Pr Saïd Afif : “Sans accélération de la vaccination, pas de véritable retour à la vie normale de sitôt”
Après l’annonce de la fin du couvre-feu ce mercredi 10 novembre, Médias24 a sollicité la réaction d’un membre du Comité scientifique et technique de vaccination. Saluant une décision qui fera beaucoup d’heureux, le professeur Saïd Afif souligne toutefois que les dernières restrictions portant sur les rassemblements ne seront pas levées avant que le Maroc ait atteint l’immunité collective.
Un mois après l’allègement des mesures restrictives de circulation, de rassemblement et de couvre-feu nocturne, le gouvernement a décidé, mardi 9 novembre, de lever le couvre-feu en vigueur depuis vingt mois et ce, dès le mercredi 10 novembre 2021. Cette excellente nouvelle pour les citoyens, comme pour plusieurs secteurs d’activité, ne signe cependant pas la fin des autres restrictions avant d’avoir atteint le cap de l’immunité collective.
La fin du couvre-feu ne signifie pas celle des autres restrictions
S’il y a lieu de se réjouir pour notre population, impatiente de retrouver une vie sociale normale, nombreux sont ceux qui pensent que la fin du couvre-feu et l’amélioration croissante de la situation épidémiologique autorisent à supprimer les dernières mesures restrictives portant sur la capacité d’accueil des lieux privés et publics, et sur les horaires de fermeture nocturne d’établissements tels que les restaurants.
Or la levée du couvre-feu ne s'accompagne pas de la fin des jauges pour les transports publics (75% de leur capacité), les commerces, les restaurants ainsi que les hammams et salles de sport (50%). Quant aux rassemblements, ils restent limitées à moins de 50 personnes, sauf autorisation spéciale.
"Aucun retour à la vie normale sans immunité collective"
Appelé à réagir à la levée du couvre-feu, le Pr Saïd Afif, membre du Comité scientifique, déclare à Médias24 que cette nouvelle, aussi agréable soit-elle, ne change absolument rien aux autres mesures restrictives portant sur les rassemblements, qui représentent le plus grand facteur de risque de contamination. "En fait, il n’y aura pas de retour à la vie normale avant que le Maroc n’ait atteint l’immunité collective", dit-il.
"Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à voir ce qui se passe aujourd’hui dans certains pays de l’Europe de l’Est, où le relâchement et la fin des restrictions ont provoqué une véritable explosion des contaminations, et pire encore, du nombre de décès."
L’exemple de l’Angleterre immunisée à suivre
"Si nous parvenons rapidement à une immunité collective, nous pourrons alors lever les dernières restrictions, car même s’il y a une nouvelle flambée de contaminations hivernales, il n’y aura pas de cas graves en réanimation ou de décès, à l’image de ce qui se passe en Angleterre."
"C’est mathématique : malgré leurs 40.000 nouveaux cas quotidiens, l’immunité collective de ce pays leur a permis d’éviter une catastrophe sanitaire avec une explosion des hospitalisations et des morts", développe le membre de la commission scientifique, chargée de conseiller le gouvernement.
"La suppression des dernières mesures restrictives retardée par le ralentissement de la campagne de vaccination"
"Partant de ces exemples, il est donc préférable de patienter le temps qu’il faudra, car malgré tous nos efforts, la campagne de vaccination, qui se passait bien jusqu’à présent, a beaucoup ralenti depuis dix jours, en particulier du côté des personnes qui ne se sont pas fait injecter une première dose."
À la question de savoir quand le Maroc pourra atteindre cette fameuse immunité collective, promise jusque-là pour la fin du mois de novembre, le médecin répond que la situation ayant changé, il n'est plus en mesure d'indiquer une date précise.
"Sachant que nous disposons d’un stock qui dépasse les 14 millions de doses de vaccin, nous n’avons plus de problème d’approvisionnement. Le problème se pose plutôt en termes de communication, pour convaincre les gens réticents qui hésitent encore à aller se faire vacciner."
"En quelques jours, le Maroc s’est mis à vacciner 90% de personnes en moins"
"Si nous avions continué sur la même dynamique de vaccination, nous aurions peut-être atteint l’immunité en décembre, voire janvier au plus tard, mais le ralentissement actuel nous interdit de nous projeter pour déterminer la date à laquelle l’immunité collective sera enfin atteinte.
En effet, entre le 21 et le 31 octobre, nous avons injecté 865.000 premières doses, alors que sans prévenir, du 1er au 7 novembre, nous n’avons recensé que 84.000 vaccinations, soit dix fois moins en quelques jours."
"Ce phénomène inattendu ne manquera donc pas de retarder la fin des dernières restrictions", conclut le Pr Saïd Afif, ajoutant qu’il faudra également surveiller le sous-variant Delta apparu en Chine pour évaluer l'efficacité des vaccins utilisés au Maroc.
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