Pendant le confinement, la “charge mentale du foyer” pèse surtout sur les femmes
Le confinement a mis au jour l’inégale répartition des tâches au sein des familles. Les femmes sont sur tous les fronts, ce qui créé une pression souvent difficilement supportable.
Les inégalités de l'urgence sanitaire ne sont pas que sociales ; elles sont aussi genrées. Si le confinement a surexposé les femmes aux violences conjugales, il a aussi exacerbé la charge mentale qui pèse sur elles, notamment les plus précaires ; celles qui travaillent dans le secteur informel avec des salaires très bas et ne bénéficient d’aucune protection sociale.
Mi-avril, l’Association démocratique des femmes du Maroc (ADFM) s’inquiétait du fait que les femmes sont plus nombreuses à avoir un statut de travailleuse indépendante et d’aide familiale, citant les statistiques du HCP relatives au secteur informel. "Très souvent, ce statut est confondu avec celui de travailleuse à domicile. Cette situation enfonce cette catégorie davantage dans la pauvreté, la précarité et la violence économique", indiquait l’ADFM.
"Les femmes sont surreprésentées dans les métiers des services. Nombreuses sont les femmes de ménage notamment à continuer à travailler en cette période, et la plupart sont réticentes à exercer leur droit de retrait par peur de se retrouver au chômage", nous disait encore récemment la sociologue Leila Bouasria.
"Certaines femmes se retrouvent en ligne de mire face au Covid-19, en l’occurrence celles qui travaillent dans le secteur paramédical et les supports, c’est-à-dire les femmes de ménage, les cuisinières ou les blanchisseuses. Dans ces métiers, elles sont majoritaires", souligne de son côté Nadia Ramdani, spécialiste des questions liées au genre, cofondatrice et présidente de l’Association Femmes pour la Diversité et la Paix (AFDP), contactée par Médias24.
Le principe de la charge mentale
"Le stress accumulé au cours de la journée s’ajoute aux doubles journées qui se profilent à leur retour du travail. Elles n’ont ni femme de ménage ni nounou et se retrouvent donc contraintes à faire toutes les tâches domestiques qui n’ont pas été faites pendant la journée, avec parfois des maris violents et par conséquent une pression très forte", ajoute Nadia Ramdani.
Cette situation, Nadia Ramdani la résume deux mots : la charge mentale. Encore méconnu au Maroc, ce concept de sociologie désigne la charge cognitive impulsée par l’organisation de la vie dans le foyer, notamment sur le front domestique : les tâches ménagères, les courses, les enfants qu’il faut conduire à l’école ou chez le médecin, les devoirs à surveiller, etc. La charge mentale est l’illustration criante de l’inégale répartition des rôles parentaux, les femmes étant beaucoup plus sollicitées pour la réalisation des tâches ménagères et domestiques.
"La charge mentale est presque inhérente à la condition féminine dans notre société. Il y a tout un conditionnement socio-culturel et religieux qui fait que les femmes doivent supporter cette charge. C’est un fait construit socialement et culturellement. Sans compter que tout ce temps incommensurable passé à gérer le foyer n’est ni comptabilisé, ni rémunéré. C’est un travail totalement invisibilisé, aussi bien dans la société qu’au sein même de la famille. On est là dans des inégalités genrées puisque l’attribution de ces tâches se fait sur la base du sexe et de façon totalement arbitraire", analyse Nadia Ramdani.
Un déterminisme socio-culturel qui s’articule dès l’enfance
Au-delà de l’inégale répartition des tâches, Nadia Ramdani s’interroge sur la "répartition genrée" des métiers. "Pourquoi les femmes sont-elles majoritaires dans certains secteurs et pas dans d’autres ? Pour moi, il s’agit d’un phénomène d’enculturation : dès le plus jeune âge, une éducation parentale, sociétale et scolaire se met en place et répartit les professions en fonction du sexe. C’est un schéma de pensées collectif qui se base sur des stéréotypes dont la source est avant tout sociale et culturelle. Il faut pointer du doigt ces constructions sociales pour pouvoir les déconstruire", revendique Nadia Ramdani.
L’enculturation est un concept introduit par l’anthropologue américaine Margaret Mead. Il renvoie au processus par lequel la cellule familiale transmet à l’enfant, dès sa naissance, des normes socio-culturelles qui vont le conditionner plus tard dans ses choix de vie, y compris sur le volet professionnel.
A rebours de ce déterminisme genrée, Nadia Ramdani appelle à "orienter les filles vers les métiers STIM (science, technologie, ingénierie, mathématiques) pour autonomiser économiquement les femmes". Et de conclure : "C’est aussi une problématique économique : si les femmes sont orientées vers des métiers d’avenir et de rehausse économique, c’est un réel développement durable que l’on participe à mettre en place, en incluant la moitié de l’humanité."
à lire aussi
Article : Libre-échange. Pourquoi le Maroc doit bien négocier ses prochains accords
ROUND-UP. Le Maroc a déjà largement ouvert son économie à travers plusieurs accords de libre-échange. De nouveaux dossiers sont aujourd’hui sur la table, notamment avec le Chili, le Pérou, la Chine ou la République de Corée. L’enjeu est désormais de mieux négocier ces partenariats, afin d’en tirer le maximum sans fragiliser le tissu productif national.
Article : Mont Tropic : une étude confirme le potentiel des phosphates sous-marins au cœur du bras de fer Maroc-Espagne
Situé dans l’Atlantique nord-est, au sud des Canaries et à l’ouest des côtes du Sahara, le mont Tropic fait l’objet d’une nouvelle étude européenne qui confirme la qualité de ses phosphates sous-marins, comparables à des gisements exploités à terre. Mais l’intérêt du site ne s’arrête pas à la roche phosphatée : ces dépôts semblent avoir favorisé l’accumulation de cobalt, de manganèse, de terres rares et d’yttrium, dans une zone encore suspendue à la délimitation maritime entre Rabat et Madrid.
Article : Streaming sportif : comment TOD veut révolutionner le visionnage des matchs au Maroc face à l'IPTV
Dans un entretien accordé à Médias24, Peter Mrkic, directeur général de TOD by beIN, détaille la feuille de route de la plateforme de streaming au Maroc. Alors que le service bénéficie désormais d'un cadre réglementaire stabilisé par l'autorisation de la HACA, le dirigeant revient sur les enjeux de pénétration du marché, la concurrence de l'informel et les défis techniques liés à la diffusion en direct du streaming.
Article : Hydraulique : Amiblu Maroc inaugure à Nouaceur une nouvelle ligne de production de 160 MDH
Cette extension doit porter la capacité annuelle de l’usine à environ 650 km de conduites et permettre la création de 58 emplois directs et plus de 200 emplois indirects.
Article : Coupe du monde 2026. Analyse de la formidable qualification du Maroc contre les Pays-Bas
Enthousiastes, parfois fragiles en profondeur et épatants à la fois, les Lions de l’Atlas ont renversé les Néerlandais en seizième de finale, dans la nuit du lundi 29 au mardi 30 juin à Monterrey, au Mexique. Combatifs, les hommes de Mohamed Ouahbi ont réussi à éteindre leurs adversaires grâce à un plan de jeu où la prudence a laissé place à l’ambition au fil des minutes.
Article : Nutrition : le HCP et la FAO lancent la première Table marocaine de composition des aliments
Ce référentiel recense 1.001 aliments consommés au Maroc, dont des plats traditionnels, et les décrit à travers 43 constituants. Il doit permettre de convertir les quantités déclarées par les ménages en apports énergétiques fiables, afin de mieux suivre les carences, les excès et les disparités alimentaires.