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Mehdi Bensaïd : mon bilan de 100 jours et mes projets pour les cinq prochaines années

À l’issue de ses 100 premiers jours à la tête des départements de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, Mehdi Bensaïd revient pour Médias24 sur ses réalisations et ses projets pour les cinq prochaines années.

Mehdi Bensaïd : mon bilan de 100 jours et mes projets pour les cinq prochaines années

Le 24 janvier 2022 à 12h47

Modifié 24 janvier 2022 à 19h23

À l’issue de ses 100 premiers jours à la tête des départements de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, Mehdi Bensaïd revient pour Médias24 sur ses réalisations et ses projets pour les cinq prochaines années.

Médias24 : Pourquoi avoir choisi en particulier la galerie Bab Rouah pour votre interview ?

Mehdi Bensaïd : J’aurais aimé que notre entretien se tienne au Chellah, mais au regard du froid, nous avons opté pour cette galerie logée dans un mur historique qui est symbolique de notre patrimoine, sachant qu’il a été construit en 1197 par le sultan Yacoub Mansour avant d’être classé au patrimoine historique en 1919.

C’est en effet un choix symbolique en termes de culture, mais aussi de jeunesse, car cette galerie accueille beaucoup de jeunes artistes pour exposer leurs œuvres.

Pour moi, c’est donc un lieu pour communiquer sur notre histoire et notre identité, pour penser à notre avenir et se projeter.

– Trois ministères à gérer, ce n’est pas trop pour une seule personne ?

– Le gouvernement actuel a fait le choix d’une certaine convergence en limitant les portefeuilles, pour essayer d’aller plus vite sur certains dossiers.

– Qu’y-a-t-il de commun entre la Jeunesse, la Culture et la Communication ?

– Il y a une interconnexion flagrante entre ces trois départements qui va se renforcer durant mon mandat.

La multitude de partis dans les gouvernements précédents entraînait un manque de convergence

– Avant d’arriver au gouvernement, vous étiez très critique notamment sur l’action de votre chef actuel du gouvernement ; comment passe-t-on du statut d’opposant à celui d’allié ?

– Étant à l’époque dans l’opposition, nous étions critiques vis-à-vis d’un gouvernement, et non pas d’une personne ou d’un département ministériel.

Depuis la création de notre parti en 2009, notre principale critique portait, justement, sur l’absence de convergence et encore moins de synergie dans les gouvernements qui se sont succédé depuis 2011.

Avec une multitude de partis au gouvernement, le travail d’équipe n’était pas visible, et même s’il y a pu y avoir d’excellents ministres, il n’y avait pas de soutien des autres départements pour que chaque ministère puisse mener à bien sa tâche, notamment en ce qui concerne la culture, la jeunesse et la communication.

– Après avoir pris connaissance des réalités budgétaires, quelle différence entre le Bensaid d’avant la prise de fonction et celui d’aujourd’hui par rapport à la jeunesse, la culture et la communication ?

– Rien n’a vraiment changé, mon envie d’apporter est la même, d’autant plus qu’aujourd’hui, il y a une bonne convergence pour mettre en pratique nos idées.

Décupler chaque dirham du budget pour pallier les moyens financiers limités

– Même avec le peu de moyens financiers dont dispose votre ministère ?

– Le budget de notre ministère est ce qu’il est, mais il faut faire avec et décupler chaque dirham budgétaire.

Soit on passe notre temps à nous plaindre ou alors on se bat pour en sortir le maximum, d’autant plus que l’on peut développer des partenariats internationaux (Union européenne, États-Unis, Japon, Chine…).

Il y a aussi de l’argent à récupérer auprès des GAFA, et de la richesse à créer dans le cadre, par exemple, du gaming qui n’existe pas encore ou qui est très peu développé dans notre pays.

En effet, nous pouvons développer un marché pour que nos jeunes puissent créer des jeux, créneau très lucratif en termes financiers ou d’emplois.

Idem pour le Coding enseigné dans les écoles 1337 qui peut servir dans nos nombreuses Maisons de jeunes, et susciter des vocations dans l’ingénierie informatique chez des jeunes sans diplômes.

