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PORTRAITS

Samia Chakri, la première femme chargée de moderniser la justice

Samia Chakri a rejoint le ministère de la Justice en décembre 2021. Placée à la tête de la direction de la modernisation, elle est chargée de gérer un chantier prioritaire : la digitalisation des services judiciaires. Qui est-elle ? Comment compte-t-elle s'y prendre ? Retour sur le parcours de la première femme chargée de moderniser la justice.

Samia Chakri, la première femme chargée de moderniser la justice
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Le 20 janvier 2022 à 17h00 | Modifié 20 janvier 2022 à 18h26

La première femme à la tête de la Direction des études, de la coopération et de la modernisation, au sein du ministère de la Justice, s’apprête à relever un défi de taille : celui de gérer un chantier prioritaire du département dirigé par Abdellatif Ouahbi.

Cette native de Paris, dont la famille est originaire de Taroudant, a été nommée en décembre 2021. Une prise de fonction récente, et peu de temps pour l’adaptation. Ce sont des journées rythmées que vit quotidiennement Samia Chakri qui a toujours visé une carrière dans l’informatique.

"Durant mes années d’études, j’avais comme plan de carrière de travailler dans l’informatique. C’était une évidence, même si je n’ai pas tout de suite plongé dedans", confie-t-elle à Médias24.

Avec plus de vingt-cinq ans d’expérience en management, conduite du changement, alignement stratégique des systèmes d’information et transformation digitale de l’administration, Samia Chakri a passé treize années au ministère de la Santé, cinq au ministère de l’Industrie, du commerce et de l’économie verte et numérique, puis près de deux ans au ministère des Finances avant de poser ses valises au ministère de la Justice.

Mais avant de se lancer dans "la cour des grands", Samia Chakri a suivi un parcours académique, oscillant entre le Maroc et la France.

De l'électronique biomédicale à l'ingénierie en systèmes d'information

Âgée de 18 ans, alors qu’elle était déterminée à étudier l’informatique, elle refuse de s’inscrire à l'Institut national des statistiques et d’économie appliquée (INSEA) où seule "une place en statistiques" était disponible.

"J’ai refusé et je suis partie en France, à l’Université de Nanterre, pendant une année avant de revenir au Maroc", pour étudier, cette fois… la physique-chimie à la faculté des sciences de Rabat. Elle retourne en France par la suite, pour intégrer l’Institut de technologie de Besançon où elle se spécialisera en électronique biomédicale.

Mais Samia Chakri n’abandonne pas son rêve, puisqu’à 30 ans, mariée et mère de deux enfants, elle intègre finalement l’INSEA pour étudier l’informatique. Elle en ressort quatre ans plus tard en tant qu’ingénieur analyste des systèmes d’information. Elle rejoint, en 1998, la Division des systèmes d’information du ministère de la Santé qu’elle quittera, à la suite d'une mise en disponibilité en 2001, pour rejoindre la Banque nationale de développement économique.

Elle y occupe le poste de contrôleur principal pendant une année, puis s’envole au Canada où elle enseigne l’informatique jusqu’en 2003. Cette année-là, en raison de l’état de santé de son père, Samia Chakri décide de rentrer au Maroc, et de réintègre le ministère de la Santé.

Retour au ministère de la Santé pour une décennie

Elle sera chargée de mission au cabinet du ministre de l’époque, Mohamed Cheikh Biadillah, pendant cinq années, puis chef de la Division de l’informatique et des méthodes, attachée au secrétariat général, pendant cinq autres années. C’est en 2013 que s’achève son parcours au sein du ministère de la Santé, où elle a coordonné et suivi des projets TIC (technologie de l’information et de la communication), ainsi que des programmes de coopération et de partenariat du ministère de la Santé et des entités sous sa tutelle.

Elle a également participé à la conception et à la mise en œuvre d’une organisation des systèmes d’information au niveau régional et provincial, à l’implantation d’un nouveau système d’information de gestion des ressources humaines (RH) basé sur le référentiel commun de la gestion des RH. Mais aussi à l’installation de l’infrastructure du réseau informatique au niveau des institutions et hôpitaux relevant du ministère de la Santé, pour ne citer que ceux-là.

Samia Chakri a par la suite enchaîné trois années en tant que chef de la Division de l’e-gouvernement à la Direction de l’économie numérique au sein du ministère de l’Économie verte et numérique. Puis deux années en tant que directrice par intérim de l’économie numérique.

