Accélération de la croissance au Maroc : ce que propose la Banque mondiale

Dans son rapport semestriel de suivi de la politique économique de la région, la Banque mondiale a fait un focus sur les réformes structurelles que le royaume doit engager pour atteindre les objectifs du nouveau modèle de développement et passer à un nouveau palier de croissance, à même de résorber le chômage, de créer plus d’emplois et de valeur.

Accélération de la croissance au Maroc : ce que propose la Banque mondiale

Le 12 janvier 2022 à 15h04

Modifié 12 janvier 2022 à 16h39

Dans son rapport semestriel de suivi de la politique économique de la région, la Banque mondiale a fait un focus sur les réformes structurelles que le royaume doit engager pour atteindre les objectifs du nouveau modèle de développement et passer à un nouveau palier de croissance, à même de résorber le chômage, de créer plus d’emplois et de valeur.

Ce rapport, dont les travaux ont été clôturés fin novembre 2021, fait d’abord un point sur la conjoncture actuelle et émet des prévisions sur l’année 2022. La Banque mondiale estime ainsi que le Maroc est entré dans une phase de forte accélération. L’institution cite une croissance de 5,3% en 2021, sur la base des prévisions de l’automne dernier. Cette prévision a été révisée à la hausse et elle est aujourd’hui de 6,5 à 6,9%, ce qui ne change rien à l’analyse, au contraire.

L’année 2021 a pu résorber le choc de 2020. Cette performance exceptionnelle, comme la qualifie la Banque mondiale, est due à la gestion réussie par le pays de la pandémie.

« Le Maroc est en pleine troisième vague, mais ses indicateurs sanitaires restent meilleurs que dans la plupart des pays de son entourage et dans la moyenne mondiale. À l’échelle internationale, le Maroc se distingue pour avoir été particulièrement strict en termes de distanciation sociale et pour le succès de sa campagne vaccinale. Le « stringency index » (indice élaboré par l’université d’Oxford pour mesurer le niveau de restrictions appliqué par les pays, ndlr) du Maroc est comparativement élevé, ainsi que l’état d’avancement de sa campagne vaccinale, deux facteurs qui contribuent à expliquer la reprise de l’économie marocaine », signale Javier Diaz Cassou, économiste principal de la Banque mondiale pour le Maroc, dans une table ronde organisée ce mercredi 12 janvier à Rabat.

Autre facteur de cette forte croissance de 2021 : la campagne agricole. « Les chocs sur la production agricole liés à la pluviométrie ont amplifié aussi bien la récession en 2020 que la reprise en 2022. Les oscillations ont été ainsi plus fortes que dans la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord, ndlr), aussi bien dans la récession que dans le rebond. Cela s’explique surtout par le choc agricole de 2020, qui a été suivi en 2021 par une année agricole exceptionnelle », explique l’économiste de la Banque mondiale.

Une prévision de croissance de 3,2% pour 2022

Mais cette reprise ne se fait pas selon lui en toute harmonie, puisqu’elle demeure « asymétrique » avec certains secteurs encore lourdement affectés. Il cite l’exemple du tourisme qui ne s’est pas encore relevé des effets de la pandémie. Ou encore le secteur tertiaire et les secteurs exportateurs de services, qui « peinent encore à retrouver leur niveau pré pandémie ».

Côté équilibres macroéconomiques, l’économiste de la Banque mondiale note que le Maroc a su bien gérer le déficit budgétaire, qui devrait baisser à 5,9% en 2021.

« La situation des finances publiques est en train de s’assainir, avec un niveau d’endettement relativement élevé (80%), mais soutenable parce que sa structure est solide. Une reprise marquée des recettes publiques permet au gouvernement de réduire son déficit budgétaire, les autorités s’étant principalement appuyées sur les marchés intérieurs pour couvrir leurs besoins de financement », souligne l’économiste de la Banque mondiale.

Cela étant dit, l’autre déficit, celui du compte courant qui a connu une amélioration en 2020 grâce notamment à la baisse des importations et des coûts du pétrole, se dissipe, note Javier Diaz Cassou.

« Le déficit commercial et du compte courant se creusent à nouveau. La hausse des prix de l’énergie et l’effondrement des recettes touristiques ont eu des effets ayant dépassé les entrées supplémentaires générées par la bonne performance des exportations manufacturières et des envois de fonds des travailleurs, entraînant une augmentation du déficit du compte courant du pays. Mais le niveau confortable de réserves de change et la résilience des transferts des MRE démontre l’absence de pression sur la balance des paiements », souligne-t-il.