On peut donc développer de nombreux créneaux intéressants qui ne nécessitent pas forcément de gros moyens financiers, mais plutôt une volonté politique de connecter des compétences déjà présentes au Maroc.

Pour résumer, avant de parler de budget, utilisons d’abord notre savoir-faire.

– Après 100 jours, quel est votre diagnostic sur la culture, la communication et la jeunesse ?

– Qu’il y a beaucoup de choses à faire et à développer grâce à une simple volonté politique.

Sachant que le travail de la société civile est très intéressant, il faut l’aider en investissant, par exemple, davantage dans des fondations comme celle de Ali Zaoua qui fait un travail formidable pour les enfants.

Ainsi, l’État peut prendre exemple sur ces initiatives en essayant de dupliquer leurs actions.

C’est d’ailleurs pour cette raison que je multiplie les visites de terrain afin de percevoir les différentes richesses de notre pays, et pour m’inspirer des expériences concluantes que je suis amené à découvrir.

Tout cela permettra de concevoir une grande stratégie nationale, mais aussi de s’adapter à tous les besoins locaux qui sont souvent très différents de ceux des grandes villes.

– Est-ce que la phase du diagnostic est franchie ?

– Une première phase oui, mais au-delà du diagnostic nécessaire, il faut déterminer les besoins qui diffèrent d’une région à une autre. Pour être en mesure de les satisfaire, il faut par conséquent multiplier les échanges avec les populations concernées, jeunes et moins jeunes, sans compter les autorités locales…

Ce n’est qu’au moment où nous serons en mesure de comprendre chaque problématique locale que l’on pourra y répondre, pas uniquement en tant que département ministériel, mais aussi en mettant en place des partenariats qui permettront d’offrir un maximum de services appropriés aux besoins de notre société.

Création en cours d’une fondation réservée aux problèmes socioéconomiques des artistes

– Concrètement, qu’avez-vous accompli en trois mois ?

– En dehors du soutien apporté annuellement au théâtre, nous avons mis en place une initiative avec la SNRT pour redonner vie à la culture en amenant le théâtre à la télévision, et préparer l’après-crise sanitaire.

Nous avons donc utilisé le service public pour rapprocher le théâtre des Marocains et des Marocaines.

Nous sommes aussi en train de mettre en place une grande fondation pour les problématiques sociales liées aux artistes et à toutes les personnes qui travaillent dans le secteur de la culture.

L’objectif de cette structure, qui sera fonctionnelle dans quelques mois, est de prendre en charge tous leurs problèmes sociaux et médicaux, et de préserver leur dignité avec une mutuelle, et la possibilité de prendre un crédit à taux réduit pour acheter un logement ou pour survivre en attendant que la crise actuelle passe.

De plus, nous avons lancé plusieurs travaux pour équiper des salles publiques qui deviendront polyvalentes pour le cinéma et le théâtre. Nous en avons déjà transformé 75 sur un objectif est de 150.

Le ministère a signé une convention avec un opérateur privé qui va ouvrir 25 nouveaux complexes cinématographiques au Maroc

Sachant que le secteur privé s’est intéressé à cette dynamique, nous avons signé une convention avec un opérateur qui veut ouvrir 25 complexes cinématographiques au Maroc, avec 280 MDH d’investissements.

Cet accord, qui n’a pas encore fait l’objet d’une annonce officielle, a prévu de consacrer une partie de son chiffre d’affaires annuel à la production cinématographique, afin que le CCM ne soit plus l’unique source de nos productions nationales, et d’atteindre à terme le chiffre de 50 au lieu de 30 aujourd’hui.

– Concernant le secteur de la presse, quel modèle économique est au centre de votre vision ?

– Nous avons instauré un débat avec les professionnels pour parler du modèle économique, mais aussi et surtout pour savoir quelle presse nous voulons pour les quinze prochaines années.

À ce propos, je préfère parler d’investissement public plutôt que de soutien étatique au secteur de la presse.

– Pourquoi ?

– Parce que quand nous investissons dans une bonne presse, il y a un retour sur cet investissement.

