DGI. Facturation électronique : lancement en préparation, les détails avec Younes Idrissi Kaitouni
Validation en temps réel, rôle central de la DGI dans la circulation des factures, intégration des systèmes d’information et contrôle renforcé des délais de paiement… La réforme de la facturation électronique se précise, avec un déploiement progressif et un écosystème en cours de structuration.
Invité des Grands Rendez-vous Médias24 ce 16 avril 2026, Younes Idrissi Kaitouni, directeur général de la Direction générale des impôts (DGI), annonce le lancement d’un chantier structurant : la mise en place de la facturation électronique, dont l’entrée en vigueur est prévue en 2026.
Sur le plan réglementaire, un décret est actuellement en cours d’examen au niveau du Secrétariat général du gouvernement. Il doit préciser les modalités d’activation du dispositif et encadrer son déploiement.
Sur le plan technique, le système de la DGI est déjà prêt et l’administration se dit en mesure de lancer ce chantier.
Le déploiement se fera de manière progressive, avec une montée en charge étalée dans le temps, afin de permettre aux entreprises de s’adapter à leur rythme, avant une généralisation complète du dispositif.
Les données générées ne seront pas uniquement exploitées par l’administration fiscale. Elles ont vocation à être partagées avec plusieurs institutions publiques, notamment Bank Al-Maghrib, le HCP, la CNSS ou encore le GPBM et d’autres…
La mise en place de la facturation électronique en temps réel, appelée à transformer le contrôle fiscal, dont l’entrée en vigueur est prévue en 2026
Un format standardisé, déjà éprouvé ailleurs
Sur le plan technique, le format retenu s’inspire des standards déjà utilisés à l’international. Il faut savoir qu’en Afrique, il y a 20 pays qui nous ont déjà précédés.
"Le format de la facture, ce sera de l’UBL, un format que tous les éditeurs de logiciels, ils commencent déjà à nous démarcher pour qu’on les aide à avoir le lead, on ne le fait pas évidemment. C’est quelque chose, on ne va pas rien inventer là-haut", explique le DG de la DGI.
Le modèle retenu par le Maroc, basé sur un mécanisme de validation en temps réel, s’appuie sur un retour d’expérience approfondi. "L’avantage d’avoir pris notre temps pour le déploiement, c’est de profiter de l’expérience des autres. Nous avons étudié les expériences des pays d’Amérique latine, qui sont les précurseurs, et avec lesquels nous échangeons régulièrement, notamment dans le cadre du CIAT".
Des modalités adaptées selon la taille des entreprises
La DGI prévoit un dispositif différencié, avec des solutions simples pour les TPME et des intégrations automatisées pour les grandes entreprises.
"En fait, la solution, à terme, la TPME, on va lui offrir un service dédié et personnalisé. On va parler des choses qu’on connaît déjà. Au niveau du simple IS, simple TVA, il y a l’EFI, l’échange de formulaire informatisé, c’est-à-dire l’entreprise, la TPME, elle saisit sur le site de la DGI les informations concernant sa déclaration".
"Pour les grands comptes des grandes entreprises qui ont des ERP très performants et très importants, ils ne vont pas s’amuser à saisir des déclarations ligne par ligne. Là, c’est des extractions qui se font de leur système. On leur donne uniquement le format XML, accepté par nos soins. Et c’est là, il y a des éditeurs de logiciels qui leur développent des petites moulinettes qui leur permettent d’extraire l’information de leurs ERP et l’injecter dans la télé-déclaration chez nous".
Face aux interrogations des entreprises sur leurs choix technologiques, la DGI insiste sur un point : c’est l’administration qui s’adaptera aux systèmes existants.
"Il faut les rassurer : c’est nous qui allons-nous adapter à elles, et non l’inverse. Quel que soit le choix qu’elles font… De toute façon, les solutions sur le marché sont connues. Cela dépend de la taille et de la branche d’activité de l’entreprise".
"Les ERP, sans les citer, offrent globalement les mêmes services. Les PME disposent de solutions plus simples pour la comptabilité, la facturation ou la paie. Et certaines n’ont quasiment pas de système d’information, ou fonctionnent encore avec des fichiers Excel. Cela ne veut pas dire qu’elles ne sont pas transparentes, mais qu’elles n’ont pas forcément ressenti le besoin de passer à des outils plus élaborés".
Notre système sera donc adapté à la fois aux grands ERP, mais aussi et d’abord, aux petites et moyennes entreprises qui travaillent encore avec Excel. Et ensuite, bien entendu, aux autres
De plus, le dispositif prévoit que l’administration joue un rôle central dans la circulation des factures entre entreprises. "La transmission de la facture se fera à travers nos systèmes. Nous serons, en quelque sorte, le coursier entre le fournisseur et son client. Nous prenons la facture électronique, nous garantissons qu’elle est recevable, puis nous la transmettons au client, avec une date et une confirmation de réception".
"Tout cela se fait dans l’intérêt de la TPME, parce que dans une relation commerciale, c’est elle qui souffre le plus des délais de paiement", ajoute-t-il.
Une transition sans coût pour les TPE
Sur la question du coût d’entrée dans la facturation électronique, les plus petites structures ne seront pas pénalisées. "La TPE n’aura besoin de rien, je veux dire. C’est comme lorsqu’on a déployé les simples TVA, les simples IS. On leur a donné la possibilité, à elle ou à son comptable, de saisir la déclaration. Avant, c’était manuscrit, on lui a donné une forme sur écran, sur le site de la DGI, et elle a commencé à saisir la télé-déclaration". "Donc la facturation, on va lui permettre d’avoir un petit système de facturation offert par la DGI. Complètement web".
