Industrie pharmaceutique : Difficultés de concertation entre les opérateurs et leur tutelle

Les opérateurs de l'industrie pharmaceutique se sont entretenus avec le chef du gouvernement sur "des sujets d’intérêt commun". Il était question de réformes réglementaires urgentes demandées par la profession mais qui ne trouvent pas écho chez le ministère de la santé. Eclairage.

Industrie pharmaceutique : Difficultés de concertation entre les opérateurs et leur tutelle

Le 17 juin 2021 à 17h50

Modifié 17 juin 2021 à 18h07

Les opérateurs de l'industrie pharmaceutique se sont entretenus avec le chef du gouvernement sur "des sujets d’intérêt commun". Il était question de réformes réglementaires urgentes demandées par la profession mais qui ne trouvent pas écho chez le ministère de la santé. Eclairage.

Les industriels pharmaceutiques, représentés par la Fédération Marocaine de l’Industrie et de l’Innovation Pharmaceutiques (FMIIP), sont allés à la rencontre du chef du Gouvernement Saâd-Eddine Elotmani, ce vendredi 11 juin afin « d’examiner les sujets d’intérêt commun« .

Lors de cette rencontre, les industriels du secteur ont exposé « les défis auxquels sont confrontés les opérateurs du médicament, ainsi que la volonté de la fédération de travailler étroitement avec les pouvoirs publics, afin de porter au niveau supérieur le développement de ce secteur stratégique et de faire du Royaume un « Hub » Euro Africain », est-il précisé dans un communiqué concis publié à l’occasion.

Une profession qui part à la rencontre du chef du gouvernement n’est pas, en soi, quelque chose d’inhabituel, mais peut révéler parfois un malaise entre le secteur et sa tutelle.

Ce que ne cache pas Ali Sedrati, le président FMIIP lors d’un échange avec Médias24 sur le contenu de la rencontre avec El Othmani.

« A sa création, le secteur a été doté d’une réglementation rigoureuse, sérieuse qui a permis le développement d’une vraie industrie qui a permis au pays de ne manquer d’aucun médicament important alors que la crise frappait le monde », avance-t-il.

« Malheureusement depuis les années 90, nous sommes en train de régresser car il y a une réduction des investissements des multinationales au Maroc. Et il y a des difficultés de plus en plus grandes pour les nationaux pour investir localement », poursuit-il.

« Nous avons besoin de la mise en place de mesures d’accompagnement que nous réclamons, depuis des décennies et encore plus fortement aujourd’hui ».

« Malheureusement, nous avons beaucoup de difficultés de concertation avec notre administration de tutelle (ministère de la santé, ndlr). Et c’est dommage pour un secteur stratégique pour notre pays », déplore-t-il.

Des réformes réglementaires attendues

Pour notre interlocuteur, la profession attend un ensemble de mesures administratives et réglementaires que le ministère de tutelle doit mettre en place.

« Il (le ministère de la santé, ndlr) doit nous accompagner pour être suffisamment solides localement, qu’on puisse avoir confiance dans notre développement et nos investissements pour satisfaire le besoin national et nous développer et jouer un rôle à l’international », avance le président de la FMIIP.

A la question de savoir quels ces défis auxquels l’industrie pharmaceutique est confrontée et la nature des mesures attendues, Ali Sedrati énumère un ensemble de réformes que les industriels aimeraient voir se concrétiser.

« Nous avons une réglementation sur les prix qui date de 2014 et qui n’est pas à l’avantage de la fabrication locale ».

« Nous avons une réglementation sur la bio-équivalence du médicament dont certaines dispositions handicapent le développement du médicament générique. Nous avons écrit et expliqué cela en long et en large à notre administration, cependant nous attendons toujours la révision de ce texte », avance le président de la FMIIP.

Pour ce dernier, le texte actuel sur la bio-équivalence comporte des dispositions qui ne sont pas exigées dans les réglementations des autres pays ce qui complique le développement au Maroc. Il encourage l’importation des produits car il y a un avantage en matière de prix et décourage l’investissement dans la fabrication locale. A ce titre, Ali Sedrati affirme que sur les 8 milliards de DH de produits pharmaceutiques importés, 2 milliards de DH peuvent être fabriqués localement.

« Nous sommes totalement pour la bio-équivalence mais avec des mesures adaptées à ce qui se passe dans la majorité des pays développés », plaide-t-il.

« Nous avons des retards dans l’enregistrement des médicaments. Les sociétés se plaignent de cela alors que nous avons besoin d’avancer rapidement. Ce sont des délais très longs et qui dépassent même le délai réglementaire. Bien sûr quand vous tardez à lancer le produit, vous perdez votre développement et votre compétitivité », explique-t-il.

« On demande la mise en place d’une Agence nationale du médicament. Cela fait 30 ans qu’on attend ce chantier. Le Maroc a ratifié l’Agence africaine du médicament et au Maroc nous attendons toujours cette agence », regrette-t-il.

Plus de génériques plus d’économie pour les citoyens et caisses d’assurances

Sur le volet de l’élargissement de la protection sociale, Ali Sedrati insiste sur le rôle qui peut être joué par l’industrie pharmaceutique pour accompagner cette réforme.

« Aujourd’hui, la part des génériques fabriqués localement dans la consommation totale de médicaments est de 40%. Ces 40% assurent une économie minimale, par rapport aux prix des médicaments princeps, de 3,5 milliards de DH par an, aux consommateurs et aux systèmes de prises en charge ».

« Si on double la part des génériques dans la consommation totale, on double les économies », avance-t-il.

« Ce secteur a des atout pour le pays, c’est la souveraineté nationale, la maîtrise de l’approvisionnement et de la disponibilité, c’est la maîtrise d’une technologie de pointe », conclut-il, espérant que les doléances du secteur trouveront écho chez le chef du gouvernement à défaut d’être entendues par la tutelle.

Nous publierons à la première occasion, le point de vue du ministère de la Santé.

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