Visegrád-Maroc : un rapprochement potentiellement fructueux pour le dossier du Sahara

Au lendemain d’une réunion à Budapest entre le ministre des Affaires étrangères marocain et ses homologues hongrois, tchèque, slovaque et polonais du groupe Visegrád 4, Médias24 a interrogé un diplomate sur ce rapprochement inédit. Au-delà des échanges commerciaux, il est question de les inciter à suivre l’exemple de Washington pour la reconnaissance de la marocanité du Sahara.

Visegrád-Maroc : un rapprochement potentiellement fructueux pour le dossier du Sahara

Le 8 décembre 2021 à 18h15

Modifié 8 décembre 2021 à 18h31

Au lendemain d’une réunion à Budapest entre le ministre des Affaires étrangères marocain et ses homologues hongrois, tchèque, slovaque et polonais du groupe Visegrád 4, Médias24 a interrogé un diplomate sur ce rapprochement inédit. Au-delà des échanges commerciaux, il est question de les inciter à suivre l’exemple de Washington pour la reconnaissance de la marocanité du Sahara.

Sachant que le Maroc est en froid avec l’Espagne et l’Allemagne et que son allié français n’a pas (encore ?) suivi l’exemple américain, son récent rapprochement inédit avec quatre pays d’Europe de l’Est donne l’impression de vouloir créer une brèche au sein de l’Union européenne.

« Un rapprochement inédit qui signe le début d’une longue partie d’échecs »

Sollicité par Médias24, un diplomate en poste dans un des pays de l’Europe de l’Est répond qu’il ne faut pas se montrer impatient. La diplomatie est à l’image d’un jeu d’échecs où chaque coup joué aujourd’hui détermine l’issue de la partie qui aura lieu dans quelques années.

« Si en diplomatie, on ne dévoile jamais les véritables raisons d’un déplacement, il est cependant évident que cette finalité, même si elle n’a pas été au menu des discussions entre les cinq ministres des Affaires étrangères, s’inscrit dans la stratégie diplomatique à moyen ou long termes du ministre marocain.

« En effet, cette diversification de nos relations diplomatiques avec la moitié de l’Europe centrale et de l’Est s’inscrit dans une logique d’équilibrage avec les alliés traditionnels du Nord, à savoir la France et l’Espagne. »

« Une diversification des relations européennes qui sera utile pour sortir de la dépendance avec les soutiens traditionnels du Maroc »

« L’intention du Maroc n’est pas de neutraliser un bloc européen au détriment d’un autre mais, bien au contraire, de renforcer sa position à l’international ; car aujourd’hui ce sont les relations multilatérales, et non plus bilatérales, qui priment, pour pouvoir jouer sur tous les tableaux et ne plus dépendre d’un seul partenaire.

« Ce rapprochement est donc un équilibrage de bon augure des relations diplomatiques, mais il faut être patient et ne pas s’attendre à des résultats immédiats », explique notre interlocuteur qui se félicite de ce pas déterminant qui contribuera à clôturer à terme le dossier de la cause sacrée du Maroc.

Sachant que les adversaires du Maroc tâcheront d’initier un rapprochement similaire avec ces mêmes pays, c’est un jeu de patience où il s’agit de construire progressivement avec des résultats qui viendront plus tard.

« Le Maroc veut se positionner comme la porte d’entrée essentielle du continent africain pour ses nouveaux alliés investisseurs d’Europe centrale et de l’Est »

« Ce qui est sûr, c’est que le Maroc a décidé d’accomplir un pas stratégique qui va dans le sens du nouveau rôle qu’il construit doucement, mais sûrement, à l’échelle internationale, mais aussi et surtout régionale.

« En effet, les observateurs n’ont pas manqué de remarquer que Bourita s’est exprimé en mettant en avant l’Afrique, en affirmant que l’Occident la voit souvent comme une source de problèmes, alors qu’il faut d’abord la voir comme une terre d’opportunités à l’image du Royaume qui a été précurseur en termes d’investissements.

« En d’autres termes, cette déclaration qui n’est pas anodine a clairement positionné le Maroc comme un gateway (porte d’entrée) indispensable au continent africain pour tous les investisseurs de ces quatre pays », précise notre diplomate en rappelant que le Maroc est le premier investisseur en Afrique de l’Ouest.

« Ce rapprochement est d’autant plus important que ces quatre pays n’ont pas de véritable présence économique et commerciale sur le continent africain, et que c’est à partir du Maroc qu’ils pourront établir une base pour exporter, avec l’aide des opérateurs marocains présents sur le continent qui leur amèneront leur expertise », avance notre source pour qui le redéploiement diplomatique du Maroc sera gagnant-gagnant.

« Des pays démembrés plus sensibles à l’intégrité territoriale du Maroc »

Sur l’historique des prises de position de la Hongrie, Slovaquie, Tchéquie et Pologne vis-à-vis à la cause nationale, notre diplomate souligne qu’il faut différencier deux époques, à savoir celle du bloc de l’Est, puis celle de la chute du mur de Berlin où ces ex- pays communistes ont tous révisé leur position sur le dossier du Sahara marocain.

Selon lui, le fait que ces quatre pays d’Europe centrale et de l’Est aient presque tous été démembrés après la Deuxième Guerre mondiale leur permettra plus qu’à d’autres de se mettre à la place du Maroc.

En effet, à la suite des deux conflits mondiaux, puis de la guerre froide, ces pays se sont retrouvés avec de nouvelles frontières imposées par l’URSS qui les a dépossédés de leur intégrité territoriale historique.

Ayant subi un nouveau découpage forcé qui les a spoliés d’une partie de leur territoire, ils seront par conséquent beaucoup plus sensibles aux thèses nationalistes du Maroc, et plus à même de comprendre l’argumentaire historique et juridique de notre pays sur son unité et intégrité territoriale.

« Le groupe Visegrád n’a pas balkanisé d’autres pays colonisés »

« De plus, sachant que ces États-nations se sont construits sur la base des anciens empires coloniaux (France, Angleterre, Russie, Ottomans…), il n’est pas anodin de parler de balkanisation des régions.

« Cette sensibilité à l’égard du Maroc est d’autant plus vraie quand on sait que ces quatre pays n’ont pas été impliqués dans la colonisation du Maroc, contrairement à la France ou l’Espagne.

« Cette absence de passé colonisateur exclut toute culpabilité historique vis-à-vis du Maroc », explique le diplomate en précisant qu’il est plus aisé d’avoir une relation politique saine avec ces pays.

« Convaincre de la justesse de la cause nationale pour faire sauter le pas »

« À terme, il n’est donc pas exclu que ce bloc de quatre pays puisse prendre de vitesse les alliés européens traditionnels du Maroc qui rechignent encore à reconnaître la marocanité du Sahara.

« En effet, sachant que le Maroc a déjà obtenu de ces pays une position de neutralité et de soutien à sa proposition d’autonomie, la prochaine étape sera de les convaincre de la justesse de la cause nationale.

« Si la décision de reconnaître notre intégrité territoriale est souveraine, le Maroc est en train d’initier un travail de persuasion diplomatique qui nécessitera beaucoup de patience avant la saison des moissons.

« Avant d’en arriver là, il faudra donc renforcer nos alliances diplomatiques et les partenariats économiques avec ces pays, dont la voix compte de plus en plus en Europe », conclut notre source pour qui le pire en diplomatie est d’opter pour la politique de la chaise vide.

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