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ECONOMIE

Baisse des droits de douane : quand le gouvernement veut juguler l’inflation importée tout en protégeant l’industrie locale

Contrairement à la tendance des deux dernières années, marquée par une hausse quasi générale des droits de douane dans l’objectif de protéger la production locale et accompagner la politique d’import substitution, le PLF 2023 est venu avec plusieurs propositions de baisse, voire d’exonération des taxes douanières. Quelle est la logique économique qui sous-tend ces décisions ? Explications d’une source autorisée de l’Administration des douanes.

Baisse des droits de douane : quand le gouvernement veut juguler l’inflation importée tout en protégeant l’industrie locale
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Le 8 novembre 2022 à 18h38 | Modifié 8 novembre 2022 à 18h38

Café, papier, médicaments, lessives, filtres pour véhicules… Plusieurs produits ont vu leurs droits de douane baisser dans le PLF 2023. Certains sont même totalement exonérés. Taxé jusque-là à 10%, le papier duplex, qui entre dans le circuit de production des emballages, verra ses droits de douane passer à 2,5%. Idem pour le café non torréfié dont les taxes douanières passeront de 10% actuellement à 2,5%.

Autre baisse notable proposée dans le PLF, celle des droits de douane appliqués aux intrants dans la fabrication de filtres pour véhicules. Leur taux passe de 40% à 17,5% pour les composants en métal et les joints en caoutchouc, et à 2,5% pour le papier utilisé comme intrant dans leur fabrication.

Dans le même esprit, l’Administration des douanes propose de mettre en place une ligne tarifaire spécifique d’un taux de droit d’importation de 40% pour les préparations pour lessives, les préparations tensio-actives et les préparations de nettoyage.

Il est proposé également d'exonérer totalement du droit d'importation un certain nombre de médicaments et de produits pharmaceutiques.

Des mesures qui convergent toutes vers un seul objectif : la baisse du coût de production et, par ricochet, du prix final des produits concernés par ces nouveaux aménagements douaniers. Ou quand la politique douanière, qui faisait office jusque-là d'instrument de protection de l’économie marocaine après la crise du Covid-19, se transforme, le temps d’une guerre russo-ukrainienne, en un bouclier anti-inflation. C’est en tout cas la logique qui se dégage à première vue, quand on analyse l’ensemble des mesures douanières proposées par le ministère des Finances dans son PLF.

"Le souci de protection de l’industrie locale est toujours présent"

Contactée par Médias24, une source autorisée à l’Administration des douanes nous confirme cette logique de lutte contre la vie chère, en imposant moins certains intrants pour maintenir les prix des produits finaux intacts ou éviter leur augmentation.

Mais notre interlocuteur tient à préciser que la lutte contre l'inflation importée va de pair avec la protection de l’industrie locale, contrairement à ce que l’on pourrait penser.

« L’objectif de ces mesures n’est pas uniquement de juguler l’inflation importée, mais aussi d’encourager une valeur ajoutée locale supplémentaire. Car il s’agit en général d’intrants ou de semi-produits qui ne sont pas totalement élaborés et qui entrent dans le circuit de production de produits finaux qui sont, eux, sujets à la concurrence d’importations à zéro taxe », explique notre source, qui souligne toutefois que ces aménagements concernent des produits relativement limités.

Notre source cite l’exemple du papier à filtre pour véhicules. Les filtres sont importés comme produit final à un taux zéro à partir des différents pays avec qui le Maroc a des accords de libre-échange. Face à l’envolée des prix de cet intrant, le ministère des Finances a décidé de baisser les droits qui s’appliquent à son importation pour soutenir la compétitivité des fabricants locaux et corriger ce biais concurrentiel dans le marché.

Même raisonnement pour le café. Car le produit qui bénéficie, comme proposé dans le PLF 2023, d'une baisse des taxes douanières n’est pas le produit final, mais le café non torréfié qui est un intrant pour les producteurs locaux.

« Pour la majorité des produits dont les droits de douane sont proposés à la baisse, il s’agit de matières dont le produit final à consommer est souvent importé à zéro. Ces mesures sont faites pour agir sur le prix du produit final, mais aussi pour encourager une certaine compétitivité des fabricants locaux par rapport aux produits finaux importés », insiste notre source de l’Administration des douanes.

Médicaments : la baisse des droits de douane ne concerne pas les produits fabriqués localement

Même raisonnement qui s’applique aux médicaments et produits pharmaceutiques qui vont être totalement exonérés à partir de 2023. Ici, le gouvernement ne cible pas des médicaments précis ou des marques, mais des molécules. D’où la difficulté de saisir l’ampleur de la réforme quand on lit le PLF, qui fournit une liste avec des chiffres, des références, sans préciser de quels médicaments ou traitements il s’agit.

L’idée ici est double : agir sur les prix finaux de ces médicaments pour les rendre plus accessibles aux malades. Et réduire, par conséquent, le coût de l’assurance maladie qui se généralise à partir de cette année à tous les citoyens.

Mais le souci de protéger l’industrie locale reste omniprésent, comme nous l’explique notre source de l’Administration des douanes. Car l’ensemble des médicaments exonérés dans le PLF 2023 ne sont pas fabriqués localement.

« La logique qui nous a poussés à exonérer ces médicaments est relativement simple. Le gouvernement estime que les médicaments sont un produit essentiel et ne veut pas percevoir de droits de douane dessus. L’idée est donc de les exonérer, mais tout en excluant les produits qui sont fabriqués localement, et dont la quantité produite est suffisante pour répondre à la demande du marché. Cette ligne de médicaments, il faut au contraire la protéger contre les importations. »

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Le 8 novembre 2022 à 18h38

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