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Deal Benjelloun – MHE  : ce que l’on sait sur le sujet

Médias24 annonçait en début de semaine que Othman Benjelloun allait amorcer un nouveau virage stratégique pour son groupe. Une information interprétée comme le signe de transmission du groupe à Moulay Hafid Elalamy, le candidat idéal pour reprendre le navire BOA. Qu’en est-il vraiment ? Voici tout ce que l’on sait à propos du sujet à date d’aujourd’hui.

Deal Benjelloun – MHE  : ce que l’on sait sur le sujet

Le 26 janvier 2022 à 19h35

Modifié 27 janvier 2022 à 7h53

Médias24 annonçait en début de semaine que Othman Benjelloun allait amorcer un nouveau virage stratégique pour son groupe. Une information interprétée comme le signe de transmission du groupe à Moulay Hafid Elalamy, le candidat idéal pour reprendre le navire BOA. Qu’en est-il vraiment ? Voici tout ce que l’on sait à propos du sujet à date d’aujourd’hui.

Tout a commencé visiblement par cette information publiée le 21 janvier par Médias24 et LeBoursier sur le prochain virage stratégique que va prendre le groupe BOA en mars prochain, à l’occasion de son Conseil d’Administration. Contacté par nos soins pour vérifier un bruit de couloir qui résonnait dans la place sur un éventuel changement stratégique qui se prépare dans le groupe, Othman Benjelloun nous avait confirmé l’information, nous assurant que ses équipes travaillent avec le cabinet américain McKinsey sur cela depuis un an déjà.

>>Un grand virage stratégique se prépare à Bank of Africa (Othman Benjelloun)

Ce virage stratégique, nous a-t-il dit, concerne aussi bien le mode de travail de la banque au Maroc qu’en Afrique subsaharienne, qui contribue selon lui à 50% des résultats du groupe.

Othman Benjelloun ne pouvait aller plus loin, nous affirmant qu’il ne peut dévoiler cette nouvelle stratégie à horizon 2030, avant le Conseil d’administration qui se tiendra dans deux mois.

Les mots de Othman Benjelloun ont été clairs : le président du groupe parlait de nouvelle stratégie, de changement dans le mode de travail du groupe, d’un plan qui court jusqu’en 2030… Rien ne laissait entendre dans ses déclarations une éventuelle restructuration du capital, ou l’entrée d’un nouvel actionnaire. Benjelloun parlait d’exploitation, comme on dit dans le jargon bancaire, de mode de travail, de stratégie exécutive, mais pas du haut du bilan, ni de l’actionnariat. Et les mots, surtout dans ce genre de milieux, et à ce niveau de responsabilité, ont un sens.

Le deal Benjelloun-MHE remis sur la table

Cette information a été vite interprétée sur le marché comme le signe du « très attendu » retrait de Othman Benjelloun du capital de son vaisseau amiral financier, le couple BOA-RMA. Un retrait qui se ferait, comme annoncé depuis des années déjà, au profit de Moulay Hafid Elalamy, le patron du groupe Saham.

Le sujet en soi n’est pas nouveau. La transmission de l’empire Othman Benjelloun fait l’objet de discussions de salons et d’articles de presse depuis plus de 15 ans déjà. Voire plus… Au début des années 2000, tout le monde était sûr qu’Attijari allait absorber la BMCE Bank de Othman Benjelloun, jusqu’au jour où le marché a été pris de court avec l’annonce de la fusion absorption Attijari-Wafabank, qui a donné naissance à Attijariwafa bank.

Et plus Othman Benjelloun, 91 ans aujourd’hui, avançait dans l’âge, et plus les informations ou les spéculations concernant la transmission de son groupe allaient crescendo. Et le candidat désigné de tout temps était MHE.

Il y a dix ans, on le présentait comme le candidat idéal. Un loup de la finance qui a construit une belle compagnie d’assurance panafricaine (Saham Assurance), et qui de plus a les compétences et surtout la volonté de mettre la main sur la BMCE. MHE n’a d’ailleurs jamais caché ses prétentions pour la succession de Sir Benjelloun.

Par déduction journalistique ou financière –car des informations certaines, il n’y en a jamais eu comme dans tout deal qui se joue à ce niveau– on présentait les choses de manière très simples : Benjelloun approche les 90 ans, il n’a pas de dauphin désigné et ne peut laisser une banque stratégique sans pilote… Le montage imaginé était le suivant : par le biais de sa compagnie Saham, MHE prend le contrôle de RMA, qui, elle-même, contrôle BMCE bank, et le tour est joué.

Le financement de l’opération ne poserait aucun problème, MHE ayant déjà bénéficié des financements d’Attijariwafa bank pour racheter CNIA et Saâda et ne trouvera aucune difficulté à lever de l’argent pour s’offrir un nouveau bijou bancaire que les hautes autorités financières et politiques du pays ne veulent pas voir filer entre les mains d’un actionnaire inconnu.

Le scénario idéal d’une transmission entre deux grands joueurs de la haute finance, la plus grande de l’histoire du Maroc.

Publiquement, Benjelloun et MHE n’en ont jamais parlé. Même si l’opération a été sur le point de se faire, avant que Othman Benjelloun ne se rétracte à la fin des négociations selon nos informations. MHE allait entrer par la porte de FinanceCom, holding de tête de Benjelloun, qui contrôle RMA, et détient une petite part dans BMCE, en y prenant 50% du capital. Le deal a capoté, selon nos informations, à cause d’une histoire de gestion, Benjelloun insistant sur le fait qu’il voulait rester gestionnaire, quand MHE ne voyait pas les choses de la même manière.