En effet, pour combattre les fakes news qui coûtent à l’État en termes de travail de démenti, et donc de mobilisation financière, il convient d’avoir une presse de qualité, en particulier, quand notre pays est attaqué à longueur de journée par son voisin.

Notre défi sera de permettre à notre presse de s’exporter et d’être en mesure de mieux nous faire connaître dans le cadre d’un soft power efficace.

Pour y arriver, nous devons déterminer la place grandissante de la presse digitale et celle du support papier. De plus, il faut encourager la presse sérieuse.

Sachant que le mode actuel de la presse ne permet pas de gagner d’argent et que sa mission est presque assimilable à du service public, l’idée est de mettre en place un modèle économique pour équilibrer leurs comptes et être, à terme, moins dépendants de l’État qui ne devra plus représenter que 15% de leur budget.

Pour cela, il faudra lancer un grand débat sur le volet publicitaire et les GAFA, sans compter un traitement fiscal plus juste, pour les entreprises de presse qui n’ont pas beaucoup de recettes.

– Sachant que des pays européens bien plus riches ont échoué à imposer des taxes aux GAFA, pensez-vous honnêtement que votre ministère soit de taille pour y arriver ?

– L’idée n’est pas d’engager un bras de fer avec les GAFA, mais d’entamer une discussion sereine avec ces entreprises pour qu’elles deviennent des partenaires de notre pays.

S’il est vrai que notre marché publicitaire ne représente pas grand-chose pour ces géants, nous allons essayer d’engager des discussions avec eux pour accompagner notre émergence, qui peut devenir intéressante à terme au niveau financier.

– À titre personnel, vous lisez l’actualité sur un support papier ou sur un écran digital ?

– Les deux, car je reste attaché au papier, et d’ailleurs je n’arrive pas à lire des livres sur un support digital.

Cela ne m’empêche de consulter l’actualité sur la presse en ligne.

– Est-il question du lancement de nouvelles télévisions ou radios privés d’ici 2026 ?

– Je vais bientôt rencontrer des jeunes qui veulent monter des radios associatives mais, aujourd’hui, le secteur privé s’en sort plutôt bien avec plusieurs radios qui ont trouvé leur public.

Sur le volet télévision, il y a encore du travail à faire, notamment sur le pôle public entamé dans le passé.

– De nouvelles télévisions en vue ?

– Non, plutôt un travail sur les fameux cahiers des charges qui avaient créé un grand débat dans le passé, pour aboutir à un concept de fonctionnement qui ressemble davantage à notre société.

En effet, avant toute nouvelle création de télévisions privées, il faut d’abord voir si le marché publicitaire peut accepter de nouveaux entrants, à l’image de ce qui se passe dans la presse écrite.

– Vous laissez entendre que ce n’est pas le cas…

– Non, car s’il y a des volontés d’investir dans le secteur télévisuel, notre rôle sera simplement de les accompagner.

Réconcilier les professionnels du cinéma qui sont fâchés avec le CCM

– Où en est la désignation du nouveau directeur du CCM ?

– Pas encore, j’ai demandé au directeur par intérim de rester encore trois mois à son poste, le temps d’évaluer les problématiques qu’a connues le CCM par le passé.

J’espère réunir bientôt les professionnels pour recueillir leurs avis et les réconcilier avec le CCM, avec qui une partie était fâchée.

Dès le lendemain de ma nomination, j’ai en effet reçu plusieurs appels de producteurs qui n’avaient toujours pas été payés et qui m’ont fait part de problèmes structurels avec le CCM.

Avant toute nomination, je préfère prendre en considération toutes les problématiques.

– La nomination du nouveau directeur aura donc lieu en 2022 ?

– Absolument et, d’ailleurs, je pense aussi à séparer le CCM de la cinémathèque.

La cinémathèque nationale ne sera plus sous la tutelle du CCM

– Pourquoi retirer la tutelle du CCM ?

– Parce que la cinémathèque qui est la mémoire de l’histoire des archives d’images du Maroc a un rôle totalement différent de celui du Centre cinématographique qui s’occupe plus de production…

Grâce à son expertise en termes de restauration des archives nationales, elle peut devenir demain la cinémathèque de l’Afrique pour sauvegarder la mémoire cinématographique du continent.

