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ECONOMIE

Commerce et services : Les pertes d’emplois estimées à 361.130 (CGEM)

Les secteurs du commerce et des services ont été durement touchés par la crise sanitaire et les mesures prises pour contrer la propagation du Covid-19. Eclairage avec Bouchra Outaghani, présidente de la Fédération du commerce et services (FCS), affiliée à la CGEM. 

Commerce et services : Les pertes d’emplois estimées à 361.130 (CGEM)
H.G.
Le 22 juin 2020 à 12h23 | Modifié 10 avril 2021 à 22h42

Médias24. Quel bilan faites-vous de l'impact de la crise sur les secteurs du commerce et des services ? 

Bouchra Outaghani. La crise induite par le Covid-19 a mis en difficulté pratiquement tous les secteurs d’activité, mais à des degrés différents. Les secteurs du commerce et des services sont parmi les secteurs qui ont été frappés de plein fouet par la pandémie. Les résultats de l’étude, réalisée par la Fédération du commerce et services (FCS) auprès de ses membres, montrent que 92,1% des chefs d’entreprise sondés estiment que leur activité a subi un impact fort avec une baisse du CA variant de 30 à 70%.

24% des entreprises ont dû mettre provisoirement ou définitivement leur activité à l’arrêt. La perte d’emploi dans les deux secteurs est quant à elle évaluée à 361.130, affectant par conséquent la demande et le pouvoir d’achat et donc tous les secteurs d’activité. 

L’étude que nous avons menée a aussi montré que l’impact sur le secteur des services rendus aux entreprises est deux fois supérieur à celui du secteur du commerce.

Malheureusement, avec le prolongement du confinement, certaines entreprises, notamment des TPE et PME, ayant des assises financières fragiles, risquent de ne plus pouvoir reprendre leur activité.

- Certains segments ont eu recours à la livraison pendant le confinement. Est-ce que cela a permis d'amortir le choc ?

- Depuis que les restrictions imposées par les autorités sont entrées en vigueur, les entreprises opérant dans le commerce et les services ont fait preuve d’une grande agilité en adoptant de nouveaux canaux de distribution pour contrebalancer la perte enregistrée par la vente classique (face à face), ce qui a effectivement permis d’amortir une partie du choc. 

Cependant, la notion de livraison reste inhérente au commerce uniquement. En vue d’accompagner les acteurs du secteur des services, lourdement impactés également, la FCS a lancé l’initiative “Business solidaire”. Il s’agit d’une plateforme de solidarité inter-entreprises qui permet aux membres de la fédération de présenter leurs offres gratuites ou à tarif optimisé pour en faire bénéficier d’autres entreprises. Les offres présentées à ce jour concernent surtout les services liées au digital, au conseil et à l’accompagnement en général.

- Comment le secteur du commerce et des services a-t-il amorcé cette reprise ?

- Suite à l’allègement progressif des mesures de confinement en vigueur depuis le 20 mars dernier, le gouvernement a autorisé certains commerces de reprendre progressivement l’activité. Les réouvertures se font progressivement en fonction de l’état épidémiologique de la zone. 

Cette reprise s’accompagne d’une opération nationale de dépistage massif auprès du secteur privé. La FCS mobilise ses membres sur toutes les régions pour adhérer à cette campagne coordonnée par la CGEM et le ministère de la Santé sur Hautes instructions de Sa Majesté, pour une reprise dans les meilleures conditions. La Fédération sensibilise également, en permanence, ses membres au respect strict et rigoureux des autres mesures préventives et sanitaires qui restent le moyen le plus sûr pour juguler le virus.

Je voudrais également signaler que les entreprises des secteurs du commerce et des services se sont engagées et mobilisées pour mettre en place les équipements et/ou l’organisation interne adéquats pour éviter toute contagion sur le lieu du travail. 

Les restrictions d’afflux de clientèle réduisent considérablement les niveaux des ventes et plusieurs activités ont repris à un rythme bien inférieur à la normale. Toutefois, d’autres segments comme l’événementiel, la formation (hors formations en ligne) et les études terrain sont toujours à l’arrêt avec un risque de perte de compétences et d’expertise, ce qui est très alarmant!

- Quel retour d'expérience après ces premiers jours de reprise ?

- Nous pouvons retenir 3 messages clés. Les entreprises veillent au respect des procédures et des mesures sanitaires et préventives. Les modes de « délivrance » vont changer radicalement aussi bien dans les secteurs du commerce et des services avec une plus grande digitalisation des processus qu’au niveau BtoB que BtoC ou BtoG. Les mécanismes d’appui mis en place par les pouvoirs publics et les institutions financières, malgré leur pertinence, peuvent ne pas produire l’effet escompté, vu le retard dans leur mise en œuvre concrète et l’impact de ce retard sur la trésorerie des entreprises.

