L’écrivaine Mouna Hachim auprès des détenus de Oukacha pour décloisonner la lecture
Dans le cadre d’un café littéraire, organisé à la prison de Oukacha, des détenus ont échangé pendant plus de deux heures avec l’écrivaine Mouna Hachim sur les origines de l’extrémisme, de la violence, l’ignorance, les inégalités sociales. L’événement avait aussi pour but de désacraliser la lecture et le livre.
Une fenêtre sur l’extérieur. Lundi 24 mai, l’écrivaine Mouna Hachim s’est rendue à la prison de Oukacha pour présenter son nouveau roman, « Ben Toumert ou les derniers jours des voilés » (La Croisée des Chemins, 2021). La conférence a été conjointement organisée par l’administration pénitentiaire et l’éditrice Nadia Salmi, directrice de la maison d’édition Yomad et présidente de l’association Littérature itinérante.
Plus qu’une conférence, la présentation de ce roman a été l’occasion d’un échange de deux heures et demie entre la romancière et les détenus présents pour l’occasion. L’évènement s’est également déroulé en visioconférence, afin de permettre à des détenus de 72 prisons, notamment celle de Tétouan, Smara et Kénitra, de suivre (et de participer) en direct aux discussions qui ont émaillé la rencontre.
« Désacraliser la lecture »
« L’objectif, c’est de désacraliser la lecture et les livres et de donner un brin de liberté à des personnes détenues. La lecture, puis la rencontre avec l’auteur, sont des moments qui permettent de rompre un peu avec le quotidien. Notre association avait déjà organisé une première opération en distribuant presque 5.000 livres aux bibliothèques des différentes prisons du royaume. Par la suite, on a pensé que ce serait une bonne chose d’animer ces livres ; de les rendre plus attractifs et d’en faire profiter les détenus en leur faisant rencontrer un auteur », explique à Médias24 Nadia Salmi, l’éditrice coorganisatrice de l’évènement. Une cinquantaine d’exemplaires du roman de Mouna Hachim ont été distribués à des détenus qui ont manifesté leur intérêt, afin de leur permettre de lire l’ouvrage, préalablement à la rencontre.
« J’ai évité de faire une longue conférence pour rester dans le cadre d’un échange, d’un jeu de questions-réponses, qui se sont d’ailleurs faites aussi bien en français qu’en arabe. J’ai trouvé ces détenus épatants, et je le dis sans condescendance ni démagogie. Ils ont lu le livre avec profondeur. Ils se sont intéressés à la thématique comme l’aurait fait n’importe quel participant à une conférence. C’est cela qui a fait toute la richesse des échanges », souligne Mouna Hachim, jointe par Médias24.
Le roman, à valeur historique, retrace la chute de la dynastie almoravide et la naissance de la dynastie almohade sous l’impulsion d’un grand chef spirituel, « prédicateur fanatisé et redoutable penseur », maître d’une doctrine particulièrement violente, Mohamed Ben Toumert. « Un personnage très énigmatique, très controversé. Il a une facette lumineuse, de par son savoir et son ascèse, et une autre, beaucoup plus sombre, qui rejoint celle de la violence et du fanatisme. La chute de la dynastie almoravide est également perçue à travers le regard de trois femmes, protagonistes majeures du roman. Et elles ne sont pas là pour faire joli : certaines furent des guerrières totalement engagées dans le cours des événements politiques », explique Mouna Hachim.
Des thèmes qui résonnent avec l’actualité
C’est justement la teneur du roman, dont les thématiques sont en partie celles de l’extrémisme et du fanatisme, qui a fait écho auprès des lecteurs (une précision : il ne s’agissait pas forcément de détenus condamnés pour des actes terroristes ; les motifs de leur incarcération n’étant évidemment pas le sujet de la rencontre). Toujours est-il que, si le roman retrace certes des faits passés et révolus, il résonne avec l’histoire contemporaine ; celle de nos sociétés du XXIe siècle qui connaissent elles aussi l’extrémisme et le fanatisme.
L’importance de l’Histoire, la place des femmes, les origines de l’extrémisme, de la violence, l’ignorance, les inégalités sociales, la correspondance avec l’actualité… Nous avons longuement échangé sur les terreaux favorables à la naissance de mouvements extrêmes et cela a suscité un vif intérêt. L’un des participants m’a dit qu’il avait eu l’impression de lire notre présent. J’ai écouté des témoignages bouleversants qui m’ont profondément ébranlée. C’est un autre regard qu’on porte sur les choses et les gens… Et puis il y a aussi l’idée de se demander, après tout, ce que l’on peut faire pour son pays, pour ces individus qui sont dans une situation de fragilité ou de frustration et qui ont besoin d’aide », explique encore Mouna Hachim.
Dans la perspective de décloisonner la lecture et les livres, Mouna Hachim dit aussi avoir souhaité « mettre en avant le rôle de la lecture, qui agit comme une ouverture sur le monde extérieur. J’ai grandi en solitaire, un peu coupée du monde extérieur ; bien sûr, pas pour les mêmes raisons et dans les mêmes conditions que ces personnes, et j’ai souhaité faire partager cette faculté qu’à le livre de nous faire voyager d’un univers à un autre, le temps, pour ces personnes, que les choses reviennent à la normale. »
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