– Sachant que les productions cinématographiques étrangères sont une manne financière largement sous-exploitée, allez-vous élargir le taux d’exemption fiscale ou augmenter les subventions publiques ?

– Oui, et c’est la raison pour laquelle nous avons permis aux producteurs étrangers de bénéficier de 30% de retail au lieu de 20% avant mon arrivée.

Si aujourd’hui, le chiffre d’affaires du secteur de la production internationale est de 100 millions de dollars (1 MMDH), dont l’État marocain rendait 20 millions de dollars, nous sommes passés à un taux de 30% pour les encourager à investir, et donc arriver rapidement à un chiffre d’affaires de 3 milliards de dirhams.

Cela nous permettra d’être plus compétitif même par rapport à des pays qui proposent un taux de 50%.

– Qu’en pense le ministère des Finances ?

– Ils sont tout à fait d’accord, car ils savent mieux que quiconque que c’est une manne financière importante pour plusieurs régions du Maroc, comme Ouarzazate, qui vivent de la production cinématographique, et d’ailleurs nous venons de signer un décret qui passera bientôt en Conseil de gouvernement.

140 nouvelles salles publiques de cinéma et de spectacle prêtes en 2024

– Comment comptez-vous honorer votre engagement de créer 140 salles de cinéma contre moins de 30 aujourd’hui, alors que c’est une prérogative du secteur privé ?

– Le ministère de la Culture et de la jeunesse dispose de nombreuses salles inutilisées qui sont en cours de rénovation pour être transformées en salles polyvalentes de cinéma, de théâtre et de concerts musicaux.

Contre un droit d’entrée symbolique de 15 à 25 dirhams, le public pourra découvrir des films, spectacles…

– Vous allez faire une sacrée concurrence aux salles privées dont le prix moyen est de 50 dirhams ?

– Absolument pas, car ces salles seront dans des villes où il n’y a pas de cinéma ou de théâtre, et parce qu’en réalité, l’État va amener la culture dans des déserts culturels.

De plus, il y a de la place pour tout le monde, car 25 complexes ou salles de cinéma, dans tout le Maroc, est un chiffre largement insuffisant, alors qu’un seul quartier parisien en contient autant, voire plus.

Notre ambition est donc de créer de la culture partout où elle manque, avec des partenaires comme le ministère de l’Éducation nationale qui réunit un vivier très important de jeunes avides de connaissance.

– Votre promesse n’a pas été assortie d’un délai ?

– Elles devraient être opérationnelles durant l’année 2024.

– Récemment, vous avez demandé la reconnaissance par l’UNESCO de la marocanité de produits comme le couscous, vous attendiez-vous à cette nouvelle polémique avec l’Algérie ?

– Sachant qu’au départ la culture est censée rapprocher les peuples, pas du tout.

Si nos relations sont excellentes avec nos voisins mauritaniens, il est malheureux que ceux de l’Est essayent de construire leur histoire aux dépens de la nôtre.

– Il y aura donc encore d’autres polémiques en perspective ?

– De notre côté, il n’y a aucune volonté de polémiquer car, avant de demander une reconnaissance internationale, nous voulons mettre en place un label national de produits typiquement marocains.

Sachant que nous avons une culture millénaire, c’est aussi une volonté de mettre en œuvre une stratégie marketing pour faire connaître à l’international notre patrimoine matériel et aussi immatériel qui, selon moi, pourrait s’avérer bien plus important que le tourisme en termes de retombés économiques.

– Si la culture a toujours été le parent pauvre des ministères marocains, ce secteur demande aussi une vision qui ne soit plus d’ordre muséographique ; quid de la création et de l’innovation culturelles ?

– Si dans le passé le ministère était pauvre en termes de budget, ce n’est plus le cas car nous sommes très riches en potentialités inexploitées jusqu’ici.

Les monuments marocains proposeront bientôt des spectacles avec des reconstitutions historiques

D’ici la fin de l’année, vous serez en effet très surpris par le nombre de partenariats budgétaires public-privé qui vont être noués.

À titre d’exemple, nous allons lancer des partenariats avec le secteur privé pour créer des spectacles vivants grandioses au Chellah, avec des habits d’époque pour les jeunes et les moins jeunes.