Elle atterrit, en mars 2018, à la tête de la Direction des systèmes d’information au sein du ministère des Finances et de la réforme de l’administration, qu’elle quitte en décembre 2021 pour ce nouveau pari au sein du ministère de la Justice.

Durant toutes ces années, celle qui cultive le goût du challenge a contribué à la réforme et à la transformation digitale de l’administration en participant à l’élaboration de textes juridiques, dont le projet de loi sur l’administration numérique, ou encore la loi 61-16 relative à la création de l’Agence de développement du digital.

Samia Chakri a suivi et supervisé la mise en œuvre de la stratégie Maroc numérique 2013 et pris part, avec l’OCDE, à l’évaluation et aux propositions du chantier de la transformation digitale de l’administration publique au Maroc. Elle a également participé à l’élaboration du plan de transformation digitale de l’administration publique, ainsi qu'à la stratégie Maroc digital 2020.

Durant son passage au cabinet du ministre de la Santé, elle se dote d’un master en Management public à l'Institut supérieur de commerce et d’administration des entreprises (ISCAE), et enchaîne des formations certifiantes, en 2012 et 2015 ; la première, à Séoul sur l’e-gouvernement, et la seconde sur le leadership africain en TIC et développement de la société du savoir.

Nouveau ministère, nouveau challenge

La nomination de Samia Chakri à la tête de la Direction des études, de la coopération et de la modernisation, marque d'ores et déjà l’histoire du ministère de la Justice, car  elle est la première femme à occuper ce poste.

"C’est une ouverture du ministère sur le changement, sur un mindset différent. Je ne m’étais pas rendu compte que j’étais la première femme à occuper cette fonction. Ce n’est qu’après mon arrivée au sein de la direction qu’on me l’a fait savoir", révèle-t-elle modestement.

Dans cette direction, elle s’attend à relever des challenges et se dit prête à le faire. Plongée dans un quotidien d’action, Samia Chakri décrit avec humour ses meilleures journées comme étant celles où elle a "le temps de déjeuner".

"Chaque jour à ses projets. On ne s’ennuie pas. La pandémie a montré que nous n’avons pas le temps de prendre le temps. Nous traçons donc les routes pour accélérer les projets", indique-t-elle.

Et parmi ces projets, Samia Chakri nous parle des "quick win" dont la liste a été élaborée. Ce sont les projets à réaliser à court terme, et la priorité est indéniablement accordée aux usagers, citoyens ou entreprises.

"Il faut en premier lieu satisfaire les usagers qui se rendent dans les tribunaux pour déposer ou récupérer des documents, qui ont besoin de faire exécuter leurs jugements, de suivre l’avancement de leurs affaires, etc. Nous devons permettre à quiconque de recevoir, par exemple, le casier judiciaire sans avoir à se déplacer.

Nous devons aussi permettre à l’avocat, qui est à la fois utilisateur et auxiliaire de justice bénéficiant du système, d’envoyer un dossier par téléphone via le portail dédié. Idem pour l’huissier de justice que nous devons aider à communiquer avec les personnes chez qui il se rend.

Les adouls, experts, notaires et autres auxiliaires formant tout un écosystème sont des partenaires avec qui nous entretenons des liens forts, en plus de ceux avec qui il faut assurer un échange informationnel. Il s’agit de la police, de la gendarmerie, de la douane, etc. Il faut tous les satisfaire. C’est pourquoi nous commençons progressivement en donnant la priorité aux usagers", souligne-t-elle.

Tous ces projets ont pour objectif d'aboutir, à moyen terme, à un tribunal numérique. D'autres projets sont à réaliser sur le long terme. Il s'agit, à titre d'exemple, de la numérisation des actes notariés. Et pour y parvenir, Samia Chakri est prête à relever le défi, mais surtout à faire adhérer les parties prenantes.

"La démarche participative avec la présidence du ministère public, le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire et le ministère de la Justice est déjà en place. De plus, le ministère de la Transition numérique, la Caisse de dépôt et de gestion et l'Agence nationale de la conservation foncière, du cadastre et de la cartographie font partie du comité commun, auquel nous faisons appel lorsqu'on a besoin d'une assistance ou d'une validation,  dans le cadre des projets sur lesquels nous travaillons", précise-t-elle.

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Le 20 janvier 2022 à 17h00

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