Un levier de contrôle renforcé sur les délais de paiement
La facturation électronique s’inscrit aussi dans un dispositif plus large de contrôle, notamment sur les délais de paiement. "Les experts-comptables ont beaucoup de responsabilités sur les délais de paiement. Et lorsque nous allons entamer les contrôles, on va le faire cette année, nous n’allons pas contrôler l’entreprise, mais plutôt l’expert qui a validé la déclaration RAS. C’est beaucoup plus simple".
Avec la généralisation du dispositif, certains outils actuels pourraient évoluer, même si cela reste à arbitrer. "Après, quand la facturation électronique sera déployée, probablement on n’aura plus besoin de cette attestation de régularité fiscale. Il y aura moins de travail, puisque le clearance sera fait".
Sur la suppression éventuelle de la retenue à la source : "Oui, pourquoi pas ? Ça, c’est une décision politique".
Un impact attendu sur la gestion de la TVA et plus de transparence
M. Idrissi estime que la généralisation des flux en temps réel devrait simplifier la gestion de la TVA et réduire les frictions actuelles. "La rapidité dépend de la qualité des dossiers. Elle ne dépend pas d’autre chose. Effectivement, oui. Lorsque ces factures seront toutes dans notre système d’information, le dossier sera plus facile, plus simple à rassembler, à déposer. Et le traitement par nos équipes, là aussi, sera plus simple".
Il voit que le principal objectif de la réforme, est "la transparence". Mais encore. Qu’est-ce qu’il y a de plus noble que la transparence ? Il n’en va pas. La lutte contre la fraude, l’équité fiscale, l’augmentation des recettes ? "Oui, tout ça, c’est la transparence".
Un dispositif qui agit sur le risque et la responsabilité
Les outils déjà mis en place s’inscrivent dans cette logique, en jouant à la fois sur les incitations et sur la responsabilité dans la chaîne.
"À travers la retenue à la source, les attestations de régularité fiscale, les garanties, etc., on a essayé de diminuer un petit peu du numérateur. Et on a également essayé d’augmenter le risque, avec la responsabilité TVA sur toute la chaîne de la déclaration, du petit comptable jusqu’au patron. Tout le monde est solidaire avec l’entreprise sur la TVA collectée et non reversée".
"Ça ne veut pas dire qu’on va le faire tout le temps, mais c’est un outil qui va leur permettre de réfléchir. Moi, comptable, salarié ou même extérieur, si je suis impliqué dans ce non-reversement de la TVA réellement collectée, je risque d’être tenu personnellement et pécunièrement solidaire avec l’entreprise. Donc c’est un système que nous essayons de mettre en place pour que la conformité soit volontaire et non pas coercitive, à travers un contrôle fiscal ou un recouvrement forcé".
Une entreprise transparente n’a aucun problème avec cette réforme
Et si la réforme peut être perçue comme une machine à sanctions, le directeur de la DGI rejette clairement cette lecture. "Au contraire, il est où la sanction ? Une entreprise transparente, est-ce qu’elle a un problème avec cette mesure, avec la retenue à la source ? Non. De toutes les manières, elle allait la reverser, elle n’a pas de souci". "Et Si l’informel y voit une sanction, tant mieux".
Rendre la fraude plus difficile, sans passer par la coercition
L’objectif affiché est de sortir d’une logique de contrôle systématique. "Ce que nous essayons de faire, c’est un changement de paradigme. Au lieu d’agir par la coercition, c’est-à-dire le contrôle fiscal, aller taper sur les doigts des gens, non. On espère éviter. On va rendre la fraude fiscale plus difficile. Pas impossible, mais plus difficile".
"Il ne faut pas qu’elle soit facile et accessible. Dire que l’administration n’a qu’à faire son travail à partir du contrôle fiscal, ce serait une schizophrénie, parce qu’aucune administration fiscale au monde ne peut contrôler tout le tissu économique chaque année. C’est impossible".
... à retenir !
In fine, ce qu'il faut retenir c'est que la facturation électronique devrait générer des gains opérationnels : moins de papier, moins d’erreurs et une automatisation accrue des processus comptables. Elle pourrait également contribuer à accélérer les remboursements de TVA, tout en assurant une traçabilité complète des transactions.
Sur le plan fiscal, le dispositif vise à lutter plus efficacement contre les fausses factures, la sous-déclaration et la TVA non reversée. Une amélioration des recettes fiscales est attendue, même si elle pourrait rester progressive.
La réforme doit aussi permettre une meilleure transparence et, surtout, une lecture en temps réel de l’activité économique. À terme, il s’agit de disposer d’une véritable cartographie dynamique de l’économie
La mise en place de la facturation électronique s’accompagne de la structuration d’un écosystème complet, impliquant les éditeurs de logiciels, les plateformes technologiques, les fintechs, les intégrateurs et les cabinets de conseil.
Sur le plan technique, le schéma repose sur une validation des factures en temps réel. Cette validation passe par un dispositif combinant le système de la DGI et des partenaires externes. Des prestataires de services certifiés par l’administration fiscale seront amenés à assurer ce rôle.
Au lancement, l’administration fiscale assurera elle-même cette fonction. Elle mettra à disposition des TPME un outil de facturation électronique à travers un portail dédié, permettant de saisir et de gérer les factures.
En parallèle, une plateforme d’interfaçage permettra aux systèmes d’information des entreprises, notamment les ERP, d’extraire les données nécessaires à la facturation et de les injecter directement dans le système.
L’ensemble du dispositif organise une articulation entre un accès simplifié pour les petites structures et une intégration automatisée pour les entreprises équipées de systèmes plus avancés.
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