Pour 2022, la Banque mondiale prévoit ainsi un taux de croissance de 3,2% pour le Maroc. Une sorte de retour à la normale après une année de rebond. « C’est une prévision proche de celles émises par les institutions marocaines et de la moyenne de la croissance prévue dans la région », note l’économiste de la Banque mondiale.

Les freins actuels à une forte croissance

Voilà côté conjoncturel. Côté structurel, la Banque mondiale a fait un exercice d’analyse très poussé pour challenger les objectifs du nouveau modèle de développement, notamment ceux liés à la croissance et à la création d’emploi.

Ce modèle, on le sait, vise à faire passer le Maroc à un nouveau palier de croissance, à hauteur de 6% en moyenne d’ici 2035. Comment y parvenir et quelles sont les réformes à entreprendre pour y arriver : telles sont les deux questions soulevées par les économistes de la Banque mondiale dans cet exercice.

Un travail qui s’est basé, selon l’économiste principal de la Banque mondiale pour le Maroc, sur différentes approches : l’analyse et la décomposition de la croissance du PIB au Maroc (identification de contraintes), la comparaison avec benchmarks aspirationnels (pays qui doublent le PIB par habitant du Maroc actuel), l’analyse des épisodes historiques de haute croissance dans l’économie mondiale… Le tout avec des exercices de simulations qui permettent de voir quels sont les facteurs qui peuvent permettre d’accélérer le rythme de croissance et de création d’emploi.

Et le principal diagnostic qui ressort de cet exercice, c’est que le Maroc s’appuie pour l’instant sur le mauvais levier pour passer à un nouveau palier de croissance.

« Pendant le XXIe siècle, le Maroc a réalisé une croissance de 127% de son PIB (de 2000 à 2019), dépassant la région MENA en termes de croissance. Mais les résultats sont plus mitigés si l’on compare avec l’ensemble des pays à revenus intermédiaires. L’accumulation de capital a constitué le principal moteur de cette croissance, contrastant avec une faible contribution du capital humain et de la productivité. Cette croissance du Maroc est due essentiellement à l’investissement public. Le taux d’investissement au Maroc est de 30%, il explique plus de la moitié de la croissance réalisée. En revanche, la productivité des facteurs en apporte moins d’un quart, ce qui est très faible. Et il y a une tendance à une réduction de ce facteur dans la contribution à la croissance. C’est un développement préoccupant. Car la productivité des facteurs est le principal déterminant de la croissance à long terme pour un pays », explique Javier Diaz Cassou.

Autre facteur qui ne permet pas encore au Maroc d’entrer dans la cour des pays à forte croissance : la faiblesse du capital humain et des compétences, selon l’économiste de la Banque mondiale.

« Le capital humain contribue à hauteur de 25% à la croissance, ce qui est bas, surtout quand on sait que le Maroc est en pleine transition démographique. Cela montre la difficulté d’inclure les jeunes et les femmes dans le marché du travail », ajoute-t-il.

Doubler de rythme de croissance n’est pourtant pas impossible. Plusieurs pays l’ont fait avant le Maroc et il n’est pas tard pour le Royaume, note l’économiste, pour passer à la vitesse supérieure.

« Les épisodes d’accélération de la croissance permettant de doubler le PIB par habitant en 13 ans ont été rares, mais non sans précédent à l’échelle internationale. Au total, 40 pays ont connu au moins un épisode de haute croissance entre 1980 et 2020. Mais il y a de grandes différences dans la durabilité de ces épisodes, avec 20 pays concentrant 87% des cas », signale Javier Diaz Cassou.

Le Maroc pourrait donc y arriver, mais de manière plus difficile que les pays du Benchmark pris par la Banque mondiale, dont le modèle économique n’est pas basé sur l’exploitation de ressources naturelles (Albanie, Bosnie Herzégovine, Brésil, Colombie, Macédoine du Nord). En cause : le point de départ du Maroc par rapport à ces pays là.

« Le niveau actuel du PIB par habitant au Maroc est sensiblement plus élevé (presque le double) que celui d’où sont partis la plupart des pays ayant connu un épisode de haute croissance C’est un problème, car plus on a un PIB par habitant élevé, plus on a des difficultés à accélérer cette croissance. C’est ce que l’on appelle le piège du revenu intermédiaire », signale l’économiste.

