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Transferts des MRE : voici les diasporas qui ont contribué le plus au miracle de la période Covid

ANALYSE DATA. Contrairement à toute attente, les transferts des MRE ont explosé entre 2019 et fin 2021 se bonifiant de près de 29 milliards de dirhams. Nous avons reconstitué le flux des transferts par pays pour connaître en détail les communautés de MRE qui ont contribué à cette tendance. Voici les grandes tendances qui se dégagent.

Transferts des MRE : voici les diasporas qui ont contribué le plus au miracle de la période Covid

Le 3 juillet 2022 à 17h36

Modifié 4 juillet 2022 à 6h54

ANALYSE DATA. Contrairement à toute attente, les transferts des MRE ont explosé entre 2019 et fin 2021 se bonifiant de près de 29 milliards de dirhams. Nous avons reconstitué le flux des transferts par pays pour connaître en détail les communautés de MRE qui ont contribué à cette tendance. Voici les grandes tendances qui se dégagent.

Depuis l’éclatement de la crise du Covid en mars 2020, Médias24 a consacré plusieurs articles à l’analyse de l’évolution surprise des transferts des MRE. En interrogeant des experts nationaux et internationaux ainsi que des officiels marocains, nous avons pu comprendre l’origine de l’évolution massive des transferts de fonds des MRE au moment où tout le monde, y compris le gouvernement, Bank Al Maghrib ou encore le HCP, s’attendait à une baisse de ces transferts, crise mondiale oblige.

>>Transferts des MRE : l’intrigante et spectaculaire envolée des envois de la diaspora

Après une stagnation entre 2016 et 2019, la masse des transferts de la diaspora marocaine devait en principe connaître une forte chute avec la récession qui a frappé tous les pays du monde, et l’Europe en particulier, première source des flux de transferts des MRE. Mais ces derniers n’ont pas seulement déjoué les pronostics en élevant leur niveau d’envois d’argent, mais ont carrément signé des records inédits durant cette période : leurs transferts ont progressé de près de 5% en 2020, année de récession mondiale, avant de bondir de manière encore plus spectaculaire de plus de 37% en 2021…

En deux ans, et dans un contexte de grande dépression économique et d’incertitude psychologique, les flux des MRE sont ainsi passés de 65 milliards de dirhams en 2019 à 93,6 milliards de dirhams selon les chiffres provisoires de l’Office des changes, contribuant de manière très forte au maintien des grands équilibres de la balance des paiements du Royaume. Et cette croissance se poursuit sur l’année 2022, les transferts évoluant à fin mai de 5%…. A ce rythme, la barre symbolique des 100 milliards de dirhams sera dépassée cette année.

>>Hausse de 5% des transferts MRE à fin mai.

Des diverses analyses que nous avons produites pour expliquer cette tendance spectaculaire, nous avons ressorti plusieurs éléments d’explication : l’effet de solidarité, les politiques économiques et monétaires généreuses poursuivies en Europe où les Etats ont dégainé des centaines de milliards d’euros pour venir en aide aux populations, mais aussi et surtout la formalisation des transferts qui a été l’élément clé de cette progression dans les chiffres.

La crise du Covid a entraîné une fermeture du monde, des frontières, ce qui a stoppé net les flux informels, cet argent qui entrait dans les poches des MRE, les obligeant à passer par les canaux officiels pour réaliser leurs transferts. Ce qui faisait dire à plusieurs de nos experts que cette crise n’a fait que montrer les chiffres réels des transferts de la diaspora, la statistique ayant rattrapé la réalité.

Pour comprendre de manière officielle et exacte ce qui s’est joué durant cette période, Bank Al Maghrib a même constitué une commission de travail avec les banques pour essayer de reconstituer les faits, enquêter sur l’origine de cette tendance surprise et en saisir les tenants et aboutissants. Une commission créée en 2021 et qui n’a pas encore livré ses conclusions comme l’a déclaré le Wali de la Banque centrale lors de sa dernière sortie médiatique, fin juin.

En attendant les résultats officiels de cette enquête, Médias24 continue son travail de prospection et d’analyse. Nous nous sommes procurés les chiffres par pays, disponibles pour toutes les années jusqu’à 2020 sur la base de données de l’Office des changes, en y ajoutant les chiffres provisoires et non encore publics de l’année 2021 pour connaître l’origine par pays de résidence de cette tendance.

France, Espagne, Italie : les trois pays qui tirent la caravane

Premier résultat qui se dégage : sur les 28,6 milliards de flux qui se sont rajoutés à la masse des transferts de MRE entre 2019 et fin 2021, plus de 19 milliards de dirhams proviennent de trois pays, soit 70% de la croissance totale sur les deux dernières années.

Ces trois pays ne sont autres que la France, l’Espagne et l’Italie, des pays qui connaissent un enracinement fort de la diaspora marocaine et qui ont conduit, comme tous les Etats de l’UE des politiques sociales ultra généreuses durant la crise du Covid pour diluer les effets de la crise sur les travailleurs, les salariés, les indépendants, les chômeurs et les ménages en tout genre.

Première source de transfert de fonds vers le Maroc, la France a été à l’origine du plus grand volume de transfert avec un total 30,2 milliards de dirhams, soit à peu près le tiers de la masse totale des envois des MRE. Entre 2019 et fin 2021, les MRE de France ont envoyé 7,1 milliards de plus au « bled ».

