Après un démarrage inquiétant, la campagne agricole s’annonce très favorable

Les précipitations abondantes depuis fin novembre annoncent des perspectives améliorées pour la campagne agricole actuelle. Les éleveurs continuent toutefois de souffrir, le pâturage n’ayant pas encore été bien développé dans toutes les régions du pays.

Après un démarrage inquiétant, la campagne agricole s’annonce très favorable

Le 10 février 2021 à 17h40

Modifié 11 avril 2021 à 2h50

Les précipitations abondantes depuis fin novembre annoncent des perspectives améliorées pour la campagne agricole actuelle. Les éleveurs continuent toutefois de souffrir, le pâturage n’ayant pas encore été bien développé dans toutes les régions du pays.

Différents experts sondés par Médias 24 s’accordent à dire que tout va pour le mieux pour les agriculteurs, qui sont soulagés par rapport au début de la campagne agricole, et confiants pour l’avenir.

La majorité des champs semés

« Les cultures d’automne, à savoir les céréales, les légumineuses, les plantes fourragères et les oléagineux se portent à merveille », nous confie Rachid Benali, vice-président de la Confédération marocaine de l’agriculture et du développement rural (Comader).  

« Cette année, les gens ont pratiquement tout labouré et semé », nous assure pour sa part Abdelmoumen Guennouni, expert agronome, qui rappelle les derniers chiffres dévoilés par le ministère. « La superficie semée en céréales d’automne est élevé cette année, et devrait atteindre 5,3 millions de ha à la fin de la période des semis ». Vers la mi-janvier, elle s’élevait déjà à 4,1 millions de ha. « En revanche, la superficie semée en légumineuses a baissé par rapport à l’année précédente, vu qu’il n’y a plus d’espace libre à exploiter ».

En effet, les légumineuses occupent cette année environ 168.000 ha contre 171.000 ha à la même date de la campagne précédente, soit une baisse de 2%. Les principales espèces cultivées cette année sont les fèves (57%), petits pois (20%), lentilles (20%), féverole (11%) et autres (3%).

Désherbage et apport en engrais entamés

« Ces dernières pluies ont permis aux plantes de continuer à se développer normalement« , poursuit notre interlocuteur. Dr. Yassine Jamali, vétérinaire et agriculteur-éleveur confirme. « La levée des céréales se passe très bien, et les agriculteurs qui ont semé tôt s’en tirent mieux que les autres » nous a-t-il rapporté, soulignant que « c’est quelque chose qui devrait être systématiquement recommandée. Les semis devraient se faire, au plus tard, entre le 15 octobre et le 15 novembre pour profiter du maximum de pluie ».  

Par ailleurs, « la majorité des agriculteurs ont déjà réalisé le désherbage » pour éliminer les mauvaises herbes et réduire la concurrence sur les plantes cultivées, nous fait savoir M. Guennouni. « Ils ont également appliqué l’engrais de couverture, qui consiste en un apport d’azote. Cette matière est très soluble dans l’eau, et avec les pluies, elle peut se dissoudre facilement, d’où la nécessité de la fractionner sur trois fois par exemple, selon les différentes phases du cycle de production. Soit un apport avant de semer, un autre durant la période actuelle, et un dernier un peu plus tard ».

Notre source note toutefois « un retard des livraisons des engrais azotés cette année. Les acteurs du secteur ne s’attendaient peut-être pas à une telle demande. Les engrais ont donc tardé au niveau des ports, et les agriculteurs ont dû patienter avant de pouvoir s’approvisionner. Mais finalement, les choses se poursuivent normalement ».

Le traitement des champignons, une étape cruciale pour les céréales

Toujours d’après la même source, « pour les céréales, l’étape principale qui reste est la lutte contre les maladies fongiques, dues aux champignons, à l’aide de fongicides ».

« Il y a deux possibilités de traitement, en une seule fois ou en deux étapes, selon les symptômes observés par les agriculteurs. Toutefois ces derniers ne doivent pas attendre que la maladie soit répandue pour entamer le traitement. Si l’agriculteur choisit de traiter en deux étapes, la première est précoce, et la seconde intervient sur ce qui reste du cycle. S’il choisit de traiter en une seule fois, il doit décider d’une période intermédiaire ».

« Lors de la création de la plante, la dernière feuille est la plus importante pour les céréales, parce qu’elle alimente l’épi, qui permet d’avoir une forme dense de la plante. Cette dernière feuille ne doit donc pas être touchée par la maladie », pour avoir un bon rendement.  

Les éleveurs en difficulté….

Pour l’instant, c’est les éleveurs de bétail qui sont encore en difficulté, d’après nos trois sources.

« Le pâturage dépend des régions. Il y a des zones favorables, où l’herbe pousse rapidement, et d’autres où la poussée est plus lente. Les éleveurs des régions où le pâturage n’est pas encore bien développé continuent donc de souffrir en achetant les aliments », nous explique notre expert agronome.

« Les inégalités climatiques sont normales », souligne pour sa part Dr. Jamali. « Le Haouz n’est pas la Chaouia, et la Chaouia n’est pas le Ghard, c’est naturel. »

« L’herbe a commencé à pousser dans certaines régions, mais le pâturage n’est pas forcément accessible en ce moment, parce qu’il se trouve au milieu des champs cultivés. Les éleveurs continuent donc d’acheter la paille, du foin de luzerne et de l’orge pour nourrir leurs bêtes ».

« L’orge du pays coûte actuellement 5 DH/kg, et le sac de luzerne écrasée est à 100 DH. Ces prix sont irrationnels. A ces prix, sauver le cheptel n’est plus une opération économique, c’est presque existentiel ».

