Bourita: Le Maroc n’est ni le gendarme ni le concierge de l’Europe, la crise a été créée par l’Espagne

Nasser Bourita était l'invité de la radio Europe 1 ce dimanche 23 mai en fin de journée. Il explique que le problème est bilatéral Maroc-Espagne et qu'avec l'Europe et la quasi-totalité de ses membres, les relations sont très bonnes.

Bourita: contrairement à ce que dit Mme la ministre, il n'y a aucun contact entre les deux pays.

Bourita: Le Maroc n’est ni le gendarme ni le concierge de l’Europe, la crise a été créée par l’Espagne

Le 23 mai 2021 à 19h23

Modifié 24 mai 2021 à 15h06

Nasser Bourita était l'invité de la radio Europe 1 ce dimanche 23 mai en fin de journée. Il explique que le problème est bilatéral Maroc-Espagne et qu'avec l'Europe et la quasi-totalité de ses membres, les relations sont très bonnes.

Voici un verbatim des propos de Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères et de la coopération au micro d’Europe 1.

« J’aimerais qu’on rappelle quelques vérités et qu’on présente quelques faits loin de tout discours émotionnel.

« La première vérité c’est que le Maroc n’est pas obligé, n’a pas vocation ni obligation de protéger des frontières autres que les siennes. Le Maroc n’est ni le gendarme, ni le concierge de l’Europe pour protéger des frontières qui ne sont pas les siennes.

« Le Maroc ne le fait pas par injonction, ni par obligation. Le Maroc a fait beaucoup dans la coopération migratoire, pas par obligation, ou par rapport à une contrepartie. Il l’a fait par rapport à un partenariat. Un partenariat entre le Maroc et l’Espagne et un partenariat entre le Maroc et l’UE. Mais le partenariat n’est pas à la carte. Le partenariat signifie d’abord qu’on comprenne bien les intérêts stratégiques des partenaires.

« D’abord le Maroc n’a jamais agi pour rendre service contre une contrepartie financière. Ce que reçoit le Maroc en moyenne de l’UE ne dépasse pas les 300 millions d’euros par an, soit moins de 20% du coût assumé par le Maroc dans le cadre de la lutte contre la migration »

« Ce Maroc méchant qu’on essaie de présenter, durant les 4 dernières années le Maroc a démantelé:

« -8.000 cellules de trafic d’êtres humains, 14.000 tentatives de migration clandestine dont 80 tentatives d’incursion ou d’assaut de la ville de Sebta

« – Echange de 9.000 informations avec l’Espagne sur la migration clandestine. »

« Le bon voisinage n’est pas à sens unique. Ce n’est pas une obligation pour le Maroc et une liberté pour ses partenaires.

Le Maroc exerce-t-il un chantage ?

« Le problème est mal posé, c’est comme si le Maroc avait une obligation de protéger l’Europe. Le Maroc n’est pas obligé, le Maroc le fait en tant que partenaire. Et le partenariat a des fondements, le partenariat est réciproque, il est fondé sur une compréhension des intérêts des uns et des autres. »

On ne peut pas manigancer le soir contre le partenaire et lui demander le lendemain d’être loyal

Le Maroc va-t-il ouvrir les vannes migratoires ?

« Non. Ce que je dis, c’est qu’on ne peut pas manigancer le soir contre le partenaire et lui demander le lendemain d’être loyal. L’Espagne n’a pas consulté l’Europe avant de prendre les décisions qui touchent les intérêts du Maroc ; avant de passer outre les normes Schengen, en acceptant l’entrée d’une manière frauduleuse d’une personne recherchée par la justice espagnole. Donc l’Espagne a créé une crise et veut la faire assumer à l’Europe. L’Espagne est le partenaire direct du Maroc lorsqu’il s’agit des questions migratoires ».

Où en sont les relations Maroc-Espagne ?
« Contrairement à ce que dit Mme la ministre des Affaire étrangères d’Espagne, il n’y a pas de contacts entre nos deux pays depuis le déclenchement de cette crise. Et contrairement à ce qu’elle dit, le Maroc n’a jamais été informé de l’arrivée de cet individu en Espagne.

« Aujourd’hui, le Maroc pose des questions simples :

« -Est-ce qu’il est normal dans un Etat de droit, par rapport à un partenaire comme le Maroc, de falsifier un passeport, d’usurper une identité pour faire entrer quelqu’un sur le territoire européen, ce Monsieur est poursuivi en Espagne dans le cadre de 4 plaintes, de viol d’une citoyenne espagnole, une plainte d’une association de victimes du terrorisme des Iles Canaries, une plainte pour torture, … »

Donc tant que l’Espagne n’a pas résolu ce problème, ces relations de bon voisinage ne tiennent plus ?

« Le Maroc fait la distinction entre des relations très bonnes avec l’UE, la quasi totalité des pays membres de l’Union ; et une crise bilatérale née d’une attitude hostile de l’Espagne par rapport au fondement de ce partenariat. Il ne faut pas détourner le débat.

Si le Monsieur est exfiltré comme il est entré, c’est que l’Espagne cherche l’aggravation, voire la rupture

« (…) C’est un problème que le Maroc discute de manière franche avec plusieurs pays européens dans le cadre de sa responsabilité.
Au cours des dernières années, l’Europe n’a jamais entendu parler de ce front ouest, ce n’est pas parce que ce n’est pas un front emprunté par les réseaux des migrations clandestines ; c’est parce qu’un pays déploie 20.000 de ses forces de sécurité, pour agir en partenaire.

« Il y a aujourd’hui une question de confiance avec le partenaire direct dans cette affaire, avec l’Espagne, sur une crise qu’elle-même a créée, c’est à l’Espagne de trouver une solution à sa crise, et si elle pense que la solution, c’est d’exfiltrer le Monsieur par le même procédé, c’est qu’elle cherche le pourrissement, l’aggravation de la crise, voire même la rupture ».

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