Menace écologique sur l’oued Bouregreg: voici ce que l’on sait

Des odeurs nauséabondes se dégagent, depuis environ une semaine, de l’oued Bouregreg. La FGD pointe du doigt les lixiviats émanant de la décharge d’Oum Azza, tandis que l’Agence du bassin hydraulique du Bouregreg assure que l’origine de cette pollution n’est pas encore connue.

Menace écologique sur l’oued Bouregreg: voici ce que l’on sait

Le 16 mars 2021 à 17h50

Modifié 11 avril 2021 à 2h50

Des odeurs nauséabondes se dégagent, depuis environ une semaine, de l’oued Bouregreg. La FGD pointe du doigt les lixiviats émanant de la décharge d’Oum Azza, tandis que l’Agence du bassin hydraulique du Bouregreg assure que l’origine de cette pollution n’est pas encore connue.

Ces odeurs nauséabondes suscitent la colère des habitants des villes de Rabat et Salé, séparés par ledit oued, selon qui « il s’agit d’une catastrophe écologique« .

Une problématique identifiée en 2019

Pour connaître l’origine de ces odeurs, et les mesures mises en place pour y remédier, Médias24 a contacté différents responsables de la ville de Rabat, notamment le conseiller de la FGD Omar Hayani, qui nous a expliqué ce qui suit.

« C’est un problème qui date de plusieurs années et qui n’a jamais été résolu », nous confie notre interlocuteur. « La FGD en a déjà parlé fin 2019 ».

« La gestion des déchets des 13 communes de Rabat et ses environs est faite au niveau de la décharge d’Oum Azza », qui se trouve à une trentaine de kilomètres de l’oued Bouregreg, rappelle-t-il.

« Dans cette décharge, relevant de l’Etablissement de coopération intercommunale (ECI) Al Assima, il y a un système de collecte du lixiviat qui provient des ordures. La société qui gérait cette décharge (Teodem, filiale de Pizzorno Environnement, NDLR) était censé s’en occuper, et l’assécher, chose qui n’a pas été faite ».

Selon certains médias, il s’agit même de la principale raison pour laquelle le contrat entre Teodem et l’ECI Al Assima a été résilié. 

« Aujourd’hui il existe plusieurs techniques de traitement du lixiviat qui ont porté leurs fruits au niveau international. On peut par exemple l’assécher et le transformer en poudre ou en boue, ou le traiter via des micro-organismes. Ces techniques nécessitent toutefois un investissement » estimé à des dizaines de millions de DH par M. Hayani, « qui n’a jamais été fait à Rabat. Ce lixiviat s’est donc accumulé durant des années dans des bassins dédiés au stockage de ce liquide au niveau de la décharge ».

(Bassins de stockage de lixiviat à la décharge d’Oum Azza, Google Maps)

D’après notre source, « l’un de ces bassins a cédé suite aux dernières intempéries, pour une raison que l’on ignore, ce qui a causé un écoulement du lixiviat vers l’oued Akreuch, l’un des affluents de Bouregreg ».

Sur des photos circulant sur les réseaux sociaux, on remarque que la couleur de l’eau de l’oued Bouregreg est altérée par ce liquide. « Des odeurs insupportables sont également senties au niveau des quartiers Hassan, Hay Charaf, et les anciennes Médinas de Rabat et Salé… J’ai même vu des enfants vomir, tellement l’odeur est forte ». Un constat confirmé par des habitants de la ville de Rabat, contactés par nos soins.

Mutisme total des responsables

« Ce qui nous inquiète le plus c’est le mutisme total des responsables », déplore Omar Hayani. En effet, aucun des acteurs concernés par cette problématique n’a jusqu’à présent pris la parole pour rassurer les citoyens.

Contactés à maintes reprises par Médias 24, le maire de Rabat, le président ainsi que le directeur de l’ECI Al Assima, et SOS NDD, société chargée de gérer la période transitoire à la décharge d’Oum Azza, sont restés injoignables.

« Ce problème est identifié depuis fin 2019, période à laquelle l’ECI avait prévu de charger ce lixiviat dans des camions-citernes, et de le déverser dans l’océan. Nous avions alors émis un communiqué pour crier au scandale écologique ». Le projet a ensuite été abandonné, mais rien n’a été fait non plus pour débarrasser la région de ce liquide toxique, « jusqu’à l’arrivée de cette catastrophe ».

