Le futur statut des artistes permettra de créer à terme une industrie de la culture (Mehdi Bensaïd)

Depuis l’avènement de la crise en 2020, les conditions de vie des artistes n’ont cessé de se détériorer. Un constat qui a incité le ministre de la Culture à mettre en place un statut juridique qui leur permettra de vivre décemment, mais aussi et surtout de créer un cadre pour que la culture devienne une industrie à part entière.

Le futur statut des artistes permettra de créer à terme une industrie de la culture (Mehdi Bensaïd)

Le 16 novembre 2021 à 19h15

Modifié 16 novembre 2021 à 23h51

Depuis l’avènement de la crise en 2020, les conditions de vie des artistes n’ont cessé de se détériorer. Un constat qui a incité le ministre de la Culture à mettre en place un statut juridique qui leur permettra de vivre décemment, mais aussi et surtout de créer un cadre pour que la culture devienne une industrie à part entière.

Après la récente annonce au parlement de Fouzi Lekjaa, ministre délégué chargé du Budget, sur l’élaboration en cours d’un plan spécifique destiné à conférer aux artistes un statut particulier, Médias24 a contacté son collègue Mehdi Bensaid pour l’interroger sur les mesures envisagées, ou du moins sur les pistes étudiées.

Très réactif, le ministre de la Culture nous a confirmé que son département œuvrait à mettre en œuvre un format prenant en compte toutes les problématiques sociales auxquelles les artistes sont confrontés, ainsi que les moyens d’y apporter des solutions définitives.

Une assurance médicale complémentaire à l’étude, pour la communauté des artistes

Pour cela, plusieurs pistes sont explorées comme la création à terme, pour les artistes porteurs d’une carte professionnelle, d’une mutuelle communautaire qui compléterait à 100% la prise en charge médicale, dans le cadre du projet royal sur la généralisation de la protection sociale à toute la population du Maroc.

Sur les sources de financement de cette assurance médicale complémentaire, Bensaïd préfère temporiser en nous invitant à attendre que les études et le benchmark soient achevés.

« À ce stade, il est difficile de se prononcer car nous devons d’abord étudier nos possibilités budgétaires, avant de chercher des partenaires qui puissent nous accompagner et trouver des solutions de financement relatives à la problématique sociale des artistes.

En fait, que ce soit avec l’aide du ministère de la Santé, des fondations ou du secteur privé, la finalité principale de notre projet est de défendre la dignité des artistes.

« En dehors de notre propre financement, il faudra certainement inclure d’autres départements ministériels (Santé…), ainsi que la participation d’autres partenaires publics (régions…) ou privés (fondations…) », envisage le ministre avec optimisme.

« Malgré certaines critiques infondées, la carte d’artiste est nécessaire pour travailler »

Sur les violentes critiques de certains détenteurs et détracteurs de la carte d’artiste qui n’aurait en réalité aucune véritable utilité socio-économique, le ministre répond qu’elle a au moins eu le mérite de recenser précisément tous les artistes du royaume.

« Être reconnu par l’administration est très important, car cette carte ouvre la porte pour jouer dans une pièce de théâtre pour les comédiens et tourner dans un film ou alors une série télévisée pour les acteurs.

D’ailleurs, ce document administratif est également requis pour que les artistes chanteurs puissent réclamer leurs droits d’auteur », nous explique le ministre.

Sur l’absence actuelle de versement d’une indemnité aux nombreux artistes qui ont beaucoup souffert depuis mars 2020, et dont certains se sont même retrouvés avec leurs familles à la rue, Bensaïd a rappelé que son prédécesseur avait été en mesure de leur verser un soutien financier mensuel grâce à cette carte qui les recense.