Le point positif à retenir dans ce sens est « l’augmentation des prix du bétail, qui est une bonne chose. Cela veut dire que les gens ont de l’espoir et préfèrent garder leurs animaux au maximum au lieu de les déstocker à n’importe quel prix ». La situation s’améliore donc par rapport au début de la campagne agricole où les agriculteurs étaient contraints de vendre leur bétail, la situation des cultures étant défavorable à cette période.

« C’est une bouffée d’oxygène, et quand le prix des aliments commencera à baisser, les choses seront encore meilleures ». En général, « pour moi, c’est une bonne année ».

… Mais plus pour longtemps

Pour M. Benali, cette situation ne va pas durer longtemps. « Cette problématique est déjà derrière nous. Elle sera réglée dans une semaine ou 10 jours, au maximum ».

Il explique : « effectivement il y a un retard au niveau du pâturage, mais qui est tout à fait normal. On a eu un hiver très froid, et dans ces conditions, la plante ne se développe pas. Il suffit de quelques jours de chaleur pour que le problème soit réglé. Le printemps arrive dans quelques jours, et il y aura une poussée d’herbe partout au niveau national. Il y a déjà une poussée au niveau des racines, qu’on ne voit pas ».

En effet, le bulletin météorologique de la Direction de la météorologie nationale, sur la période allant du 10 au 19 février 2021 montre que le temps sera stable, accompagné d’une hausse des températures à partir de ce mercredi.

« L’élevage au Maroc se trouve essentiellement à l’Oriental, au Moyen Atlas, Doukkala, Chaouia et El Haouz, et donc dans des régions où il fait encore froid. On vient d’avoir de la neige le weekend dernier au Moyen Atlas », ce qui explique un peu la situation actuelle.

D’autres épisodes de pluies jusqu’à fin avril sont nécessaires

Les passages de pluies qu’a connu le pays depuis fin novembre sont-ils suffisants pour cette campagne agricole?

« La pluie n’est jamais suffisante », martèle M. Guennouni. « Il faut qu’elle se poursuive jusqu’à ce que le cycle de production approche de sa fin. Par contre, il ne faut pas qu’elle tombe à la fin du cycle, puisque cela peut entraîner des dégâts », ajoute-t-il, notant que « le besoin en pluie reste variable, selon les régions et les types de sol ». Ce qui est sûr c’est que « les sols sont à présent bien approvisionnés, et qu’il y a beaucoup de réserves dans les couches plus profondes, pouvant alimenter les plantes en attendant de nouvelles précipitations ».

Pour le vice-président de la Comader, « la pluie doit se poursuivre jusqu’à fin avril, avec des passages chaque 15 ou 20 jours, pour assurer la période printanière ».

« Ce qui est important, c’est que nous sommes très rassurés par rapport au début de l’année, que ce soit pour le développement des cultures d’automne, des grandes cultures ou de l’arboriculture, et on espère rester sur ce rythme. Jusqu’à présent, nous avons eu de la pluie quand il le fallait, et avec les quantités nécessaires ».

Même son de cloche auprès de Abdelfattah Ammar, directeur de la Chambre d’agriculture de la région Casablanca-Settat, selon qui la campagne actuelle est « impeccable. C’est une année exceptionnelle. On a eu ce qu’il faut, et aux bons moments ». Celui-ci espère un nouvel épisode de pluie vers fin février, début mars, période de maturation.

Par ailleurs, on ne peut pas encore parler de modification des prévisions de production pour le moment. « C’est encore tôt pour se prononcer sur ce point », selon M. Benali.

La situation des barrages s’améliorent

Au mercredi 10 février, les retenues des principales structures au niveau national ont atteint 7.660,27 Mm3, soit un taux de remplissage de 47,66%, qui est très proche de celui enregistré à la même date de l’an passé, où il s’élevait à 48,79%.

Au 23 novembre, avant le premier passage de pluie, les réserves totales étaient de 5.554,8 Mm3, soit un taux de remplissage de 35,6%.

Il y a eu une amélioration du niveau de l’eau « dans les barrages qui se remplissent par les eaux de pluie et les crues, notamment au Nord et dans le Souss. Pour les autres barrages qui se remplissent par les fontes de neige, le résultat ne sera visible qu’à partir du mois de mai », précise Rachid Benali. Egalement, « il y a un retour de la nappe phréatique, les puits sont remplis davantage ».

« Pour l’instant, les agriculteurs n’irriguent pas, mais nous sommes confiants pour l’avenir, avec la remontée de la nappe et l’amélioration des réserves des barrages ».

Dans le détail, voici les taux de remplissage des principaux barrages nationaux:

– Barrages du bassin hydraulique du Loukkos qui aliment la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima: 70,79% (1.218,74 Mm3), contre 57,77% au 23 novembre dernier;

– Barrages du bassin hydraulique de Sebou, qui alimentent la région de Fès-Meknès: 70,30% (3.904,24 Mm3);

– Barrages du bassin hydraulique de Bouregreg, qui alimentent toute la région de Rabat-Salé et Casablanca: 62,27% (673,81 Mm3) ;

– Barrages du bassin hydraulique d’Oum Er-Rabia, qui alimentent notamment la région de Beni Mellal-Khénifa: 19,07% (944,82 Mm3), contre 15,32% au 23 novembre;

– Barrages du bassin hydraulique du Tensift, desservant la région Marrakech-Safi: 50,77% (115,40 Mm3), contre 31,03% au 23 novembre;

– Barrages du bassin hydraulique du Sous-Massa: 34,91% (255,25 Mm3), contre 12,31% au 23 novembre.

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