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Tarfaya ou la muse désertique de Saint-Exupéry

C’est la terre des dunes, de la mer et du vent le jour, des étoiles et du silence la nuit. Tarfaya, l’ancienne Cap Juby, est aussi la terre d’inspiration de l’écrivain-aviateur et l’une des pistes d’atterrissage les plus mythiques de l’histoire de l’aviation française. Une escale à ne pas rater.

Cap Juby, en octobre 1928. De gauche à droite : les pilotes Don Moron et Émile Lécrivain, l’interprète El Baum, Antoine de Saint-Exupéry et Guillermo de la Pena, commandant du fort espagnol. CP : Fondation Latécoère. (Source : gallica.bnf.fr/BnF/Musée Air France)

Tarfaya ou la muse désertique de Saint-Exupéry

Le 8 juillet 2022 à 9h47

Modifié 8 juillet 2022 à 9h47

C’est la terre des dunes, de la mer et du vent le jour, des étoiles et du silence la nuit. Tarfaya, l’ancienne Cap Juby, est aussi la terre d’inspiration de l’écrivain-aviateur et l’une des pistes d’atterrissage les plus mythiques de l’histoire de l’aviation française. Une escale à ne pas rater.

Antoine de Saint-Exupéry est né à Lyon, en 1900. Mais ce n’est que vingt-sept ans plus tard, à Tarfaya, anciennement dénommée Cap Juby, que l’écrivain voit le jour. Depuis, la ville située à la pointe sud-ouest du pays, en bordure de l’océan Atlantique et du Sahara marocain, se drape de l’aura feutrée de l’écrivain-aviateur.

« C’est ici à Tarfaya que Saint-Ex a commencé à écrire, d’abord de longues lettres adressées à sa mère, puis son premier livre Courrier Sud (publié en 1929 aux éditions Gallimard, ndlr). Il a eu ici cette inspiration d’écrivain, comme il l’a d’ailleurs dit lui-même ‘entre le désert et l’océan’. » Sadat Shaibata préside l’association ‘Les amis de Tarfaya’. Près de cent ans après l’installation de l’écrivain sur ces terres du désert, ce passionné est intarissable sur le sujet.

L’escale du bout du monde

Pour comprendre le contexte historique des dix-huit mois qu’a passés le pilote français dans cette partie du désert du Maroc, il faut faire un retour chronologique et s’arrêter en octobre 1927. Saint-Exupéry est nommé chef d’aéroplace à Cap Juby pour le compte de la société Latécoère, qui deviendra La Compagnie Générale Aéropostale. Il obtient cette promotion alors qu’il n’est engagé que depuis un an seulement comme pilote pour assurer l’acheminement du courrier entre Toulouse et Dakar, en passant par Casablanca.

« Latécoère fournissait des avions à l’armée française. A la fin de la grande guerre, la compagnie a pensé à utiliser ces avions pour transporter le courrier. Une première mondiale, car pour la première fois un avion aurait une mission civile. Avant, l’avion était considéré uniquement comme un outil de guerre. C’est dans ce contexte que Saint-Exupéry a été engagé dans cette compagnie. »

Mais il faut savoir que si le jeune pilote est promu chef d’aéroplace un an après son recrutement, c’est aussi pour ses qualités humaines. À cette époque, Cap Juby est pour la route de l’Aéropostale une escale incontournable, mais cette zone est sous administration espagnole. Un contexte « géopolitique » donc des plus délicats.

« Onze ans avant son arrivée sur les lieux, les Espagnols étaient là et avaient monté une caserne, un petit fort militaire en fait. Quand la compagnie Latécoère a décidé d’installer une aéroplace à Tarfaya, Saint-Exupéry a vécu au début dans une cabane qui était calée au fort espagnol, donc sous la protection quelque part des forces hispaniques. Le fort espagnol était construit sur la terre, en face de la forteresse Casa del Mar (construite en 1876 par les Britanniques, ndlr) qui était, elle, installée à proximité de la mer », relate Sadat.

A Cap Juby, la forteresse Casa del Mar, construite en 1876 par les Britanniques – Source : L’association ‘Les amis de Tarfaya’.

Prince du désert

À Tarfaya, le chef d’aéroplace avait la tâche délicate de nouer des liens avec à la fois la population locale, considérée comme dissidente, et les Espagnols.