« Plus de 30 millions de dirhams alloués pour financer toutes les dispositions du futur statut qui sera prêt courant décembre »

« Afin d’aller de l’avant, nous allons mettre en place un nouveau format pour mieux protéger nos artistes, dont une grande partie est confrontée à des problématiques d’ordre social comme la santé pour leur famille, l’éducation de leurs enfants, le droit au logement et bien d’autres difficultés financières… »

Ainsi, sur l’enveloppe budgétaire qui sera allouée pour financer son ambitieux chantier et sur le délai nécessaire de conception, le ministre fait une estimation provisoire d’au moins 30 millions de dirhams et d’environ trois semaines pour boucler les derniers détails de son projet qui devra être adopté rapidement.

À propos du mode d’adoption du projet, Bensaïd espère qu’un décret ministériel suffira, sans quoi il sera présenté à l’appréciation des parlementaires qui voteront pour ou contre.

« Résoudre les problématiques sociales, pour ne plus être pris au dépourvu par une nouvelle vague de contamination»

Selon lui, le véritable défi à relever sera celui de l’industrialisation de la culture, dont la problématique sociale n’est qu’une première étape à surmonter.

« Au regard de ce qui se passe en Europe, le risque sanitaire est encore bien présent. C’est pourquoi nous essayons de mettre les bouchées doubles, notamment sur la problématique sociale des artistes, afin qu’ils ne soient pas pris au dépourvu comme cela a pu être le cas dans le passé.

« Si nous faisons en sorte de travailler comme s’il n’y avait pas de Covid, cela ne nous empêche pas de préparer les structures qui seront opérationnelles en cas de nouvelle vague. »

« La création d’un ordre professionnel des artistes est à l’étude »

De plus, sachant que certains artistes sont à l’abri du besoin, nous travaillons à créer une dynamique de solidarité à l’image de ce qui se passe dans d’autres ordres professionnels (médecins, architectes, experts-comptables…).

À la question de savoir si la création d’un ordre professionnel des artistes était justement envisagée par le ministère, Bensaïd a déclaré travailler sur tous les formats juridiques possibles, et qu’il n’excluait pas cette voie.

« En réalité, le choix final de la majorité permettra de répondre aux besoins de la profession à partir de janvier prochain.

« La vision finale sera prête au cours du mois de décembre »

« En effet, le débat actuel inclut l’ensemble des artistes dûment encartés et une trentaine d’organisations professionnelles liées au ministère (syndicats, fédérations, associations d’arts plastiques, de comédiens…), qui devront approuver la vision finale qui sera présentée dans deux ou trois semaines.

« Sachant que d’ici fin décembre, les discussions avec nos partenaires auront été bouclées pour mettre en œuvre leur statut, ils devront s’approprier ce projet pour l’améliorer au fur et à mesure.

« Le ministère compte mettre en place cette structure, dont l’appellation reste encore à trouver, avant de laisser les artistes la gérer.

« Elle sera comparable à un ordre professionnel qui s’auto-régit avec un statut interne reconnu et validé par les autorités de tutelle, à savoir le ministère de la Culture.

« Préparer le terrain à une industrialisation progressive du secteur de la culture »

« L’idée est que d’ici deux ou trois ans, on puisse enfin parler d’un début d’industrialisation du secteur de la culture.

Ainsi pour le marché intérieur, la production sera suivie et contrôlée au niveau qualitatif par les membres du bureau de cette structure, sans aucune intervention ni soutien financier de l’État.

Après quoi, il pourra y avoir une ouverture sur le marché international, en particulier arabe qui a un potentiel extraordinaire.

« Pour résumer, notre rôle sera donc de structurer ce marché et de créer des opportunités pour que ce secteur devienne à terme complètement indépendant, puis, enfin, lucratif.

En effet, sachant qu’aujourd’hui la culture au Maroc est encore beaucoup trop dépendante du budget de l’État,  il faut créer un autre modèle grâce à son industrialisation », conclut Bensaïd qui espère pouvoir enclencher une dynamique parmi les acteurs concernés, et donc créer à terme un véritable marché.

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