L’Espagne, deuxième source d’envoi de fonds (13,3 milliards au total à fin 2021), loin après les volumes d’origine française, enregistre en revanche la plus forte croissance entre 2019 et 2021, avec un flux additionnel de 7,6 milliards de dirhams. Ce qui est un fait assez marquant.

Car si en volume, la masse des transferts depuis l’Espagne ne représente que la moitié des envois depuis la France, les Marocains résidant en Espagne ont dépassé en termes de croissance leurs concitoyens résidant dans l’Hexagone. Mieux encore, et fait inédit dans cette data : les flux en provenance du voisin ibérique ont plus que doublé entre 2019 et 2021 passant de 5,7 à 13,3 milliards de dirhams ! Un phénomène qui ne peut s’expliquer simplement par la formalisation des flux ou l’effet de solidarité, mais aussi par un changement de règles statistiques dans la comptabilité des flux comme on l’a démontré dans cet article : Transferts des MRE : explications sur le décalage entre les chiffres du Maroc et d’Europe .

Vient ensuite l’Italie, dont la diaspora a apporté 4 milliards de plus à la cagnotte totale, faisant passer là encore, le flux global de leurs envois du simple au double ou presque : de 5,8 à 10 milliards de dirhams.

Autre conclusion notable : la tendance à contre-courant en Belgique, qui connaît également une forte présence de la communauté marocaine, mais qui ne suit pas la logique de ses homologues européens, puisque les transferts en provenance de ce royaume ont baissé de près de 100 millions de dirhams entre 2019 et 2021. Une tendance d’autant plus surprenante que les chiffres de la communauté basée aux Pays Bas, pays similaire en tout point de vue à la Belgique en termes de sociologie de la migration marocaine, calquent à peu près la tendance générale en Europe. Les envois venus des Pays bas ayant progressé de 808 millions de dirhams à 2,8 milliards de dirhams, soit une croissance de 28,5% en deux ans.

La remontada des Marocains des pays du Golfe

Autre tendance qui se dégage de cette data par pays : le comportement ultra logique des transferts des Marocains résidant dans les pays du Golfe. Confrontés en 2020 à une double crise, sans politiques de soutien comme en Europe, avec une baisse record du prix du pétrole et des produits énergétiques, base des économies de ces pays, les Marocains résidants en Arabie Saoudite, aux Emirats, au Qatar et au Koweït ont baissé considérablement leur envois vers le pays en 2020. Avant d’inverser la tendance en 2021, année de reprise économique, de relâchement des restrictions sanitaires et d’explosion des prix des produits énergétiques (pétrole et gaz notamment).

Cette tendance se remarque en Arabie Saoudite notamment, quatrième source d’envoi de fonds de la diaspora marocaine dans le monde, avec un volume global de 6,3 milliards de dirhams, juste derrière le trio européen France, Espagne, Italie. En 2020, les transferts des Marocains d’Arabie Saoudite ont ainsi baissé de 300 millions de dirhams avant de remonter de 2 milliards en 2021 dans un record inédit dans les annales des statistiques des transferts des MRE du royaume des Al Saoud.

Même tendance ou presque au Qatar et au Koweït qui ont enregistré également cette tendance en dents de scie : baisse en 2020 puis forte reprise en 2021.

Seule exception : les Emirats Arabes Unies où les transferts des MRE ont baissé en 2020 et stagné en 2021, enregistrant une chute sur ces deux années de 1 milliard de dirhams. Une tendance qui peut s’expliquer par la nature de la communauté marocaine vivant aux Emirats qui travaille essentiellement dans le secteur des services : tourisme, hôtellerie, restauration, banque, finance, divertissement, services à la personne… Des secteurs qui ont été frappés de plein fouet par ces deux années de crise aux Emirats, pays ultra libéral dans sa politique de travail et extrêmement rigide dans sa politique de la migration, comme on a pu le constater durant cette crise, où beaucoup de marocains et d’étrangers vivant à Dubaï ou Abu Dhabi ont été licenciés de leur job se voyant obligé de quitter le territoire faute de travail.

La solidarité des Marocains de l’Amérique du Nord

Autre zone géographique, autre enseignement : en Amérique du Nord, région qui n’est pas connue spécialement pour sa participation au flux des transferts des MRE, la communauté des Marocains a connu comme une sorte de réveil en cette période de crise. Là, l’élément de la formalisation des flux faute de possibilité de voyage ne rentre pas trop en compte, distance et cherté des liaisons aériennes  obligent. Et s’il y a croissance, elle ne peut s’expliquer que par l’effet de solidarité.

Les Marocains des Etats Unis – qui malgré le faible volume dans la masse totale des envois (4,7 milliards de dirhams sur un total de 93 milliards) sont toutefois classés en sixième position dans les transferts par pays- ont ainsi participé fortement à l’élan de solidarité qui s’est exprimé pendant cette crise. Leurs transferts se sont bonifiés de 1,1 milliard de dirhams entre 2019 et 2021, soit une progression de 24% par rapport au flux de 2019.

Idem au Canada où les transferts des MRE ont carrément doublé passant de 852 millions de dirhams en 2019 à plus de 1,6 milliard à fin 2021 !

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