« Aujourd’hui à Rabat on investit beaucoup dans des projets d‘embellissement de la ville, mais pas dans des choses qui sont prioritaires », estime M. Hayani. « Nous avons le programme Rabat ville lumière, d’un investissement de plus de 9 milliards de DH, et nous n’avons pas pu trouver 10, 15 ou 50 MDH pour résoudre la problématique du lixiviat ».

Avant SOS NDD, « lorsque Teodem avait soumissionné pour la gestion de la décharge d’Oum Azza, elle avait opté pour un prix relativement bas pour gérer les déchets à la tonne ainsi que le lixiviat, par rapport aux prix pratiqués dans d’autres grandes villes. Celle-ci a donc demandé une révision du prix, que l’ECI Al Assima a refusé. Il a ensuite été décidé de résilier le contrat à l’amiable ». Un nouvel appel d’offres a été lancé en décembre, pour la gestion de cette décharge, qui n’a pas encore abouti. « Pour moi, c’est un refus d’investir, et c’est une période transitoire qui n’a que trop duré ».

« Ce qui est encore plus grave, c’est qu’il faudra des années pour se débarrasser de ces pollutions, le lixiviat étant un énorme concentré de métaux lourds. Aujourd’hui la situation de l’oued Bouregreg est compromise pour plusieurs années, sans parler des pêcheurs traditionnels opérant sur ses rives, les personnes qui y récoltent des algues, les activités de loisirs sur les petits bateaux de l’oued, et les clubs nautiques qui ont tous été interdits d’entrainement ».  

Agence du bassin : Les analyses sont en cours pour connaître l’origine de la pollution

Nous avons également contacté Abdellatif Soudou, élu de la ville de Salé, qui s’est déplacé à la vallée du Bouregreg ce weekend. Ce dernier nous a confié qu’ »une enquête est en cours, chapeautée par l’Agence du bassin hydraulique du Bouregreg et de la Chaouia, chargée de suivre les rejets d’eau, afin de connaître l’origine de ces pollutions. Nous attendons toujours son rapport ». 

Jointe à son tour, l’ABHBC nous assure que « l’origine n’est pour l’instant pas encore connue » et que « plusieurs réunions sont tenues depuis lundi 15 mars avec les acteurs concernés, notamment le Wali de la région ».

Pour qu’aucune partie ne soit accusée à tort dans cette affaire, l’Agence effectue des analyses, dont les résultats n’ont pas encore été dévoilés.

« Nous avons démarré les prélèvements lundi. Le problème c’est qu’on n’a que quatre heures par jour, le matin, pour les faire, à cause de la marée » souligne l’Agence, ajoutant q' »un communiqué sera publié dès que l’origine de ces pollutions sera détectée ».  

Quels impacts sur l’environnement et la santé ?

Le lixiviat est un liquide très dangereux pour l’environnement, car il contient des matières organiques toxiques à forte concentration en métaux lourds. Il est également plein de microbes pathogènes, qui nuisent à la santé des êtres vivants, nous explique un enseignant de SVT, joint par nos soins. 

« Si ce liquide est véhiculé par l’eau de ruissellement dans l’oued Bouregreg, il va souiller l’eau, qui deviendra saumâtre, et donnera des odeurs désagréables », ce qui est actuellement le cas.

« Si le problème n’est pas résolu, ces odeurs pourront avoir des effets néfastes sur l’être humain, notamment sur le système nerveux, l’immunité, la vision, et la respiration, et provoquer des maladies respiratoires ou allergiques, ou encore des déficiences immunitaires…. »

« L’infiltration du lixiviat dans l’oued Bouregreg pourrait également provoquer le phénomène d’eutrophisation, qui induit une baisse de la biodiversité, et la formation d’une couche de végétaux à la surface. Celle-ci empêchera la pénétration des rayons de soleil vers les profondeurs, ce qui provoquera l’arrêt de la photosynthèse. Il n’y aura donc plus de rejet d’oxygène, ce qui représente une grande menace pour la faune et la flore. L’oued Bouregreg est donc menacé d’une grande pollution. C’est une catastrophe naturelle ».

Quid des solutions possibles ? « Il s’agit de tout un écosystème. Pour décider d’une solution, il faudra d’abord identifier les causes de l’infiltration du lixiviat dans l’oued, et faire des analyses pour connaître les maillons touchés. Mais la solution ultime reste de revoir l’emplacement de cette décharge, qui reste très proche de l’oued Bouregreg ».

« Normalement, avant de décider de l’emplacement d’une décharge, de nombreuses études doivent être menées pour s’assurer que la nappe phréatique et les oueds avoisinant ne seront pas pollués », conclut notre interlocuteur.  

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