Il y eut, par exemple, cet épisode où il dut négocier la libération des pilotes retenus en otage par les tribus nomades. Ou, comme l’explique Sadat Shaibata, « il y avait de temps à autre des accidents d’avion dans le désert. Ces avions essuyaient des tirs ou tombaient tout simplement en panne. Diplomate, Saint-Exupéry a développé alors de très bonnes relations avec les gens de la région, qu’on appelait ‘les Maures’, ce qui était péjoratif. Ces derniers lui montraient les routes à dos de chameau pour retrouver les épaves d’avion et récupérer ce qu’il pouvait sur place : moteur, pièces, etc. »

Saint-Exupéry n’hésitait pas à s’inviter chez les locaux pour boire le thé sous leur tente, et accordait des vacances aux ouvriers qui travaillaient avec lui pendant le Ramadan. « Il était quelque part dans une mission d’ambassadeur », souligne le président de l’association.

Dans un texte titré Il voyait des choses que je ne voyais pas, publié en juin 1974 dans un numéro spécial consacré à Saint-Exupéry dans la revue de l’aviation française Icare (Première époque 1900-1930), Léon Antoine, qui a lui aussi rejoint les Lignes Latécoère en 1926 après avoir quitté l’aviation militaire, décrit les qualités relationnelles de Saint-Exupéry à Cap Juby : « Nous étions bien forcés de reconnaître qu’il a fait là-bas du très bon travail, surtout du point de vue diplomatique, car il avait presque réussi à apprivoiser le colonel Peña (Guillermo de la Peña, commandant du fort espagnol, ndlr) qui, je crois pouvoir le dire, ne prisait pas beaucoup la présence des aviateurs français de la Ligne auprès de sa garnison. Avec les Maures, également, Saint-Exupéry obtient de très bon résultats qui eurent pour conséquence de nous faciliter grandement la vie en améliorant notre sécurité. Et tout cela sans parler un seul mot de leur langue. Il est vrai qu’il avait le don de savoir remplacer les mots par des gestes. » (Source : gallica.bnf.fr/BnF/Musée Air France).

Au Cap Juby, en 1928. Antoine de Saint-Exupéry avec les nomades de Cap Juby et d’autres pilotes français de La Compagnie Générale Aéropostale. CP : Fondation Latécoère – Source : L’association ‘Les amis de Tarfaya’.

« Dans le désert, on est toujours libre »

Si Saint-Exupéry a réussi à communiquer avec ‘les Maures’, c’est peut-être parce qu’il a pu voir qui ils étaient vraiment. Car il écrira bien des années plus tard dans un livre autobiographique Terre des hommes, publié en 1939 et récompensé par le Grand prix du roman de l’Académie française : « Et j’admire ce Maure qui ne défend pas sa liberté, car dans le désert on est toujours libre, qui ne défend pas de trésors visibles, car le désert est nu, mais qui défend un royaume secret. »

Et c’est évidemment dans ses livres que cette expérience des dunes est sans doute la mieux racontée. Léon Antoine, son collègue à Latécoère, en témoigne : « Et ce n’est vraiment qu’après la sortie de son premier livre que j’ai commencé à le comprendre. En lisant Courrier Sud, je me suis aperçu alors que cette vie que nous avions vécue ensemble, ces paysages que nous avions survolés, ces appareils que nous avions connus, eh bien lui, Saint-Ex, nous les faisait vraiment découvrir dans leurs exactes dimensions : il voyait des choses que je ne voyais pas ! » Dans Le Petit Prince, Antoine de Saint-Exupéry finit par révéler ce qui lui permet de déceler l’invisible : « Voici mon secret. Il est très simple : on ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. » Tout est dit.

Dans l’ancienne Cap Juby, Saint-Exupéry ne devait pas seulement s’accommoder des Espagnols et des habitants locaux, mais aussi de cet immense désert. Ce Sahara dans lequel l’aviateur-écrivain aurait puisé aussi son œuvre phare. « Même si Le Petit Prince a été publié en 1934 à New York, quand on le lit, on voit clairement que la rencontre entre l’écrivain et le petit prince s’est faite sur une dune de sable. Et quand on parle de dunes de sable, on parle en réalité de son expérience dans le désert. Sa seule expérience importante dans le désert était ici, à Tarfaya, au Cap Juby », affirme Sadat Shaibata, qui assure également, à titre bénévole, le rôle de directeur du musée Antoine de Saint-Exupéry à Tarfaya, depuis 2004, année de son inauguration.

