Covid-19 : Voici où en sont les essais cliniques sur le vaccin
L’enjeu est de mettre au point un vaccin apte à stimuler le système immunitaire pour produire des anticorps efficaces contre le virus. Or, certains aspects relatifs à la mise au point des vaccins manquent encore de maturité, ce qui risque de faire perdurer encore longtemps la recherche scientifique dans ce domaine.
Alors que la deuxième vague de Covid-19 prend de l'ampleur, notamment en Europe, et entraîne dans son sillage une pression extrêmement forte sur les services de santé et le personnel soignant, la mise au point d’un vaccin contre le Covid-19 monopolise l’attention des décideurs. Chinois, Russes, Européens, Américains… Tous courent après le remède miracle. D’où la question : où en sont les essais cliniques sur ce vaccin ?
Dans un article publié le 4 novembre, la revue scientifique britannique The Lancet indique qu’à l’heure actuelle, 45 ''vaccins-candidats'' sont en cours d’essais cliniques chez l’homme, et dix d’entre eux se trouvent actuellement en phase III. Cette phase correspond à l’étape durant laquelle l’efficacité du vaccin est évaluée à une très large échelle, c’est-à-dire sur plusieurs milliers de ''cobayes'' humains volontaires répartis sur différents continents. Le New York Times chiffre quant à lui à 52 le nombre de vaccins actuellement en phase d’essais cliniques sur des humains, et au moins 86 vaccins précliniques sont en cours d’investigation chez les animaux. Certains résultats pourraient – le conditionnel est important – être annoncés avant la fin de l’année 2020.
Mais il ne faut pas se faire d’illusion : la mise au point d’un vaccin efficace est longue, très longue. Selon The Lacent, ''un déploiement satisfaisant et à grande échelle des vaccins contre le Covid-19 n’est pas attendu avant le milieu ou la fin de l’année 2021'', c’est-à-dire avant six mois minimum.
Un enjeu de taille, et qui en entraîne d’autres
Car tout l’enjeu est de mettre au point un vaccin apte à stimuler le système immunitaire pour produire des anticorps efficaces contre le virus. Mais voilà, pour l’heure, ''en termes d’immunologie et de microbiologie moléculaire, la recherche sur les vaccins est encore immature, ce qui oblige à une période plus longue pour produire un nouveau vaccin'', souligne de son côté l’International Journal of Biological Sciences dans un article sur l’état d’avancement de la mise au point d’un vaccin contre le Covid-19.
Cet enjeu lui-même en amène d’autres : l’International Journal of Biological Sciences précise qu’il est en effet nécessaire, dans le cadre d’une accélération de la mise au point d’un vaccin, de mettre à jour les règles qui prévalent actuellement : ''Des procédures de production très sophistiquées et des critères de recherche connexes doivent être pris en compte scrupuleusement et méticuleusement lors du développement de nouveaux vaccins. Afin de répondre aux exigences médicales, technologiques, réglementaires et de sécurité publique qui se chevauchent, un nouvel ensemble de règles et de lignes directrices serait nécessaire si un vaccin contre le SARS-CoV-2 était développé de manière accélérée en vue d’une éventuelle utilisation clinique.''
Encore faut-il également que les chercheurs maîtrisent et comprennent la pathogenèse du SARS-CoV-2, c’est-à-dire le processus par lequel une cause pathogène agit sur l’organisme et détermine une maladie, et qu’ils soient capables d’évaluer la durée de l’immunité du vaccin, l’objectif étant de développer un vaccin efficace. ''Un aperçu de la pathogenèse du SARS-CoV-2, y compris les organes cibles infectés et la voie de transmission à certains organes, peut aider à développer des vaccins pour interférer avec la propagation virale et éviter les infections des organes cibles. La question de savoir si le SARS-CoV-2 cible les poumons pour induire une pneumonie par virémie (la virémie désigne la présence d’un virus dans le sang, ndlr) ou après des infections des voies respiratoires supérieures, est une considération importante'', souligne l’International Journal of Biological Sciences.
Un début de réponse avec l’Américain Pfizer et l’Allemand BioNTech ?
Toujours est-il que dans la nébuleuse des vaccins, quelques éléments prometteurs émergent : le vaccin développé par l’Américain Pfizer et l’Allemand BioNTech est "efficace à 90%", ont affirmé ce lundi 9 novembre les deux sociétés pharmaceutiques, après la première analyse intermédiaire de leur essai de phase 3, la dernière avant une demande d’homologation.
"Plus de huit mois après le début de la pire pandémie en plus d’un siècle, nous pensons que cette étape représente un pas en avant significatif pour le monde dans notre bataille contre le Covid-19", a déclaré le président-directeur général de Pfizer, Albert Bourla, dans un communiqué. Et d’ajouter : "Le premier ensemble de résultats de notre essai de vaccin Covid-19 de phase 3 fournit la preuve initiale de la capacité de notre vaccin à prévenir le Covid-19." Sur la base de projections, les entreprises ont déclaré qu’elles prévoyaient de fournir jusqu’à 50 millions de doses de vaccins dans le monde avant la fin de l’année et jusqu’à 1.3 milliard de doses en 2021.
Pfizer et BioNTech entendent demander une autorisation d’utilisation d’urgence de leur vaccin dès ce mois-ci aux Etats-Unis. Ils estiment que les trois critères nécessaires (efficacité, absence de risque pour la santé et capacité de produire à grande échelle) seront remplis d’ici la fin du mois.
Pour rappel, lors d'un entretien à Médias24, le ministre de la Santé Khalid Ait Taleb a indiqué que dans le meilleur des cas, au moins un vaccin anti-Covid sera autorisé d’ici début janvier ou en décembre. "Dans le meilleur des cas", signifie que les essais en cours de phase 3 concluront que tel ou tel vaccin est "sûr et efficace" ; que ce vaccin bénéficie d’autorisations d’urgence de la part des autorités médicales nationales ou internationales. Dans cette hypothèse, la vaccination au Maroc commencera fin décembre ou début janvier. Le ministre de la Santé a répondu avec beaucoup de prudence aux questions concernant le calendrier possible. Presque réticence. Il ne s’agit donc pour l’heure que d’hypothèses.
Le Dr Hicham Skali, cardiologue au Brigham and Women’s Hospital à Boston, s'est lui aussi montré prudent dans un entretien à Médias24 réalisé ce lundi 9 novembre : "Clairement, ce n’est pas en trouvant le vaccin que tout sera terminé le lendemain. C’est quand on aura vacciné et donc immunisé une grande partie de la population, avec un vaccin efficace, que l'on pourra enfin dire que la crise est derrière nous."
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