La RAM subira une perte de 2,7 milliards de DH au terme de cet exercice
Quelques semaines avant la clôture de l'exercice, le ministère du Budget, qui prévoit un déficit de 2,7 MMDH, va injecter 2 MMDH dans la compagnie. Tout en saluant ce soutien qui permettra de soulager sa trésorerie, une source fiable nous révèle que le cycle déficitaire se poursuivra a minima jusqu’en 2023, tant que la RAM sera soumise à des aléas conjoncturels comme la hausse du kérosène.
Comme annoncé dans un article précédent de Médias24, la RAM ne devrait pas renouer avec un cycle de bénéfices lors du présent bilan comptable 2021-2022, ni au cours du prochain de 2022-2023. Explications.
Une perte de 2,7 MMDH due à trois rendez-vous manqués
C'est le ministre chargé du Budget, Fouzi Lekjaa, qui l'a annoncé devant les parlementaires, le mardi 11 octobre : la RAM va subir un déficit de 2,7 MMDH pour l’exercice actuel qui s'achèvera le 31 octobre 2022.
Une source fiable contactée par Médias24, juge que cette estimation est juste et proche du résultat du bilan précédent.
"La compagnie a raté trois grands rendez-vous avec ses marchés européens, à savoir pour les périodes de pointe des vacances de la Toussaint qui ont lieu en octobre, les fêtes de fin d’année et enfin la coupure scolaire d’hiver du mois de février", explique notre interlocuteur. Il rappelle que malgré la forte reprise de son activité, les finances de la RAM ont été très lourdement impactées par l’arrêt de son trafic international durant trois mois, de novembre 2021 jusqu'au 7 février 2022.
L'envie de voyager freinée par la hausse du prix du kérosène
"Comme si deux années de pandémie et de fermeture à répétition des frontières ne suffisaient pas, la hausse vertigineuse du prix du kérosène (60 à 120 dollars) occasionnée par le conflit Russie-Ukraine, qui a commencé le 24 février dernier, est venue ruiner tous ses espoirs de rebondir rapidement durant les neuf derniers mois de son exercice actuel qui se terminera le 31 octobre", ajoute notre interlocuteur, pour qui la soif post-pandémie de voyager n’aura pas profité à la RAM malgré un été satisfaisant.
En effet, les arrivées massives d’étrangers et de MRE durant la saison estivale n’auront pas suffi à amortir l’inflation générée par le kérosène, qui s’est répercutée sur tous les services liés au transport aérien comme le handling (transport de bagages) et le catering (restauration), et qui devrait donc logiquement entraîner un nouveau déficit.
Aucune visibilité en termes de rebond
Rappelons que le cycle déficitaire a commencé après l’exercice bénéficiaire 2018-2019 avec un résultat négatif de 3,7 MMDH lors du bilan 2019-2020, suivi d’une perte de plus de 2 MMDH pour 2020-2021 et, enfin, d’environ 2,7 MMDH pour l’exercice actuel clos dans moins de trois semaines.
A ce propos, notre source affirme n’avoir aucune visibilité quant à un éventuel retour aux bénéfices, et que cette dynamique négative devrait au moins se poursuivre jusqu’à la fin du conflit à l’origine de la hausse du kérosène. Celui-ci constitue à lui seul pas moins de 25% des dépenses totales de la RAM.
Un soutien public qui tombe à point pour préserver l’avenir
Des dépenses supplémentaires qui n’ont pas échappé au ministre du Budget qui vient d’annoncer un crédit de 2 MMDH pour la RAM, dont la situation financière a été fortement impactée par la forte hausse des cours des matières premières, qui n’a pas été répercutée sur les prix de ses billets d’avion.
"C’est en prenant compte de toutes ces considérations que l’Etat a débloqué cette aide qui devrait lui permettra de supporter le poids du déficit estimé à 2,7 MMDH en attendant des jours meilleurs", conclut notre interlocuteur qui, malgré notre insistance, a refusé de se prononcer sur une éventuelle date de retour aux bénéfices.
Selon lui, les crises mondiales qui se sont succédé (pandémie, conflit en Europe de l’Est) ont montré la fragilité extrême du secteur aérien qui est particulièrement volatil au gré de la conjoncture et, par conséquent, le plus impacté par les changements stratégiques, climatiques, idéologiques…
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