D'où vient SpaceX, qui vise la Lune, Mars et une entrée en Bourse?
Elon Musk a créé SpaceX en 2002 avec l'ambition d'envoyer des Hommes sur Mars et de coloniser la planète rouge.
L'entreprise domine aujourd'hui le marché mondial des lancements spatiaux et ambitionne de rejoindre dans les années à venir la Lune pour le compte de la Nasa, pour qui elle développe un alunisseur.
Mais avant de toucher la surface lunaire, elle souhaite réaliser l'introduction en Bourse la plus fracassante de l'histoire.
L'entreprise a confirmé mercredi qu'elle cherchait à lever 75 milliards de dollars, soit bien plus que le précédent record de 25,6 milliards de dollars établi en 2019 par le géant pétrolier saoudien Saudi Aramco pour une telle opération.
Ses fusées ont révolutionné le secteur et sont devenues au fil des années incontournables, notamment pour transporter des astronautes vers la Station spatiale internationale.
Elles ont également permis la mise en orbite de Starlink, sa propre constellation de satellites et la plus grande au monde, qui lui assure la plus grande part de ses revenus grâce à son vaste service d'internet satellitaire.
Et en février, l'entreprise a absorbé xAI, laboratoire d'intelligence artificielle (IA) et ambitionne d'envoyer des centres de données dans l'espace.
- Jardinage sur Mars -
Lors de sa création il y a plus de 20 ans par le Sud-Africain Elon Musk, peu de monde aurait pourtant parié sur le fait que la société devienne un jour un géant.
L'entrepreneur, alors âgé d'une trentaine d'années, a vendu quelques années auparavant son entreprise Zip2 puis fondé une société de paiement en ligne qui a fusionné avec une autre entité pour devenir PayPal, ensuite rachetée par eBay.
Les poches pleines, Elon Musk, déçu que la Nasa n'ait pas de mission vers Mars en préparation, élabore un projet pour envoyer des graines dans une serre vitrée à la surface de la planète rouge, afin d'y faire pousser des plantes.
Mais il ne trouve pas le moyen de les acheminer et décide de fonder une entreprise de fusées: SpaceX.
Ses débuts sont marqués par de nombreux échecs et la société perd beaucoup d'argent. En 2008, elle parvient enfin à faire décoller un premier lanceur, nommé Falcon 1.
S'en suit le développement de fusées toujours plus grandes et puissantes, qui permettent à l'entreprise de décrocher de juteux contrats, notamment avec la Nasa.
Son modèle Falcon 9 devient un succès incontestable et assume des centaines de vols, la fusée étant partiellement réutilisée des dizaines de fois grâce à l'atterrissage contrôlé de son propulseur, son étage inférieur, ce qu'on pensait jusqu'alors impossible.
SpaceX surprend également en devenant en 2012 la première entreprise privée à atteindre la Station spatiale internationale (ISS), puis en 2020 la première à y acheminer des astronautes grâce à sa capsule Crew Dragon, développée pour la Nasa.
L'entreprise se fait aussi connaître pour ses projections ultra-optimistes en termes de délai, souvent non respectées.
- "Casser les codes" -
Pour expliquer son succès, les experts pointent vers sa philosophie de lancement effréné de prototypes de fusées, quitte à ce qu'ils explosent en vol, résumé par le mantra "échouer vite, apprendre vite".
Avec son entrée en Bourse, SpaceX sera toutefois scrutée de près, estime Scott Hubbard, ancien directeur d'un centre de recherche de la Nasa.
"Je pense que l'audace, celle qui consiste à aller vite et à casser les codes, est en quelque sorte passée de mode", juge l'expert.
C'est une chose lorsque "vous ne mettez la vie de personne en danger" avec des vols d'essai et que "vous financez essentiellement vos projets sur vos propres deniers", estime-t-il. Mais lorsque la Nasa entre en jeu, "il faut faire preuve d'une rigueur absolue", prévient-il.
SpaceX compte en effet utiliser une version de la gigantesque fusée Starship qu'elle développe actuellement pour servir d'alunisseur.
Mais selon plusieurs experts, ces travaux ont pris du retard, et font craindre que l'appareil ne soit pas prêt à temps pour les plans de la Nasa, d'autant que SpaceX doit encore réussir un ravitaillement en carburant une fois en orbite, une opération complexe dont la faisabilité n'est pas encore démontrée.
Dans ce contexte, la Nasa avait évoqué à l'automne dernier la possibilité d'utiliser, avant celui de SpaceX, un autre alunisseur développé par Blue Origin, entreprise du multimilliardaire Jeff Bezos, mais la récente explosion d'une fusée de cette société alimente les doutes.
"Dans le secteur spatial, si l'on prend des risques, ceux-ci doivent être compris et maîtrisés", renchérit M. Hubbard. "Il ne peut s'agir de risques inconsidérés."