Film. « Haut et fort » de Nabil Ayouch, l’espoir d’un avenir meilleur grâce à la culture

Deux mois avant sa présentation à la cérémonie américaine des Oscars, le dernier film du réalisateur marocain a été projeté lundi 1er novembre à la presse pour la première fois au Maroc avant d'être montré au grand public. Égal à lui-même, Nabil Ayouch livre un émouvant plaidoyer pour la culture, notamment en direction des jeunes défavorisés en mal de repères.

Film. « Haut et fort » de Nabil Ayouch, l’espoir d’un avenir meilleur grâce à la culture

Le 1 novembre 2021 à 19h40

Modifié 1 novembre 2021 à 23h05

Deux mois avant sa présentation à la cérémonie américaine des Oscars, le dernier film du réalisateur marocain a été projeté lundi 1er novembre à la presse pour la première fois au Maroc avant d'être montré au grand public. Égal à lui-même, Nabil Ayouch livre un émouvant plaidoyer pour la culture, notamment en direction des jeunes défavorisés en mal de repères.

Si chaque sortie cinématographique de Nabil Ayouch est un événement qui rassemble de nombreux journalistes, c’est certainement parce que ce réalisateur s’attache souvent à brosser les travers de notre société, que certains esprits bien-pensants préféreraient mettre sous le boisseau. Premier film de l’histoire du cinéma marocain à être sélectionné au festival de Cannes, « Haut et fort » se distingue toutefois de ses précédentes réalisations en étant porteur d’un véritable message d’espoir.

Sidi Moumen, un terreau d’inspiration inépuisable pour Ayouch

Entre fiction et documentaire, ce film ne devrait donc pas déroger à la règle de ce cinéaste souvent qualifié de documentaliste de la société marocaine.

Cette fois, Nabil Ayouch s’attache à décrire les frustrations quotidiennes d’une bande de jeunes défavorisés tentant de s’exprimer en rappant avec des textes engagés et dérangeants.

Dès la première scène, le spectateur se retrouve projeté dans le quartier populaire casablancais de Sidi Moumen cher au réalisateur qui y avait réalisé son premier documentaire dans les années 90.

Un lieu où il avait également tourné « Les chevaux de Dieu », avant d’y fonder le centre culturel « Les Étoiles de Sidi Moumen » où se déroule d’ailleurs l’intrigue de Haut et fort.

Le hip hop, un moyen pacifique d’exprimer les frustrations des jeunes défavorisés

C’est l’histoire d’un ancien rappeur embauché dans ce centre culturel implanté au cœur du bidonville pour enseigner la culture hip hop à une classe de jeunes désireux de s’émanciper de certaines traditions qui rejettent la musique et la danse. Ces jeunes tenteront d’exprimer le mal-être lié à leur quotidien à travers le rap.

Après leur avoir enseigné l’histoire du hip hop américain, né dans le même contexte de frustrations (racisme, pauvreté…) avant de  devenir progressivement un outil révolutionnaire de changement, Anas les poussera à écrire des textes engagés sans pour autant régler leurs comptes avec une société qui les ignore.

Hormis l’extrême pauvreté du bidonville qui devient paradoxalement presque belle à l’écran, Ayouch montre plusieurs réalités dérangeantes en délivrant toutefois une note d’espoir.

En effet, la culture incarnée par le rap et la danse deviennent leur seul moyen d’évasion momentanée d’un quotidien marqué par une profonde misère.

Un moyen d’expression qui concurrence le fonds de commerce des extrémistes

Un moyen d’expression qui sera rejeté et combattu par des voisins bigots qui accusent ces jeunes de véhiculer des positions étrangères, pour ne pas dire blasphématoires à l’encontre de l’islam.

Au fil des discussions entre le professeur et ses élèves, qui portent le plus souvent sur la pauvreté et l’absence d’espoir, la religion revient très souvent comme une ligne rouge infranchissable qui poussera même certains à s’interroger sur la licéité religieuse du rap.

Inspirée par la thématique sociopolitique du célèbre opus « Fine ghadi biwa khouya » de Nass El Ghiwane, la classe va axer tous ses textes sur l’injustice au Maroc, ce qui ne manquera pas d’occasionner des heurts violents avec des extrémistes dont c’est justement le fonds de commerce.

Un film plein d’espoir qui devrait susciter des vocations

Au final, « Haut et fort » dépeint avec beaucoup de réalisme le poids de la religion, du patriarcat, de la misogynie, du sexisme et de bien d’autres postures  schizophréniques propres à la société marocaine.

Se voulant cependant positif, ce film s’avère plus qu’utile pour interpeller les acteurs politiques, mais aussi pour inciter certains jeunes défavorisés à tâcher de se construire un avenir grâce à la culture et à l’art.

Pour plus de réalisme, Ayouch a engagé d’anciens membres des Étoiles de Sidi Moumen

À l’issue de la projection-presse, Ayouch nous a confirmé que son film tourné dans le centre culturel « Les Étoiles de Sidi Moumen », issu de sa fondation Ali Zaoua, était en fait simplement un message d’espoir.

« À l’image de certains de mes anciens films, j’ai engagé en majorité des jeunes du cru qui n’avaient jamais tourné auparavant et qui avaient même suivi des enseignements artistiques de ce centre culturel.

En effet, à partir du moment où l’on donne des lieux de vie et des moyens appropriés pour positiver la rage des jeunes défavorisés, la culture peut devenir une passerelle extraordinaire pour l’avenir de ces générations. »

« La culture doit aller vers le citoyen, et pas le contraire »

« Selon moi, la solution à beaucoup de problèmes des jeunes passera par une culture qui va vers le citoyen et pas le contraire.

C’est dailleurs la mission de tous les centres culturels de la fondation Ali Zaoua, qui vont dans des endroits où aucun acteur public ou privé n’ont malheureusement l’habitude de se déplacer pour essayer de transformer des destins et des vies humaines. »

Une suite logique et positive des « Chevaux de Dieu »

À la question de savoir si « Haut et fort » ne constituait pas la suite des « Chevaux de Dieu » tourné au même endroit, Ayouch acquiesce en précisant que son dernier film constituera le versant positif du premier.

« En effet, le premier opus se terminait par un massacre commis par de jeunes kamikazes, alors que ce dernier se termine sur une note d’optimisme avec des jeunes qui parviennent à avancer en exprimant leur désespoir grâce aux arts et à la culture. »

Un message d’espoir pour la jeunesse et un appel aux autorités pour remettre la culture au centre des politiques publiques

« Sachant que j’ai grandi dans une banlieue parisienne défavorisée, et que j’ai pu devenir réalisateur après avoir fréquenté un centre culturel semblable à celui de Sidi Moumen, je suis par conséquent persuadé de l’utilité de ce genre de structures qui doivent, selon moi, être dupliquées partout.

Pour cela, il faut espérer que ce film sera vu par le grand public et par les responsables pour appuyer les messages d’espoir qu’il véhicule, mais aussi pour dépasser les frustrations qui hantent les jeunes », conclut Ayouch en citant notamment l’exemple de certains des acteurs de « Haut et fort » qui comptent persévérer dans la culture.

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