Alliances renoue avec les bénéfices : les explications du management du groupe
Le groupe immobilier est sorti en 2021 du rouge, affichant un bénéfice net de 119 MDH contre des pertes de plus de 380 MDH en 2020. Des bénéfices qui découlent d’un chiffre d’affaires de 1,4 milliard de dirhams en croissance de 11%. Comment s’expliquent ces performances réalisées pourtant durant une année de crise ? Explications
La publication du chiffre d’affaires du groupe Alliances a surpris quelques acteurs du marché. Avec un chiffre d’affaires de 1,4 milliard de dirhams, en croissance de 11%, certains analystes ont montré un certain scepticisme, avançant que ces revenus ne peuvent pas correspondre à des ventes pures, et qu’ils seraient le résultat d’opérations de dations et de compensation fournisseurs.
Leur raisonnement est simple : le groupe n’a plus de foncier, tous ses terrains et projets ayant été donnés en dations aux banques pour réduire l’endettement. Et qui dit pas de foncier, dit pas de projets, et donc pas de ventes. Deuxième argument : Alliances ne peut réaliser une croissance de 11% dans un marché de l’immobilier atone où les promoteurs peinent à placer leurs produits.
Contacté par Médias24, le management du groupe Alliances se dit surpris de cette analyse qui ne se base sur aucun élément tangible.
Ahmed Ammor, administrateur et conseiller du président du groupe, nous confirme ainsi que le 1,4 milliard est constitué exclusivement de ventes pures réalisées sur l’année 2021, aussi bien au Maroc qu’en Afrique.
Les dations, c’est fini depuis 2018, selon Ammor
"Ce chiffre d’affaires est constitué de ventes concrètes. Il n’y a eu aucune dation en 2021. Les dations, on en a déjà fini en 2018…", nous apprend Ahmed Ammor, qui a été directeur général du groupe au moment de sa restructuration entre 2016 et 2018.
"Les dations, il y en a eu essentiellement en 2016. Notre objectif numéro un à l’époque était de réduire l’endettement du groupe, aussi bien la dette bancaire que la dette privée. On avait 9 milliards d’endettement, sur lesquels on payait 600 MDH de frais financiers. On ne pouvait pas rouler avec des charges financières aussi lourdes. Et on a réussi, grâce au plan de restructuration lancé, de ramener l’endettement à 2,3 milliards actuellement. Ce qui est un niveau très bas par rapport à notre activité. Cela s’est fait grâce à plusieurs mécanismes, dont les dations."
En plus de la réduction de l’endettement, ce plan de restructuration piloté par Ahmed Ammor avait également un deuxième objectif : réduire les charges de structure. Et le résultat a été atteint, nous confie celui qui a piloté cette stratégie.
"Alliances a fait sa mue. La crise que le groupe a traversée l’avait obligé à réduire ses charges de structures de plus de 50%. Alliances fonctionne aujourd’hui avec des ratios frais de personnel/CA ou charges de structure/CA qui font la moitié de ce qui se passe ailleurs", précise Ahmed Ammor, désormais administrateur du groupe et conseiller de son président depuis le bouclage de ce plan de restructuration.
"Les bénéfices de ce plan ont permis non seulement de réduire les frais financiers, mais aussi les charges de structure, ce qui fait que les projets deviennent rentables", affirme notre interlocuteur.
La rentabilité est de retour avec un bénéfice de 119 MDH
Une rentabilité que reflètent les comptes de l’année 2021 qui ne sont pas encore publiés, mais dont le directeur financier du groupe, Mohamed Lahlou, nous donne un avant-goût.
« Le groupe a réalisé en 2021 un résultat net de 119 MDH contre des pertes de plus de 380 MDH en 2020. Et ce bénéfice découle d’un chiffre d’affaires concret. Dans le social et le résidentiel, notre filiale Al Darna a fait 95% de croissance et a remonté au groupe 340 MDH de dividendes. Sur le haut de gamme et les autres activités, on a fait une croissance de 11%... Et il s’agit de ventes concrètes, il n’y a ni dations ni compensations fournisseurs », confie le DAF du groupe.
Mohamed Lahlou nous précise que si ce chiffre d’affaires a été réalisé, c’est qu’il y a bien eu des projets livrés, et du foncier, contrairement à certains échos du marché.
« On ne peut pas dire qu’on n’a pas de projets. Juste sur le foncier disponible, nous avons aujourd’hui 15 milliards de chiffre d’affaires garantis pour les années à venir. Le groupe a toujours continué à acquérir du foncier, malgré la période de restructuration. L’année dernière, on a acquis pour 350 MDH de foncier à Kénitra. Idem à Safi, à Beni Mellal et dans d’autres villes du Royaume. Et c’est du foncier de plus de 100 ha », nous apprend le DAF d’Alliances.