- La demande a été au rendez-vous ?

- La consommation a rebondi après quelques jours de la reprise, ce rebond peut être expliqué par un effet de rattrapage engendré par la réouverture de certains commerces et le retour à des habitudes de consommation. A ce stade, il est cependant difficile d’évaluer si ce rebond constitue une reprise durable de la consommation, ou simplement un sursaut ponctuel lié à la réalisation d’achats reportés au cours du confinement.

D’après une étude réalisée par la FCS auprès de ses membres, le retour à l’activité normale pour les secteurs du commerce et services est respectivement de 3 à 6 mois et de 6 à 12 mois, après la levée définitive du confinement et l’état d’urgence.

- Alors que la reprise s'opère, quelles sont les mesures de relance proposées par le secteur ?

- Tout d’abord, je tiens à rappeler que les secteurs du commerce et services représentent conjointement 17,7% du PIB et emploient 6,5 millions de personnes. Cependant, ces secteurs ne bénéficient pas d’une stratégie sectorielle, et dans le cas où elle est présente, elle n’est pas adaptée à leurs spécificités.

Selon une approche d’intelligence collective, la FCS en concertation avec ses associations membres a élaboré une proposition de plan de relance s’articulant autour de 3 axes et contenant 75 mesures.

Considérant l’urgence de la situation, nous avons proposé des mesures sociales, fiscales et bancaires ayant pour objectif d’atténuer, sur le court terme, les effets de la crise sur les sociétés, d’alléger leurs trésoreries et de maintenir les emplois. Il s’agit notamment de reporter toutes les échéances pour 2021.

Sur le moyen et long terme, nous avons proposé des mesures structurantes adaptées au commerce et services et visant à redémarrer et relancer l’activité. Il s’agit, entre autres, du lancement d’une charte sanitaire adaptée à différents segments de commerce et permettant une reprise en veillant sur le respect des consignes de sécurité.

Nous avons également appelé à la mise en place d’une plateforme ‘’Trade Maroc’’ qui constituerait une vitrine regroupant toutes les marques marocaines et qui disposerait de services mutualisés, d’une part,  et la mise en place d’un observatoire du commerce régional afin de disposer de la data spécifique permettant une orientation effective des investissements, d’autre part. Dans une perspective d'accélérer la digitalisation des moyens de paiement, nous préconisons aussi la mise en place de mesures incitatives au paiement en ligne et via TPE.

Pour relancer le secteur des services, notamment ceux rendus aux entreprises, nous proposons de faciliter le mécanisme de référencement des sociétés de services au niveau des programmes d’appui qui sont et seront mis en place pour les relances sectorielles. 

Il est également important de labelliser ou accréditer les sociétés de services éligibles à accompagner les entreprises de différents secteurs dans la mise en place de leur plan de reprise en tenant en compte les consignes officielles.

Enfin  la FCS prône un rôle primordial de l’Etat à travers l’instauration de la préférence nationale dans la commande publique,  la mise en place d’une stratégie d’encouragement du “Made in Morocco”, et cela sans tomber dans le protectionnisme, et de programmes d’appui adaptés aux ambitions des secteurs. La fédération recommande également  la mise en place d’une stratégie de redynamisation inclusive et la mise en place de mesures pour la réduction des délais de paiement inter-entreprises.

- Cette crise n'est-elle pas une opportunité pour favoriser le commerce en ligne et accélérer la transformation digitale des acteurs du secteur ?

- Cette crise a en effet présenté une véritable opportunité pour le e-commerce. Les entreprises et les ménages sont aujourd'hui plus sensibilisés aux avantages liés à la vente en ligne qui est venue au secours du commerce physique en permettant aux opérateurs économiques de maintenir l’activité, et qui a permis aux particuliers de s’approvisionner à partir de chez eux. 

Pour booster le e-commerce, l'enjeu actuellement est de favoriser le m-paiement et de promouvoir l’inclusion financière et sociale. Il est tout aussi important de doter tous les opérateurs économiques, y compris les acteurs les plus fragiles, des moyens nécessaires pour rendre ce moyen de paiement utilisable et réduire le cash. Il s’agit ainsi d’assurer aux commerçants les moyens matériels nécessaires, notamment les terminaux de paiement, de mettre en place des formations à ce sujet et les encourager à adopter ce mode de paiement. 

La crise est venue accélérer l'opérationnalisation de plusieurs solutions relatives à la dématérialisation des démarches, notamment celles en relation avec le m-paiement. 

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Tags : coronavirus, covid
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Le 22 juin 2020 à 12h23

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