Cap ou pas Cap

Sadat Shaibata rappelle également que quand on est issu d’un milieu tel que celui de Saint-Ex, qui arrive de France, d’un univers mouvementé et empli de contraintes, se retrouver du jour au lendemain dans un no man’s land, cela a de quoi rebattre les cartes de toute une vie. Il se retrouve donc à Tarfaya « avec pour seule construction une petite baraque qui existe encore dans la ville et, au-dessus de lui, un ciel rempli d’étoiles et un vent qui souffle très fort. Le vent, le ciel, les étoiles, l’océan Atlantique et la solitude surtout… ».

Antoine de Saint-Exupéry décrit ce style de vie quasi monacal dans le récit autobiographique Terre des hommes : « Pourtant, simple pilote, chef d’aéroport pour quelques mois à Cap Juby, disposant pour toute fortune d’une baraque adossée au fort espagnol et, dans cette baraque, d’une cuvette, d’un broc d’eau salée, d’un lit trop court, je me faisais moins d’illusions sur ma puissance. »

Un avion survolant la mythique piste de Tarfaya (Cap Juby)- Crédit Photo : Sadat Shaibata.

Quand on parle du désert, au-delà de sa dimension spatiale, c’est surtout sa temporalité qui peut être frontale, voire insurmontable. Et si on y ajoute le silence, la solitude et l’impossibilité d’échapper à soi, l’expérience du désert peut être éprouvante. Ce qui compte finalement, c’est ce qu’on en fait après.

Évidemment, tout le monde ne devient pas un grand écrivain après quelques mois dans le désert, ni même toute une vie, mais dans le cas de Saint-Ex, cela a été déterminant. Ce n’est pas Sadat qui dira le contraire : « Personnellement, je pense que c’est l’impact du désert sur ce jeune homme de 27 ans qui a fait de lui un grand écrivain. Un désert qui lui a fait découvrir le petit prince qui vit à l’intérieur de lui. Chacun de nous, quelque part, a un petit prince à l’intérieur de soi. Et on a besoin de conditions comme celles auxquelles Saint-Exupéry a été confronté – moins d’empêchements et d’obligations – et le silence qui fait rencontrer à nouveau ce petit prince ou cet enfant enfoui en soi. » N’est-ce pas justement dans le désert que le pilote échoue et rencontre enfin le petit prince dans l’œuvre éponyme, où il confie qu’il avait « ainsi vécu seul, sans personne avec qui parler véritablement, jusqu’à une panne dans le désert du Sahara » ?

Point de rencontre : juste sous l’étoile

Si Le Petit Prince est un conte philosophique pour petits et grands, c’est aussi une restitution de l’expérience quasi mystique de l’auteur dans le désert de Tarfaya.

Antoine de Saint-Exupéry laisse d’ailleurs pour les lecteurs cette dernière volonté en excipit de son livre, une invitation à peine voilée à embrasser le désert : « Regardez attentivement ce paysage afin d’être sûrs de le reconnaître, si vous voyagez un jour en Afrique, dans le désert. Et, s’il vous arrive de passer par là, je vous en supplie, ne vous pressez pas, attendez un peu juste sous l’étoile ! Si alors un enfant vient à vous, s’il rit, s’il a des cheveux d’or, s’il ne répond pas quand on l’interroge, vous devinerez bien qui il est. Alors soyez gentils ! Ne me laissez pas tellement triste : écrivez-moi vite qu’il est revenu… »

Ce qui est certain, c’est que des années après le passage de l’écrivain, Tarfaya reste un puissant lieu de mémoire. D’abord pour la population locale. L’escale de moins de deux ans du pilote français à Tarfaya est une source de fierté.

« On sait qu’exploiter cette mémoire de Saint-Exupéry peut nous aider à assurer un développement durable, même si sa mémoire est vivante dans le monde entier. L’idée est de faire en sorte que cette mémoire nous aide nous, au niveau local, à avoir une audience et des visiteurs, des projets aussi, et créer une dynamique qui génère de l’emploi pour les jeunes de la ville suivant une approche durable », préconise le président de l’association ‘Les amis de Tarfaya’.