Idem à Volubilis où il y aura des animations avec des reconstitutions historiques pour passer de 400.000 visiteurs avant la pandémie à plus d’un million de personnes. Cela permettra de financer l’entretien de ce monument par des recettes bien plus importantes que celles qui sont allouées actuellement par l’État.

– Pourquoi vos prédécesseurs ne l’ont-ils pas fait ?

– C’est à eux qu’il faut poser la question.

Quoi qu’il en soit, je suis ravi de constater l’attrait de ces monuments pour des groupes qui veulent investir dans notre patrimoine historique.

– Un secteur qui peut s’avérer très lucratif ?

– C’est ce que je leur souhaite mais, à titre personnel, ma volonté est de faire vivre ces régions en utilisant leurs monuments, et que l’on ne soit plus obligé d’aller à l’étranger pour voir des spectacles historiques

Sachant que notre budget et notre savoir-faire sont insuffisants pour développer notre patrimoine, nous allons nouer des partenariats avec le secteur privé, car la culture est le meilleur rempart contre l’obscurantisme et est à même de créer beaucoup d’emplois et donc de richesses.

– En dehors des projets culturels initiés par les monarques du Maroc (Mosquée Hassan II, grands théâtres…), aucun des gouvernements n’a laissé le moindre monument, comptez-vous déroger à ce triste constat ?

– Nous avons en effet toujours eu des monarques visionnaires en termes de projets culturels, et je pense que notre rôle est surtout d’accompagner leur vision et d’abord d’entretenir les monuments qu’ils ont créés.

Sa Majesté nous montre la voie que nous devons suivre.

L’absence de réglementation ne permettait pas de diffuser le film de Nabil Ayouch

– Pour reprendre les termes d’un ancien ministre, y a-t-il une culture propre et une sale ?

– Absolument pas, car chacun est libre de ses coups de cœur en matière culturelle.

C’est aux 38 millions de Marocains de choisir entre le rap, l’opéra, le tarab andalou, le théâtre, le cinéma…

– Justement à titre personnel, auriez-vous censuré la sortie du film de Nabil Ayouch, Zin Li fik ?

– Ce film n’a pas été vraiment censuré pour la bonne raison que la réglementation marocaine n’a pas prévu de catégories de films interdits aux moins de 18 ans, avec des scènes violentes ou pornographiques.

– Vous y allez fort, il n’y a aucune scène pornographique dans le film en question !

– Je parle en général, car il faut prévenir le public et notamment les familles qu’un film peut contenir des scènes qui vont heurter leur sensibilité ou leurs valeurs.

Comme il n’y a pas encore une telle législation au Maroc, un homme politique ne peut pas prendre une telle décision sans poser un risque juridique.

Le ministère de la Jeunesse va créer 120 nouveaux centres de protection de l’enfance

– Que fait exactement le département de la Jeunesse dont on ne connaît pas le rôle exact ?

– Ce département a plusieurs rôles dont celui de gérer les Centres de protection de l’enfance (CPE) dans les meilleures conditions possibles.

En effet, ces enfants, qui vivaient souvent dans la rue après avoir été rejetés par leur famille, ont pour seul protecteur l’État.

S’il est évident qu’ils ne pourront jamais avoir une vie normale, en l’absence de l’amour parental, ma mission est de leur donner tous les outils pour réussir leur vie dans des structures qui soient appropriées. Pour cela, je compte créer 12 nouveaux centres de ce type.

Sachant qu’il existe aussi 300 foyers féminins qui proposaient jusqu’ici aux jeunes femmes, en échec scolaire, de suivre des formations manuelles (boulangerie, textile…), je veux mettre en place d’autres cursus, car je considère que la place d’une femme n’est pas obligatoirement dans une cuisine.

Il y aussi les Maisons de jeunes à qui on proposait des ateliers de musique, théâtre… que j’espère ouvrir aux enfants déscolarisés qui en ont peut-être plus besoin pour s’orienter vers une vie professionnelle digne.

À terme, ce ministère va créer un guichet unique avec tous les départements partenaires et mettre en place une carte jeune qui ouvrira plusieurs horizons nouveaux.