Une stratégie de niche pour contourner la conjoncture
Mais avoir du foncier et des projets ne garantit pas seul le succès, vu la conjoncture du marché. Ahmed Ammor et Mohamed Lahlou avouent que la conjoncture est très difficile, mais qu'Alliances a une stratégie qui lui permet, selon eux, de passer entre les mailles du filet et de mieux cibler la demande. D’où cette croissance de 11% qui surperforme de très loin le marché…
« A partir de 2019, on a adopté une politique simple. Nous avions un besoin de cash immédiat, nous ne pouvions plus nous engager sur des opérations capitalistiques de grande envergure. Nous nous sommes donc concentrés sur des lotissements. C’est un investissement rapide, ça ne génère pas beaucoup de chiffre d’affaires, mais la marge est importante et, surtout, la machine tourne plus rapidement. Le cash tourne et nous faisons face à tous nos engagements », explique Mohamed Lahlou.
Et Ahmed Ammor d’ajouter que dans une conjoncture difficile, ce qui fait la clé du succès d’un promoteur immobilier, c’est le choix de ses projets et son savoir-faire.
« La conjoncture n’était pas bonne, c’est sûr. Maintenant, chaque promoteur a une politique de choix de ses projets. Quand vous choisissez des projets bien placés, comme à Kénitra par exemple qui est une zone en pleine expansion avec les usines qui s’installent, automatiquement, il y a de la demande. C’est le choix de là où vous allez réaliser vos projets qui vous permet de continuer de travailler ou non. Durant cette période difficile, il ne faut pas investir à tour de bras, mais bien choisir ses niches. Le produit doit être fait selon les besoins du marché, la demande. C’est ça la clé de la réussite aujourd’hui. Le secteur de l’immobilier, comme la majorité des secteurs de l’économie, a souffert de la crise du Covid-19. Cette année, il y a la guerre en Ukraine qui a un impact sur les prix. Les choses restent difficiles. Mais c’est là où il faut avoir du savoir-faire pour s’en sortir », explique Ahmed Ammor.
En 2021 donc, le management du groupe affirme qu’il a pu tirer son épingle du jeu grâce à cette stratégie de niche. Et ce, dans tous les segments de marché et dans toutes les régions du pays.
« On est à Béni Mellal, à Safi, Fnideq, Agadir, Tanger, Casablanca… On a une grande présence à Kénitra aussi, nos projets marchent très bien là-bas. Nous avons également fait des opérations en Afrique, avec la livraison clé en main de cinq hôpitaux au Cameroun, des hôpitaux qui étaient inclus dans le cahier des charges de la Coupe d’Afrique des Nations 2022. Nous avons livré également des logements en Côte d’Ivoire… », détaille Ahmed Ammor.
Le DAF du groupe abonde dans le même sens. « C’est le ciblage qui est la clé. Il y a aussi l’expertise du groupe pour identifier des projets intéressants. Nous avons des projets qui attirent. Sur Béni Mellal par exemple, il y a un centre hospitalier qui a été construit et un centre universitaire, ce qui va générer de l’activité. A Tanger, il y a un CHU qui a été construit et qui va générer aussi de l’activité. Nous avons des terrains bien placés, et porteurs de plusieurs projets d’envergure qui attirent la clientèle. Idem à Marrakech, à Keénitra et les autres villes… À Kénitra, par exemple, on a eu un tel succès commercial qu’il y avait des queues dans nos showrooms. »
Alliances cible des bénéfices cumulés de 1 milliard entre 2022 et 2025
Et l’avenir sera encore meilleur si l'on en croit les projections du management d’Alliances. Au cours de son conseil d’administration tenu le 4 février, le groupe a validé un nouveau business plan (2022-2025) qui table sur un chiffre d’affaires cumulé de 8 milliards de dirhams sur les quatre prochaines années, pour un résultat net cumulé d’ici 2025 dépassant le milliard de dirhams, nous apprend Ahmed Ammor.
Ces résultats découleront, selon lui, d’une réserve foncière déjà acquise et autorisée, avec des projets concrets.
« Ce sont des projets qui sont là, concrets, au Maroc et en Afrique, sur du foncier acquis, des projets autorisés et qui se déroulent particulièrement bien. Il n’y a aucun projet qui est encore à acquérir ou qui n’est pas encore autorisé. Globalement, notre réserve foncière nous permet d’avoir un chiffre d’affaires potentiel de 15 milliards de dirhams sur les prochaines années. Sans compter le foncier qui sera acquis et ajouté à cette réserve », précise Ahmed Ammor.
Le DAF nous précise que le groupe a une stratégie simple : « Communiquer sur ce qu’on a de réel, limiter les risques et assurer nos engagements. On est sur des charges de personnel de 80 MDH, soit 7% du chiffre d’affaires contre 12% à 14% pour nos concurrents. Notre marge d’EBE est passée de 14% à 19%. Tout a été réduit au minimum. Le groupe veut sauvegarder sa rentabilité et sa pérennité. Et avec le foncier à notre disposition, nous avons de quoi sécuriser au moins 15 milliards de dirhams de chiffre d’affaires. » La page des années noires serait-elle tournée ? Affaire à suivre...
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