Tarfaya est à seulement 90 km des îles Canaries, une destination balnéaire internationale qui accueille plus de 12 millions de touristes par an. Pour Sadat Shaibata, cette ville du Sud ne souhaite pas drainer un tourisme de masse, mais favoriser plutôt un tourisme de niche, plus culturel. « Ici, on peut avoir Le Petit Prince Land. La ville historique est là. Et elle vit toujours au rythme de l’Aéropostale. Rien n’a changé : la piste historique, le fort espagnol aussi, la chaleur toujours, le zoo, la Casa del Mar, le vent, les étoiles… », énumère notre interlocuteur. Il précise toutefois que « ce n’est pas pour le touriste qui cherche les hôtels 5 étoiles, le luxe ou le confort superficiel, mais plutôt pour celui avec un certain background historique et culturel qui veut partager des moments réels et authentiques avec la population locale. On cible un tourisme culturel qui rapproche les peuples, comme c’était la mission de l’Aéropostale autrefois ».

Devoir de mémoire

Historiquement, Tarfaya a toujours été ouverte et accessible, que ce soit par les airs ou par voie maritime et terrestre. Aujourd’hui, elle est à une heure et quart de Casablanca en avion et à une heure de voiture de Laâyoune. Toutes les compagnies d’autocars passent par Tarfaya. « On a déjà eu une expérience maritime avec les îles Canaries. On va reprendre cette liaison maritime. On est dans la phase finale du processus administratif. Je pense que d’ici deux ans maximum, cette liaison reprendra. En 2008, on a eu aussi cette expérience avec un navire touristique qui reliait Tarfaya à Fuerteventura, une île à 90 km de Tarfaya », ajoute-t-il.

Entrée du musée Antoine de Saint-Exupéry à Tarfaya – Crédit Photo : Sadat Shaibata.

Et pour voyager dans le temps, le musée Antoine de Saint-Exupéry donne à voir un condensé de la mémoire de l’écrivain-aviateur français, dans un cadre simple qui mériterait une montée en gamme, à travers le financement de quelques équipements muséaux notamment. Le ‘concept’ est déjà là et remplit très bien son rôle. En attendant, les visiteurs du musée sont unanimes quant à l’accueil des responsables. Il y a même un numéro de téléphone pour que les touristes puissent joindre le musée à tout moment, grâce aux équipes de l’association ‘Les amis de Tarfaya’ qui se relaient en continu, dans le cas où ils arriveraient à Tarfaya en dehors des horaires d’ouverture.

La stèle du Bréguet XIV à Tarfaya – Crédit Photo : Sadat Shaibata.

« Le musée contient des documents, des photos, des maquettes d’avion, des enveloppes originales, des choses concentrées sur l’aéropostale, mais avec une place de choix accordée à Saint-Exupéry, avec des dessins et des statues du Petit Prince, des cartes postales et des souvenirs aussi, et d’autres choses encore », décrit Sadat Shaibata, président-fondateur de l’association ‘Les amis de Tarfaya’ qui assure la gestion du musée.

Il indique que l’équipe fait de son mieux pour rapprocher les gens de la culture. Mais sur le plan financier, ce n’est pas toujours facile. Aujourd’hui, la seule ressource de ce musée est le ticket d’entrée à 30 dirhams (l’équivalent d’environ 3 euros). L’accès était gratuit pendant les cinq premières années de son ouverture. Garder le musée ouvert relève pour Sadat Shaibata du militantisme. « On espère un jour avoir une aide pour améliorer les composantes du musée parce que certaines choses s’abîment avec le temps. » L’appel est lancé.

Le Petit Prince et le renard au musée Antoine de Saint-Exupéry à Tarfaya – Crédit Photo : Sadat Shaibata.
Musée Antoine de Saint-Exupéry à Tarfaya -Intérieur – Crédit Photo : Sadat Shaibata.

Laboureurs des nuages

S’il y a des personnes qui ne se font pas prier pour fouler la terre de l’ancienne Cap Juby, ce sont bien les aviateurs. Atterrir sur cette piste mythique de l’Aéropostale est un ‘must’ pour certains aviateurs. Pour d’autres, c’est juste un grand rêve qui se réalise. Un accomplissement.