– Avez-vous prévu un budget pour créer un pass culturel qui permette aux jeunes d’acheter des livres ou d’aller au cinéma ?

– Nous y réfléchissons, mais pour l’instant nous n’avons pas encore le budget nécessaire. Cela dit, il y a déjà une gratuité dans les nombreuses bibliothèques du Royaume, dont les livres sont financés par la culture.

Aujourd’hui, notre principale priorité est de créer chez les jeunes une envie de lire, qui malheureusement est encore trop rare.

Il faut d’abord créer le cadre avant d’arriver, dans quelques années, à un tel résultat car malheureusement, pour l’instant, il n’y a pas encore de véritable marché de la lecture au Maroc.

– Pensez-vous que les réseaux sociaux, où vous êtes très actif, soient essentiels pour communiquer ?

– Avant d’être nommé ministre, j’ai toujours partagé mon actualité politique avec les gens qui trouvent un intérêt à me suivre.

En effet, si vous êtes suivi en tant qu’homme politique, c’est que c’est utile pour ceux qui acceptent de vous suivre. Les réseaux sociaux sont dans l’air du temps, et il faut par conséquent faire avec.

La future fondation pour les artistes évitera d’avoir des situations comme celle de la famille Migri

– Justement, vous avez reçu la famille Migri qui avait dû évacuer son logement après une décision de justice ; est-ce votre rôle d’entrer dans cette polémique alimentée par les réseaux sociaux ?

– S’il ne m’appartient pas de discuter une décision de justice, j’ai en effet reçu ces artistes, comme il m’arrive d’en recevoir d’autres pour essayer de résoudre leurs problèmes médicaux ou d’habitat.

En l’absence de structures appropriées pour les aider, ce rôle est pour l’instant dévolu au ministère.

– Qu’avez-vous fait de concret pour eux ?

– Je leur ai apporté un soutien moral et humain pour essayer de trouver une solution à leur problématique, mais dans quelques mois, ce rôle appartiendra à la fondation que mon département est en train de créer.

– Est-ce que la multiplication des promesses ne risque pas de vous desservir au moment du bilan final ?

– Je ne promets rien, je me contente de faire simplement ce que je dis.

Ainsi quand j’ai parlé des 150 salles de cinéma à venir, je n’ai fait cette annonce qu’après avoir rénové 75 d’entre elles.

Idem pour l’investissement de 280 millions de dirhams qui va créer 25 complexes cinématographiques au Maroc, où j’ai demandé à l’investisseur en question de ne pas l’annoncer avant de bétonner le dossier.

Enfin pour la hausse des retail aux producteurs étrangers, l’information n’a été diffusée qu’après l’accord et la signature avec le ministère des Finances, alors que j’aurai pu en parler dès le mois de novembre.

– Une question d’actualité, considérez-vous qu’une réouverture durable des frontières s’impose désormais ou pas ?

– Si personne ne s’en réjouit, il y a une réalité sanitaire qui fait passer la santé des Marocains avant toute considération, que ce soit au niveau des frontières ou de l’école.

– Vous défendez toujours la fermeture des frontières en Conseil de gouvernement ?

– Ce n’est pas mon rôle même si, à titre personnel, je suis malheureux quand des Marocains sont bloqués dans un autre pays, mais je pense qu’à un moment ou à un autre, la situation va évoluer positivement.

– Quelle recommandation du Nouveau Modèle de développement comptez-vous vous approprier ?

– Tout simplement le développement de la culture et de la jeunesse qui sont ses principaux axes.

– Étoile montante du PAM, pensez-vous continuer votre carrière politique au-delà de 2026, et si oui, comptez-vous prendre un jour la tête de votre parti, voire du gouvernement ?

– Ma seule priorité est d’être à la hauteur de ma nomination royale et de montrer que la jeune génération est capable de réussir à accompagner la vision royale.

D’ici 2026, je n’ai aucune autre ambition, car je n’ai pas droit à l’erreur…

Ci-après, l’entretien filmé de Mehdi Bensaïd dans la galerie de Bab Rouah à Rabat :

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