Enquête PNEA : les chiffres choc du niveau inquiétant de l’enseignement public

Ce mardi 30 novembre, le Conseil supérieur de l'éducation, de la formation et de la recherche scientifique a dévoilé les résultats de son enquête relative au Programme national d'évaluation des acquis des élèves.

Enquête PNEA : les chiffres choc du niveau inquiétant de l’enseignement public

Le 30 novembre 2021 à 13h17

Modifié 30 novembre 2021 à 18h27

Ce mardi 30 novembre, le Conseil supérieur de l'éducation, de la formation et de la recherche scientifique a dévoilé les résultats de son enquête relative au Programme national d'évaluation des acquis des élèves.

Les résultats de cette enquête PNEA (Programme national d’évaluation des acquis des élèves) confirment deux choses : le niveau très peu satisfaisant de l’enseignement public et l’écart énorme de niveau entre le public et le privé ; et la nécessité, si besoin était, de la réforme radicale de l’enseignement.

 

L’évaluation des apprentissages est le moyen le plus fidèle de mesurer si un enseignement a atteint ses objectifs.

Cette enquête PNEA a été réalisée en 2019, soit avant la pandémie de Covid-19. Selon le Conseil, cette crise a eu un effet considérable sur le niveau des élèves. Autrement dit, elle a aggravé la situation.

L’étude a porté sur les apprentissages de 36.808 élèves, dans les milieux rural et urbain, dans le public et le privé, et dans les écoles communales. Ces élèves sont répartis comme suit : 18.025 élèves en 6e année primaire, distribués sur 600 établissements, et 18.883 élèves en 3e année secondaire collégiale, distribués sur 550 établissements.

L’évaluation des élèves du primaire a concerné quatre matières : arabe, français, mathématiques et SVT. Pour ceux de la 3e année collège, elle a porté sur cinq matières : arabe, français, mathématiques, SVT et physique-chimie.

Les résultats concernant l’écart entre le public et le privé sont accablants. Ils confirment le diagnostic de l’école marocaine, où le niveau des apprentissages est très faible. Ci-dessous, « le niveau satisfaisant » est celui des élèves ayant reçu entre 80% et 100%.

Voici quelques exemples :

  • En fin de collège, seuls 9% des élèves du public ont un niveau satisfaisant en langue arabe.
  • Quelle que soit la matière principale (mathématiques, arabe, français, SVT, physique-chimie), seuls 8 à 9% des élèves de l’école publique ont un niveau satisfaisant, contre une moyenne de 50% dans l’école privée.
  • Les écarts sont très élevés au primaire et se creusent au collège.
  • Les écarts entre rural et urbain sont minimes au regard des écarts public-privé, notamment en langue française. Selon le Conseil, cet écart ne peut être attribué seulement à l’importance qu’accordent les écoles privées à l’enseignement du français, car même en arabe l’écart reste élevé.
  • Concernant le genre, les filles restent nettement plus performantes que les garçons dans pratiquement toutes les matières.
  • L’écart entre le public et le privé montre toute l’ampleur du défi éducatif et du chantier de la réforme de l’enseignement.

L’écart entre le public et le privé représente en moyenne l’équivalent de 4 années de scolarisation. Autrement dit, un collégien de 3e année dans le secteur public a en moyenne le niveau d’un élève de 5e année primaire dans le privé.

Les autres enseignements que l’on retire de l’enquête concernent le niveau moyen extrêmement faible de l’enseignement public, mais aussi, dans la partie analytique du rapport, les déterminants de ces apprentissages, qui sont multifactoriels :

  • L’importance du préscolaire.
  • L’importance de l’accompagnement précoce des élèves, notamment par le soutien scolaire. Un des facteurs les plus annonciateurs de l’échec scolaire dans le collège est le redoublement antérieur. L’accumulation des lacunes fait baisser le niveau et augmente le risque d’échec scolaire.
  • La compétence des enseignants et leur expérience sont des éléments déterminants dans le niveau d’apprentissage. Il en va de même des pratiques pédagogiques. Ceci conforte l’idée que l’enseignement est un métier d’expertise, qui nécessite d’investir dans la formation initiale et la formation continue.

Selon le Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique (CSEFRS), « les résultats du PNEA laissent croire que la formation continue des enseignants n’a pas un grand impact sur le niveau des élèves. Cela pourrait s’expliquer par sa faiblesse, son inadéquation, et par le fait que très peu de formations sont organisées au profit des enseignants. Dans les rapports internationaux, l’importance de la formation continue a toujours été démontrée ».

  • Les infrastructures et les conditions de travail, le milieu social, l’environnement scolaire, l’établissement scolaire, les équipements, le rôle du directeur de l’établissement et son ancienneté sont d’autres éléments déterminants dans la qualité finale de l’apprentissage.
  • Le Conseil pointe également le faible niveau dans les écoles communales, qui doit être largement amélioré.
  • L’intégration des outils digitaux dans l’apprentissage s’avère nécessaire.

Un expert international sollicité par Médias24 cite l’exemple de l’Allemagne : les Allemands avaient en effet parlé d’un « PISA-shock » suite à la publication, en 2002, des chiffres de l’enquête internationale PISA sur le niveau des apprentissages dans plusieurs pays. Notre expert estime qu’au Maroc, il faut également parler d’un choc PNEA.

Au Maroc, selon des sources proches de l’Éducation nationale, ces chiffres confortent et légitiment la réforme. Ils imposent une mobilisation générale.

Notons que le prochain rapport PNEA sera publié en 2024.

Cliquez ICI pour consulter la totalité du rapport.

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