Améliorer la productivité des facteurs : la solution en or pour doubler la croissance du PIB

« La plupart des épisodes de haute croissance sont associés à une transition vers une économie de marché, la fin d’un conflit armé, un boom des matières premières, un processus de transition structurelle (cas d’étude présentés dans le rapport : Bangladesh, Inde, Indonésie, Panama) ou une réallocation des facteurs de production vers des secteurs à forte productivité, ce que nous n’avons pas encore vu dans le cas du Maroc. Pour déclencher un épisode de haute croissance, il faudra renforcer les secteurs à plus forte valeur ajoutée », tranche Javier Diaz Cassou.

« À l’avenir, l’économie marocaine devra diversifier ses sources de croissance pour continuer à créer des emplois et à réduire la pauvreté. Le nouveau modèle de développement (NMD) prévoit notamment la mise en œuvre de réformes à grande échelle visant à dynamiser l’investissement privé, à stimuler l’innovation, à inclure les femmes sur le marché du travail et à augmenter le capital humain », a déclaré Jesko Hentschel, directeur des opérations pour le Maghreb à la Banque mondiale.

Ces leviers cités par M. Hentschel sont justement les facteurs les plus impactants pour le futur de la croissance au Maroc, selon les simulations faites par les économistes de la Banque mondiale.

L’institution s’est basée pour cela sur quatre scénarios :

1- La croissance moyenne du capital fixe converge vers la moyenne des épisodes de haute croissance.

2- La croissance de la productivité converge vers la moyenne des épisodes de haute croissance.

3- La participation des femmes dans le marché du travail atteint les objectifs du NMD.

4- La croissance du niveau éducatif par travailleur s’accélère de 10%.

Résultat des courses selon l’économiste principal pour le Maroc de la Banque mondiale :

« Le facteur le plus important pour accélérer la croissance du pays, c’est l’amélioration de la productivité. Une accélération vers la moyenne des pays à revenu intermédiaire peut augmenter la croissance du pays de 2 points », estime-t-il.

Les exercices de simulation suggèrent ainsi de manière générale que pour atteindre les ambitions du NMD, le Maroc doit diversifier les sources de sa croissance économique.

« La croissance augmente de 2 points de PIB par an dans le scénario de gains de productivité, et l’inclusion des femmes dans le marché du travail pourrait augmenter la croissance de 1,3 point par an. Dans les scénarios 3 et 4, le Maroc atteint une croissance qui serait suffisante pour doubler le PIB par habitant en 2035. Et une combinaison de toutes ces mesures pourrait augmenter le niveau de croissance à un niveau très élevé. Mais pour matérialiser ces efforts, il faut que les réformes entreprises aient une ampleur importante », souligne Javier Diaz Cassou.

Programme gouvernemental : « une vision plus mitigée »

À notre question de savoir si le programme gouvernemental actuel, marqué par une forte empreinte keynésienne et qui s’écarte un peu de ces pistes recommandées, converge vers ces objectifs, l’économiste principal de la Banque mondiale pour le Maroc dit qu’il a « une vision plus mitigée ».

« Le gouvernement essaie de ne pas enlever le stimulus budgétaire introduit avec la crise. C’est quelque chose que la plupart des pays essaient de faire. Retirer tôt ce stimulus pourrait ralentir la reprise. Les années à venir vont être délicates, car il faut trouver le bon rythme pour consolider les équilibres budgétaires sans affecter la reprise. Ceci dit, je pense que dans le programme du gouvernement, il y a beaucoup d’annonces qui vont dans le sens des réformes structurelles qui touchent à l’offre. Je crois qu’il y a un alignement entre le NMD et le programme du gouvernement, notamment les efforts pour augmenter le niveau des emplois et booster la croissance en travaillant sur les problèmes d’inclusion qui limitent la croissance au Maroc. Il y a à mon avis une combinaison d’approches : une approche keynésienne d’appui budgétaire, mais aussi des mesures agissant sur l’offre qui sont portées pour l’instant par des messages… », nous répond-t-il.

Lien vers le rapport : Rapport de suivi de la situation économique au Maroc de la Banque mondiale, Automne 2021 : de la reprise à l’accélération

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