Les deux hommes sont, depuis, passés à autre chose. MHE, devenu ministre de l’Industrie, a cédé Saham Finances, sa holding de tête dans le secteur de l’assurance en Afrique, au sudafricain Sanlam. Et Othman Benjelloun a amorcé une opération de restructuration de ses holdings de tête pour pérenniser, comme il nous l’avait assuré, son groupe.

Benjelloun, plus préoccupé par la gestion du groupe que par sa succession

C’était en mai 2021. Benjelloun annonçait la fusion des deux holdings qui lui servent de véhicule de portage dans les affaires : FinanceCom et la Holding Benjelloun Mezian (HBM), créant ainsi la structure O Capital Group. Le communiqué annonçant l’opération parlait d’un objectif de simplification de la structure de contrôle du groupe. Mais le marché l’interprétait, encore une fois, comme une énième opération de préparation de la succession du senior des banquiers africains.

Contacté alors par Médias24, Othman Benjelloun nous avait confié sa surprise que les choses soient interprétées de la sorte.

>>Exclusif. Othman Benjelloun explique la restructuration de sa holding

« Ma succession ? Je n’y ai jamais pensé », nous avait-il lancé. « Les gens me disent que je devrais prendre ma retraite et passer le relais depuis 15 ans déjà et on me le dit encore aujourd’hui. A chaque fois, je réponds que le mot retraite n’existe pas dans mon vocabulaire. Dans notre famille, on travaille tant qu’on a la capacité de le faire ».

Abordant avec sérénité la question de sa finitude, seule certitude que l’Homme a dans la vie comme le dit Blaise Pascal dans ses Pensées, Othman Benjelloun nous expliquait que l’avenir de son groupe était assuré.

« J’ai mes héritiers : ma femme, mon fils et ma fille. Chacun travaille dans son domaine. Et ils auront ce qui leur revient le moment venu. Et je peux vous assurer qu’ils ne pensent pas non plus à ce sujet », nous avait-il confié.

Pour lui, au moment où on lui parlait, le 19 mai 2021, « c’était plutôt la gestion du groupe qui doit être au cœur des interrogations ». « Mais rassurez-vous, c’est un sujet auquel j’ai déjà pensé », a-t-poursuivi, laissant le mystère planer sur ses intentions.

Un mystère qu’il lèvera certainement en mars prochain, en annonçant ce fameux virage stratégique qu’il nous a confirmé il y a quelques jours.

Un virage, il faut le dire, qui semble plus que jamais nécessaire pour ceux qui connaissent bien le groupe BOA.

Ce qui devrait changer dans le groupe BOA

Belle marque, portant des actifs de grande qualité, avec des parts de marché importantes au Maroc et en Afrique subsaharienne et composé d’un tour de table prestigieux, le groupe BOA de Othman Benjelloun, est arrivé à un moment où un dépoussiérage de tout ce qui a été réalisé ces dix dernières années devient une urgence.

Les banquiers et analystes financiers le savent : tous les indicateurs du groupe sont bons (sauf les indicateurs de gestion), sa signature également. Mais BOA peut mieux faire côté opérationnelle s’il règle trois problématiques essentielles qui pèsent sur lui :

1-Sa surexposition en Afrique subsaharienne, territoire à grand risque qui fait remonter à la maison mère casablancaise plus de 40% de ses bénéfices annuels. Tout problème, politique, monétaire, macroéconomique, dans l’une des zones de présence du groupe peut l’assommer. Surtout que le groupe roule avec des ratios prudentiels en matière de fonds propres, certes aux normes, mais qui seront incapables d’absorber un grand choc.

2-Sa lourde structure de charges, BOA étant la banque marocaine qui consomme le plus de charges pour produire une unité de PNB. Des charges liées à son exploitation, à son train de vie, mais aussi au coût des risques pris sur certains dossiers.

3-Le renouvellement de son management et de sa manière de faire, avec l’injection d’un sang neuf dans le groupe.

Si McKinsey a eu un mandat du Président pour réfléchir à une nouvelle stratégie pour le groupe, elle devrait porter selon toute vraisemblance sur ces trois axes là. Et les recommandations du cabinet américain, si elles suivent cette ligne, déboucheront certainement sur un grand virage stratégique, puisque BOA serait alors obligé de revoir sa ligne de développement, se délester de quelques actifs au sud du Sahara, dégraisser le mammouth, revoir comme nous le disait Othman Benjelloun « le mode de travail » de l’ensemble du groupe, pour une meilleure efficacité opérationnelle et une moindre exposition aux risques pays.

C’est ce sujet qui semble préoccuper Othman Benjelloun, d’après les différents échanges que nous avons eu avec lui, en mai 2021 et en ce début de semaine.

Quant à sa succession, sujet stratégique qui taraude les esprits du système financier mais aussi politique, Othman Benjelloun semble l’avoir déjà réglé en 2021 si l’on croit ses confidences. Par quels moyens ? Seul l’avenir nous le dira.

Et la possibilité que l’on prête à MHE d’entrer dans le capital de BOA? Oui, c’est plausible et possible. Mais une affaire n’est faite que lorsqu’elle est signée.

Oui, mais MHE a démenti. Que signifie ce démenti? Il ne signifie rien. Il existe des domaines dans lesquels on a le droit de mentir, c’est la règle dans les affaires: une cession, acquisition, fusion, une dévaluation, un élargissement d’une bande de fluctuation… ce sont des infos que l’on ne communique que lorsque c’est fait.

Voilà ce que l’on sait:

1/-d’un côté, OB qui agit comme si de rien n’était et qui prépare son virage stratégique qui sera annoncé en mars.

2/-de l’autre, l’intention que l’on prête à MHE d’entrer dans le capital, une hypothèse possible, plausible, mais qui ne serai certaine que si elle est signée.

Il est probable que le 1/ et le 2/ n’ont aucun lien entre eux.

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