Location des bacs de stockage de la Samir: les raisons du blocage
L'Etat envisage de mettre les capacités de stockage de la Samir à la disposition des pétroliers. Une formule qui peut s'avérer explosive. Un avis juridique a été demandé par le gouvernement.
Le 14 mai 2020, le tribunal de commerce autorisait l’Etat marocain, à la demande de ce dernier, à exploiter les bacs de stockage de la Samir. 10 mois plus tard, l’opération tarde à voir le jour. Pis, ce qui s’apparentait d’abord à une initiative régalienne, devient désormais une hypothèse de moins en moins probable.
La demande de location avait été déposée puis validée en urgence. Preuve de ses enjeux stratégiques. Pour l’Etat, il était question de "souveraineté énergétique". L’exploitation de l’importante capacité de stockage du raffineur (plus de 1,8 million de tonnes) devait permettre au pays d’atteindre ses réserves légales de sécurité, terrain sur lequel les opérateurs nationaux ont échoué malgré les incitations étatiques.
Par la suite, le dossier a été délégué à l’Office national des hydrocarbures et des mines (Onhym), qui devait conclure le contrat de bail avec Abdellatif Safadi, syndic chargé de la liquidation de la Samir. Depuis, le dossier bute sur un certain nombre d’obstacles. Tenant d’abord à des considérations administratives et contractuelles, les entraves sont aujourd’hui surtout techniques. Si l’Onhym loue les bacs de stockage, qui saura effectivement les exploiter ?
Dans une récente interview accordée à nos confrères Leseco, Aziz Rabbah laisse entendre qu’à ce stade, la piste examinée renvoie vers la location des réservoirs au profit "des concurrents de la Samir". Le ministre de l’Energie confirme ainsi nos informations publiées en décembre 2020, où des sources gouvernementales évoquaient la possible implication des pétroliers dans l’opération.
En somme, l’Onhym, locataire principal, mettrait les réservoirs de la Samir à la disposition des opérateurs disposant de faibles capacités de stockage. Ces derniers exploiteraient les bacs en "sous-location".
Une formule envisagée, sans être définitive. "Nous sommes en attente de l’avis juridique", confie le ministre des Energie à Lesecos. Et à en croire cette source proche du dossier, cette opération fait également l’objet de fortes réserves. En réalité, la crainte principale est que l’opération compromette la défense marocaine devant le centre international de règlement des différends relatifs aux investissements (Cirdi), où le Royaume est en litige avec Al Amoudi, ancien actionnaire principal de la Samir via sa société Corral Holding Morocco. L’argument principal de l’homme d’affaires saoudien consiste à dire que le Maroc l’a "privé" de son investissement au profit de "ses concurrents sur le marché."
En substance, Corral soutient qu'à partir de 2012, le Maroc a "illégalement" autorisé "le dumping non contrôlé de produits pétroliers raffinés sur le marché marocain, détruisant la position concurrentielle de Samir". Il a reproché au gouvernement de "n'avoir pris aucune mesure pour prévenir l'importation illimitée de produits raffinés low-cost de l'étranger", lit-on dans la requête d’arbitrage déposée en mars 2018.
La même requête évoque des "menaces" que Corral "aurait subi" en 2014, en marge de la création de sa filiale de distribution SDCC. "Lorsque la Samir a commencé à développer SDCC en 2014, un représentant du distributeur marocain de pétrole Afriquia, détenu par Aziz Akhannouch, ministre de l'Agriculture de la Défenderesse, a prévenu la Demanderesse qu'elle serait forcée de quitter le pays si la Samir refusait de se retirer du marché de la distribution en aval", affirme Corral.
Une affaire pour le moins épineuse. D’où les tergiversations sur le volet du stockage. Le conflit au Cirdi est un dossier stratégique pour le Maroc. Le risque en cas de condamnation est colossal : Près de 15 milliards de DH, correspondant au dédommagement réclamé par Corral Morocco Holding.
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