Empreinte numérique : la lecture de la campagne électorale digitale par Pascal Aurenche
Pascal Aurenche, président de l’Observatoire des Opinions Publiques Numériques et CEO Online Value nous apporte un éclairage sur les résultats du dernier baromètre qui se penche sur l'analyse de la campagne électorale. Eclairage sur l'engagement de la communauté de l'Istiqlal, l'armée digitale du PJD et la faible empreinte numérique du PAM.
L'Observatoire des Opinions Publiques Numériques vient de publier son rapport sur l'influence du digital sur les résultats des élections tenues du 8 septembre. Il analyse l'empreinte numérique des partis politiques pendant la campagne électorale.
Il en ressort que 786 millions de personnes ont été touchées dont 54,6% grâce aux médias et 42,7% via Facebook durant cette campagne. Le RNI est en tête avec 245,3 millions de personnes suivi de l’Istiqlal avec 183,7 millions de personnes. Le PJD est en troisième position avec 166,5 millions de personnes.
Pascal Aurenche, président de l’Observatoire des Opinions Publiques Numériques et CEO Online Value nous apporte sa lecture des résultats du dernier baromètre.
Médias24: Le RNI et l'Istiqlal cumulent à eux deux 55% de parts de présence sur le digital, avec une différence de taille, la communauté de l’Istiqlal étant plus dynamique même si elle est moins importante que celle du RNI. Comment expliquer ce phénomène ?
Pascal Aurenche: Il y a deux indicateurs qui interviennent à ce niveau : l'engagement et la viralité.
Le taux d'engagement c'est-à-dire, le clic sur la publication, le like, le commentaire ou le partage. Plus il y a d'engagement, plus votre publication devient virale. Par définition, le niveau d'engagement sur les partis politiques est généralement assez faible par rapport à des marques par exemple. Ce qui peut traduire un certain désintérêt des internautes pour la chose politique. Sauf en période électorale, où le regain d’intérêt fait monter les interactions et l’engagement.
Il est vrai qu'il y a une différence de taille de communautés entre le RNI et l'Istiqlal. Il serait absurde de comparer 1,5 millions de "fans" à 123.000 "fans". Donc, on compare le taux d'engagement par 1.000 fans, ce qui permet d'avoir une base comparative.
Sur cette base, on remarque que la communauté de l'Istiqlal est beaucoup plus engagée que celle du RNI. Cela s'explique par le fait que cette communauté est composée de sympathisants et de partisans qui n'hésitent pas à partager les publications, les liker et les commenter, générant par la même occasion une plus grande viralité de ces mêmes publications.
Il y a aussi une caractéristique de structure de parti qui rentre en jeu. L'Istiqlal a un enracinement "profond" dans l'électorat marocain. Il y a ce côté historique des sympathisants de l'Istiqlal. Cette communauté partisane, qui existe dans la réalité, arrive finalement à transparaître sur le digital.
- Sait-on, à ce stade, si les fans que comptent ces pages sont de vrais fans ou des fans acquis ? Cela peut-il expliquer l'engagement de ceux de l'Istiqlal en comparaison de ceux du RNI ?
- C'est un grand mystère sur lequel nous ne nous sommes pas encore penchés pour le cas de Facebook. Cela dit, nous savons que le RNI a commencé à investir pour attirer les gens vers sa page, depuis un peu plus d'un an à grande échelle. Cela s'est traduit par l'attrait de 30.000 à 40.000 nouveaux "fans" en moyenne par mois.
Des montants conséquents ont été investis, car plus une page a de fans plus cela devient cher d'en attirer de nouveaux. Cela étant dit, l'hypothèse expliquant la différence d'engagement entre les deux communautés du RNI et de l'Istiqlal par le recours à l'acquisition de fans est plausible.
- Dans votre rapport, vous évoquez brièvement le manque de dynamisme des prétendues « armées numériques du PJD ». Par quoi l'expliquez-vous ?
- Depuis que nous avons commencé à surveiller l'empreinte numérique des partis politiques, il y a deux ans, le PJD avait toujours survolé les autres partis. Le PJD a fait sa révolution numérique avant les autres partis. Le RNI et l'Istiqlal ne l'ont faite qu'il y a deux ans ou un an et demi.
Donc « l'armée » digitale du PJD existait bel et bien. Elle existe encore, car le PJD a réussi à toucher 166,5 millions de personnes, ce qui n'est pas rien. Néanmoins, je pense que la même dégradation qui a touché l'électorat physique a touché leur communauté numérique. L'échec du PJD n'est pas seulement lié à un transfert d'électorat. Il est lié, aussi, à son électorat fidèle et profond qui n'a pas voté pour le PJD.
- Il y a eu, donc, une transposition de la réalité au digital ?
- En effet, nous sommes de plus en plus dans cette logique. En fait, il n'y a plus de frontières entre la réalité et le digital. Ce dernier devient une image de la réalité. Elle peut fluctuer et changer de bord.
- Qu'en est-il du PAM, deuxième au niveau des élections législatives, et pourtant, son empreinte numérique est faible par rapport aux autres partis ?
- L'empreinte numérique du PAM est faible, car le parti ne semble pas encore avoir fait sa révolution numérique. Alors qu'on sait qu'une présence numérique ne fonctionne qu'avec des contenus adaptés à une communauté, l'essentiel des 74 millions de personnes touchées par le PAM sont le fait des médias numériques et non du contenu propre au parti. Pour preuve, l’activité digitale directe (à partir des réseaux sociaux du parti) ne représente que 2,5 millions de personnes touchées sur la campagne officielle.
C'est un parti qui a perdu 15% de ses sièges entre 2016 et 2021. Au regard de sa faible empreinte numérique, nous sommes en droit de nous interroger si ces résultats auraient pu être différents si le PAM avait investi plus l'espace digital.
Campagne électorale : RNI et Istiqlal se sont accaparés 55% de présence sur le digital (étude)
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