Usage légal du cannabis : les défis de l'investissement dans l'amont de la filière chanvre textile
Antimicrobien, ultra-résistant et écologique, le tissu à base de chanvre présente de multiples avantages. Face aux formidables opportunités pour le secteur textile national, le défi principal est d’arriver à investir dans l’amont de cette filière sur le sol marocain.
Alors que l’usage légal du cannabis est en bonne voie, avec la mise en place de l’Agence nationale de régulation, l’Association marocaine de l’industrie du textile et habillement (AMITH) espère créer une filière 100% marocaine de l’amont jusqu’à l’aval pour le chanvre textile qui présente de grandes opportunités, mais aussi des défis à relever.
Quand il est question d’usage industriel, et notamment dans le secteur du textile, on parle de chanvre et non de cannabis. En effet, le chanvre est une variété de plante de l'espèce Cannabis Sativa qui est dépourvue ou a une très faible teneur (- 0,2%) de la molécule psychotrope THC, qui caractérise le cannabis.
L’utilisation du chanvre dans le textile n’est pas nouvelle. L’AMITH indique qu’en 1875, plus de 75% du textile mondial était à base de chanvre. Avec la légalisation au Maroc de l’usage du cannabis à des fins médicales, industrielles et cosmétiques, l'objectif est d’en faire un vecteur de croissance.
Les difficultés d'investissement dans l'amont de la filière
Contacté par Médias24, le président de l’AMITH, Mohammed Boubouh, nous confirme le grand engouement suscité par les opportunités que va ouvrir la légalisation de cette filière aux industriels marocains.
"Il y a un grand débat et un grand intérêt parmi les industriels, mais nous attendons toujours les décrets d’application ainsi que l’opérationnalisation de l’agence de régulation pour y voir plus clair", précise-t-il.
Le principal défi pour Mohammed Boubouh est de créer l’amont de la filière, et notamment passer de la plante au tissu. Or comme il nous l’explique, "l’amont textile est fortement capitalistique et énergivore". Il s’attend donc à l'instauration de subventions étatiques pour encourager l’investissement dans ce secteur.
Le président de l’AMITH rappelle que le foncier industriel, une autre problématique commune à toutes les industries, reste l’un des principaux freins à l’investissement au Maroc.
Il espère aussi que le Maroc pourra former des compétences techniques pour cette industrie, "car avec le temps cette expertise a malheureusement été perdue".
"Au niveau de la formation, nos ingénieurs de demain seront formés à la fibre de chanvre. Nous sommes en train de travailler sur la création d’une nouvelle filière sur les textiles techniques, qui va comprendre le traitement de fibres comme celle du chanvre", rassure pour sa part Omar Cherkaoui, directeur de la Recherche et Développement au sein de l’École supérieure de l’industrie du textile et de l’habillement (ESITH), joint par Médias24.
"Nous savons que l’AMITH, dans sa vision à l’horizon de 2035, a érigé le chanvre comme axe de développement. À l’ESITH nous sommes à l’écoute du secteur, nous sommes d’ailleurs en train de mettre en place une structure de recherche sur cette fibre. Nous travaillerons notamment sur l’optimisation du traitement à moindre coût, et tenterons de relever les défis pour que ce soit transféré à l’industrie et exploité à grande échelle", ajoute-t-il.
Des propriétés très recherchées qui ouvrent de grandes opportunités
Les industriels du textile ont raison de placer beaucoup d’espoir dans cette fibre végétale, d'après Omar Cherkaoui. Ce tissu a en effet la particularité d’être naturellement antimicrobien, alors que d’autres tissus nécessitent d’être traités pour acquérir cette propriété. Il est aussi très résistant, ce qui le rend particulièrement adapté pour le secteur du textile technique, où la robustesse est recherchée et où le toucher n’est pas une priorité.
Car si le chanvre n’est traité que mécaniquement, il peut présenter une forme de rigidité, qui constitue un inconvénient pour l'habillement. Mais de nouveaux procédés, qui incluent un traitement chimique et enzymatique, permettent d’adoucir le tissu, ce qui le rend parfaitement adapté pour la fabrication de vêtements, comme nous l’explique Omar Cherkaoui.
Le potentiel est donc considérable, d’autant plus que la culture du chanvre présente d’autres avantages. C’est une culture rapide, qui ne nécessite que deux mois, et qui peut très bien s’insérer avec d’autres cultures sur la même surface.
Elle est aussi écologique, car elle nécessite très peu d’eau, alors que sa principale concurrente, la culture du coton, a la réputation d’être une grande consommatrice d'eau.
De plus, elle ne nécessite pas de pesticides, car la fibre est protégée au sein de la tige, d’après notre expert. Mais cet avantage masque un inconvénient, car comme pour le lin, le fait que la fibre ne soit pas facilement accessible exige un traitement spécial pour l’extraire. Mise à part cette étape, le tissu passe par les mêmes procédés de fabrication que le coton.
À découvrir
à lire aussi

Article : Bilan de fin de saison. Fortunes diverses, mais dynamique positive pour les internationaux marocains
Alors que la majorité des championnats touchent à leur fin, les internationaux marocains ont pour la plupart signé des saisons de haute volée. Un constat qui s’applique également à ceux qui n’ont rien gagné, mais dont les prestations ont été unanimement saluées. De bon augure en perspective du Mondial 2026.

Article : Criquets pèlerins aux portes du Souss : quel risque pour l'agriculture ?
Ils sont jaunes, parfois rosâtres, et inquiètent les agriculteurs du Souss. Des criquets pèlerins ont été observés à proximité des champs agricoles de Chtouka Aït Baha. Voici ce qu'il faut savoir sur la situation.

Article : En 2025, l’aggravation du déficit extérieur en biens et services retire 3,8 points à la croissance
Au-delà de la sécheresse, la croissance au Maroc est aussi affaiblie par une fuite importante de la demande vers les importations. En 2024, le solde extérieur a retiré 2,5 points à la croissance. En 2025, selon nos calculs, cette perte atteint 3,8 points. Une partie de l’effort d’investissement et de consommation se transforme ainsi en production étrangère, plutôt qu’en valeur ajoutée locale.

Article : Et si on regardait la Bourse de Casablanca hors minières ? Ce que les minières changent dans la lecture du marché
Avec plus de 11% du MASI et une contribution de +656 points de base depuis le début de l’année, les minières prennent une place centrale dans les mouvements de la Bourse de Casablanca.

Article : SkyStriker : le drone “précis, silencieux et mortel” rejoint l’arsenal des FAR
Précis, silencieux et dopé à l'intelligence artificielle, ce nouveau vecteur de frappe à bas coût renforce considérablement la résilience et la réactivité du dispositif de défense marocain.

Article : GST Rabat-Salé-Kénitra : un budget de 1,8 milliard de DH en 2026, le CHU Ibn Sina au cœur des investissements
Un budget 2026 estimé à plus de 1,8 milliard de DH traduisant l’ampleur des investissements engagés dans la région Rabat-Salé-Kénitra, un démarrage progressif du CHU Ibn Sina prévu en deux phases avec une montée en charge, et une feuille de route sanitaire qui vise à réduire les disparités territoriales et à renforcer l’offre de soins.