« Si tu évoques Cap Juby à un pilote au New Jersey, à New Delhi, en Finlande ou dans un pays d’Afrique, il le connaît. Parce que ça fait partie de sa formation. Certains l’appellent La Mecque des pilotes. Pour d’autres, c’est leur chemin de Compostelle. J’en ai vu même, de mes propres yeux, qui embrassaient le sol, prenaient dans la main de la terre et du sable, émus aux larmes d’être à Cap Juby », témoigne notre interlocuteur.

Presque cent ans après les pionniers de l’air français, la piste d’atterrissage du cap Juby n’est jamais déserte très longtemps. Elle attire les aviateurs les plus aguerris. Car encore aujourd’hui, même avec des avions suréquipés, un cockpit climatisé, des ordinateurs de bord, plusieurs GPS et un cadre très sécurisé, les pilotes reconnaissent la difficulté que devait représenter à cette époque lointaine le mythique cap Juby.

Ceux qui tentent cette expérience ne sont que plus admiratifs des princes du ciel de jadis, pilotant des engins considérés alors comme « le moyen le plus sûr pour mourir ». Une piste qui fait revivre l’épopée d’Antoine de Saint-Exupéry, mais aussi de Henri Guillaumet et de Jean Mermoz, autres figures légendaire de l’Aéropostale.

La mythique piste de Tarfaya (Cap Juby) – Crédit Photo : Sadat Shaibata.
La piste d’atterrissage de Tarfaya lors d’un Raid – Crédit Photo : Sadat Shaibata.

Une terre et des hommes

Pour continuer à faire vivre cette mémoire, le raid Latécoère-Aéropostale organise régulièrement des voyages en avion vers l’Afrique. Ce raid « rassemble des passionnés, pilotes et non pilotes, qui veulent revivre cette épopée et transmettre ses valeurs en soutenant des projets solidaires en faveur de la jeunesse », indique l’association Aéroclub Pierre-Georges Latécoère, sise à Toulouse. Pour les organisateurs, l’escale à Tarfaya est incontournable.

« À chaque fois qu’ils viennent, ils créent une ambiance chaleureuse ici à Tarfaya, comme à Dakhla ou encore à Saint-Louis (Dakar) et dans toutes les villes d’escale. Le raid Latécoère-Aéropostale fait revivre l’histoire et en même temps réalise des petites actions symboliques au profit des écoles et des populations locales. Et il y a un geste vraiment symbolique qu’ils font à chaque fois : offrir des baptêmes de l’air aux enfants. Trois raids arrivent dans la ville, mais celui de Latécoère est le seul à faire cela. C’est à la fois une célébration de l’Histoire et un rapprochement des peuples et des escales. À part 2020 et 2021 où ils se sont arrêtés en raison de la crise sanitaire, les raids ont toujours eu lieu et, là, ils reprennent à nouveau cette année. Le 29 mai dernier, il y a déjà eu un des rallyes ici. Le raid Latécoère se tiendra le 18 juin 2022. Et on vient de boucler le raid Mermoz, la semaine dernière (du 9 au 15 mai 2022). »

Raid Mermoz à Tarfaya – Crédit Photo : Sadat Shaibata.

Tout comme Cap Juby qui n’était pas qu’une escale désertique, l’avion, pour Antoine de Saint-Exupéry, n’était pas seulement un moyen d’acheminer le courrier d’un bout à l’autre de la terre. Dans l’incipit de Terre des hommes, Saint-Ex écrit en forme de confidence : « La terre nous en apprend plus long sur nous que tous les livres. Parce qu’elle nous résiste. L’homme se découvre quand il se mesure avec l’obstacle. Mais, pour l’atteindre, il lui faut un outil. Il lui faut un rabot ou une charrue. Le paysan, dans son labour, arrache peu à peu quelques secrets à la nature, et la vérité qu’il dégage est universelle. De même l’avion, l’outil des lignes aériennes, mêle l’homme à tous les vieux problèmes. » Et c’est peut-être cette découverte de soi, face au défi, que viennent chercher ces aviateurs qui continuent à labourer le ciel en faisant halte parfois dans cette terre des Hommes, Tarfaya.

Piste d’atterrissage de Tarfaya – Crédit Photo : Sadat Shaibata.

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