Le prix du baril empêche la RAM de revenir rapidement aux bénéfices (expert)
À la fin de l'année, la RAM devrait retrouver 90% de son trafic de 2019, mais selon un expert aérien proche de la compagnie publique, le retour à un résultat net positif et à une rentabilité pérenne dépendra essentiellement de l’évolution du coût du baril, puis du doublement espéré par la direction de la taille de de sa flotte d'ici 2032.
Après deux années de crise qui auraient pu signer sa disparition si elle n’avait pas bénéficié d’un soutien étatique d’environ 6 milliards de dirhams,(augmentation de capital et emprunt garanti), la compagnie publique fait face, depuis le début du conflit armé entre la Russie et l’Ukraine, à une véritable explosion du prix du baril, passé de 60 dollars à 120 dollars.
Un désordre géopolitique qui impacte durement le poste de dépenses 'carburant'
N’ayant aucune visibilité sur la fin du désordre géopolitique qui a fait grimper le poste de dépenses 'carburant' de la RAM, un expert ministériel en charge du transport aérien s’est dit incapable de prédire "un agenda de retour à un cycle de bénéfices, malgré la forte reprise du trafic aérien mondial qui va permettre de revenir à 90% du trafic de 2019 à la fin de l'année courante".
Prudent, il a tenu à préciser que si la reprise actuelle devait perdurer, le rebond serait certes salutaire pour les comptes sinistrés, mais certainement pas suffisant pour renouer avec un résultat net positif pour l’exercice actuel, qui est calculé à cheval entre le 1er novembre 2021 et le 30 octobre 2022.
Tout en excluant « également a priori » un résultat net positif pour le futur bilan comptable de 2022-2023, notre source avance que la crise actuelle, « d’ordre conjoncturel », pourrait cependant être surmontée rapidement si le cours mondial du kérosène devait revenir à des niveaux gérables pour le poste de dépenses du transporteur national.
Pas de bénéfices possibles avant un retour à un cours cohérent du prix du baril
Malgré le trend haussier continu, l’expert pense que « si les prix reviennent à un niveau cohérent, la RAM reprendra automatiquement la courbe ascendante initiée au début du mandat du président Addou en 2018 ».
Un retour aux bénéfices qui, selon lui, ne pourra que s’accélérer grâce à « une demande actuelle et à venir si importante que la RAM sera forcée, comme chaque été avant la crise, de louer quatre aéronefs pour être en mesure de la satisfaire ».
Sur le fait que la RAM pourrait louer au moins dix avions, voire davantage, pour contenter l’extraordinaire niveau de la demande estivale prévue dans toutes les grandes destinations touristiques de la planète, notre interlocuteur met en avant l’inutilité d’une telle initiative face à la cherté actuelle du baril de pétrole qui empêche de réaliser des bénéfices.
Une flotte insuffisante pour contenter la forte demande estivale ?
Rappelons en effet que la RAM a dû céder six des vingt avions cloués au sol pendant la fermeture du trafic international, et que le volume de sa flotte n’est plus suffisant pour profiter des opportunités commerciales ouvertes par l’explosion de la demande mondiale, notamment à la veille de la saison estivale qui devrait se traduire par le retour massif d’une clientèle de MRE et de touristes étrangers.
La compagnie nationale, dont la flotte se limite actuellement à 50 aéronefs, ambitionne pourtant depuis 2019 de la doubler à terme. Les 50 unités supplémentaires devraient être acquises à crédit ou en leasing.
Une décennie pour doubler l’offre aérienne de la RAM
Sur le doublement prévu dans le cadre du contrat-programme qui traîne depuis l’arrivée de Hamid Addou, notre interlocuteur a rappelé que « l’ambition du président n’avait pas été soutenue par l’ex-ministre Sajid ; et que la Covid a ensuite empêché sa successeure de le faire alors qu’elle était partante pour valider les recommandations de la feuille de route, incluant l’achat de 50 nouveaux avions ».
Sachant que les premières commandes, lancées éventuellement à la fin de l’année 2022, ne pourront être livrées que dans un délai minimal de cinq ans, il faudra, selon notre expert, compter au moins une décennie avant d'obtenir les 50 unités en question, soit à l’horizon 2032.
L’avenir de la commande suspendu à l’évolution volatile du cours du pétrole
Malgré notre insistance, il s’est dit incapable d’évaluer le prix d’achat des 50 Boeing moyen et long-courriers ; mais après consultation des grilles publiques des tarifs du constructeur américain, on estime que la facture totale devrait avoisiner 3 milliards de dollars, soit l’équivalent de 30 MMDH.
En attendant des jours meilleurs, avec un baril plus accessible permettant de lancer une telle commande, l’expert pense que la seule préoccupation actuelle de la RAM concerne la volatilité extrême du cours mondial du pétrole, qui est passé en moins d’une semaine de 120 à 105 dollars, puis à 115 dollars…
Se voulant optimiste, il espère que le récent conflit en Europe de l’Est, qui a impacté financièrement la chaîne mondiale d’approvisionnement énergétique, sera bientôt dépassé pour que l’ensemble des compagnies aériennes de la planète puissent enfin profiter de la reprise du trafic aérien. Celle-ci s’annonce tout aussi historique que la crise du coronavirus qui avait complètement sinistré le secteur aéronautique…
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