. Dans le temps, les technologies n’étaient pas aussi développées que lorsqu’on a construit les stations d’Agadir et d’Al Hoceima. Dans celles-ci, le coût de production ne dépasse pas 6 à 7 DH le m3."

"Il faut savoir que la production de l’électricité représente 45% du coût de production de l'eau. Dans ces deux stations, nous avons introduit une technologie américaine très développée, qui permet de réutiliser une bonne partie de l’énergie utilisée dans la production de l’eau. Cette technologie nous a ainsi permis de baisser le coût de l’électricité utilisée dans ce processus industriel de 35%", a expliqué Abderrahim El Hafidi.

Station de dessalement de Casablanca : trois consortiums retenus

En ce qui concerne l’avancement du projet de réalisation d’une station de dessalement de l’eau de mer à Casablanca, le directeur général de l'ONEE confie que "le projet va bon train. Nous avons finalisé la première phase de l’appel à manifestation d’intérêt. Trois grands consortiums ont été retenus. Ils ont jusqu’au 22 décembre 2022 pour nous présenter leur offre. Nous espérons que ce projet démarrera vers la fin de l’année 2026".

"Ces consortiums sont en concurrence pour nous présenter la meilleure technologie possible, avec des coûts de production concurrentiels."

 Le carburant représente jusqu'à 75% du coût de production du kWh

Pour ce qui est de l’électricité, "le Maroc, comme tous les pays du monde, est impacté par la hausse des prix de carburant. Aujourd’hui, le carburant représente 70% à 75% du coût de production global d’un kilowatt-heure (kWh)", déplore le directeur général de l'ONEE.

"Nous sommes en train de vivre le quatrième choc pétrolier. Le premier était en 1973, lors de la guerre du Kippour, le second lors de la guerre Iran-Iraq, et le troisième en 2009 lors de la crise financière. C’est à cette époque que le Maroc a décidé de développer sa stratégie de production d’énergies renouvelables."

"A ce jour, notre pourcentage de puissance installée en énergies renouvelable s’établit à 41%, contre une consommation de 20%. Nous sommes également parvenus à produire de l’énergie éolienne au coût très compétitif de 25 centimes. En 2030, on ambitionne de dépasser 64% de production et 52% en termes de consommation".

Par ailleurs, afin de maitriser les risques liés aux opérations d'achat d'énergie et de combustibles à forts enjeux financiers, l'ONEE s’est doté d’une salle des marchés. "Nous avons ainsi suivi les évolutions au niveau mondial, ce qui nous a permis d’anticiper."

"D’ailleurs, durant les six premiers mois de 2022, nous n’avons pas eu beaucoup de pression parce que les achats ont été réalisés à l’avance, à des prix à la portée. Mais personne ne peut prédire si la crise actuelle va encore durer, ou quand est-ce qu’elle prendra fin. Nous poursuivons ainsi notre travail de suivi au niveau de cette salle, jusqu’à avoir une vision plus claire."

Gaz naturel : un problème de prix et non de disponibilité

"La crise du gaz naturel est une réalité", a par ailleurs souligné Abderrahim El Hafidi. "Le marché du gaz naturel est scindé en deux, un marché à moyen et long terme, via les gazoducs, et un marché TTF libérée, où l’on émet des appels d’offres et l'on reçoit des réponses de vendeurs de gaz d’Amérique, d’Europe ou autres."

"Le problème qui se pose à présent est relatif au prix et non à la disponibilité, d’autant que le Maroc utilise entre 500 et 600 millions de m3 de gaz par an."

Développement de la production d'hydrogène vert

En ce qui concerne la production d'hydrogène, Abderrahim El Hafidi a précisé qu'au Maroc "on parle d'hydrogène vert, dont la production se fera à partir des énergies vertes. Concrètement, on procèdera à une hydrolyse de l’eau, une opération qui nécessite une capacité électrique élevée, dépassant 60%".

"Si le Maroc dispose d’une capacité élevée de production d’électricité verte, nous permettant de produire des hydrogènes verts, cela signifie que l’on peut se positionner sur le marché international pour la production et l’exportation de l’hydrogène."

"Actuellement le Royaume peut produire le kWh à 0,25 DH. Nous avons également découvert ce que l'on appelle 'les couloirs du vent', avec une capacité de production de 5.500 heures par an."

"Les projets d’énergie éolienne vont donc jouer un rôle important dans la baisse du coût de production du kWH, qu’on peut utiliser dans l’hydrolyse pour produire l’hydrogène."

"Cet hydrogène peut être utilisé dans la production de phosphate, un volet sur lequel le Maroc peut jouer un rôle important. Cela peut nous libérer de l’usage du gaz naturel importé, si on peut commencer à exploiter celui de Tendrara d’ici deux ans, et celui de Larache d’ici trois ou quatre ans."

Un déficit de 24 MMDH pour l’Office en 2022 ?

"Ce chiffre est tout à fait normal. Le charbon nous coûte à présent 450 dollars la tonne, contre 69 dollars auparavant. Quant au gaz naturel, qui coûtait 10 dollars/million de BTU, il est passé à 65 dollars. Le calcul est donc simple."

"Le coût de production du kWh est aujourd’hui très élevé. On achetait, en moyenne, 22 MMDH de carburant par an. Cette année, on pourra dépasser 27 MMDH."

"Nous ne devons pas avoir peur de la situation actuelle. Nous devons, au contraire, trouver des solutions", conclut le directeur général de l’ONEE.

 

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